Stockage des données : comment réduire l'impact des délais de livraison du matériel ?

DataCore

Alors que les coûts du matériel informatique augmentent et que la donnée prolifère, le renouvellement du matériel de stockage est-il une fatalité ?

Les coûts du matériel augmentent. Les délais de livraison s'allongent. Les coûts du matériel informatique sont en forte hausse. Les délais de livraison, qui étaient habituellement de quatre à six semaines, s'étendent désormais sur six mois ou plus. Les budgets d'investissement (CapEx) sont plus serrés qu'ils ne l'ont été depuis des années. Et pourtant, l'entreprise en attend toujours plus : plus de performances, plus de capacité, plus de résilience.

Dans ce contexte tendu, la plupart des entreprises choisissent par défaut d'attendre. Elles reportent les projets, prolongent les contrats de maintenance et poussent des équipements vieillissants au-delà de leur zone de confort. Une autre voie existe, pourtant, mais elle exige de remettre en question une idée reçue ancrée dans l'esprit des infrastructures d'entreprise depuis des décennies.

Le dogme du renouvellement matériel

Dans le domaine du stockage d'entreprise, l'hypothèse par défaut a toujours été simple : en cas de besoin de plus de performances ou de capacité, on achète plus de matériel. De nouvelles baies. De nouveaux nœuds. Du matériel entièrement neuf. Cette approche faisait sens lorsque la technologie de stockage était intimement liée au matériel sur lequel elle fonctionnait : en achetant un système de stockage, on achetait un ensemble de fonctionnalités figées dans un micrologiciel (firmware) et des composants propriétaires. L'intelligence résidait dans la boîte.

Or, la réalité a changé. Le stockage défini par logiciel (Software-Defined Storage ou SDS) sépare l'intelligence du matériel physique sous-jacent. Le logiciel peut s'exécuter sur des serveurs x86 standards déjà en place, en faisant du matériel un pool de ressources. La valeur provient de la couche logicielle supérieure. Lorsque l’on sépare ces deux éléments, le calcul du cycle de renouvellement change du tout au tout.

Les enquêtes sectorielles montrent régulièrement que le taux d'utilisation moyen du stockage oscille entre 40 et 60 % dans les environnements d'entreprise alors que les organisations se retrouvent à court d'espace non pas parce que la capacité physique est épuisée, mais parce qu'elle est mal organisée et jamais compressée. Ce qui manque, c'est une capacité de coordination : déplacer les données froides hors du stockage rapide et coûteux, dédupliquer les blocs redondants, compresser les données qui s'y prêtent et allouer au maximum la capacité à la demande. Sans cette coordination, la réponse naturelle à un manque de capacité est d'acheter du matériel. Avec elle, la perspective change.

Ce que permet réellement le découplage du stockage et du matériel

Le stockage défini par logiciel apporte un ensemble de services de données que le stockage traditionnel lié au matériel n'offre pas, ou pour lesquels il facture un surcoût important :

  • Le niveau de stockage adaptatif (Adaptive Tiering) : pour déplacer automatiquement les données entre les niveaux de stockage haute performance et ceux à moindre coût, en se basant sur les profils d'accès réels et non sur des règles de gestion manuelles.
  • La déduplication et la compression : pour réduire l'empreinte physique des données déjà écrites.
  • Le provisionnement dynamique (Thin Provisioning) : pour garantir que la capacité est consommée à la demande plutôt que bloquée à l'avance.
  • La mise en cache intelligente : pour maximiser les performances des disques existants sans nécessiter un renouvellement matériel global vers du 100% NVMe.

In fine, le même matériel physique offre plus de capacité utile et de meilleures performances qu'avant l'introduction de la couche logicielle. Le cycle de renouvellement est prolongé, un matériel qui approchait de sa limite d'utilisation gagnant ainsi deux ou trois ans de service productif supplémentaire.

L'aspect économique de la couche logicielle

Le calcul change lorsque l'on prend en compte le coût total d'un renouvellement matériel : les délais d'approvisionnement (désormais de six mois ou plus pour de nombreuses configurations de serveurs), l'effort d'intégration et de migration, l'interruption liée au déplacement des charges de travail actives vers une nouvelle infrastructure, et la hausse des prix provoquée par les tensions sur l'offre (la demande des géants du cloud pour l'IA rivalisant avec les entreprises de taille intermédiaire pour les mêmes composants).

À l'inverse, le coût d'une couche de stockage défini par logiciel déployée sur le matériel déjà existant est transparent : l'achat de licences logicielles, une prestation de déploiement et du temps de test en interne. Le résultat est un environnement de stockage plus performant, plus résilient et plus efficace que celui qu'il remplace, le tout fonctionnant sur les actifs physiques actuels pour une meilleure utilisation des investissements existants.

Il existe un second argument économique moins évident mais tout aussi crucial. Les renouvellements matériels sont binaires, entre le choix d’acheter ou de ne pas acheter. Les capacités logicielles, elles, sont modulaires, avec la possibilité d’ajouter la haute disponibilité aujourd'hui, le tiering le trimestre prochain et la reprise après sinistre lorsque le budget le permettra. La couche logicielle offre une feuille de route évolutive que le cycle d'achat de matériel ne permet pas.

La résilience sans tout casser (Rip-and-Replace)

Le manque le plus critique dans une infrastructure de stockage vieillissante est rarement la performance ; c'est la résilience. Les anciens environnements de stockage n'ont pas été conçus en tenant compte du paysage actuel des cybermenaces (notamment les rançongiciels), des exigences de conformité ou des attentes en matière de plans de reprise d'activité (PRA) distribués. Historiquement, ajouter de la résilience à du matériel vieillissant signifiait le remplacer : de nouvelles baies avec réplication synchrone, de nouveaux systèmes avec réplication native.

Le stockage défini par logiciel inverse cette logique. La haute disponibilité par réplication synchrone, la réplication asynchrone vers un site secondaire, le chiffrement des données au repos, les points de récupération immuables, la protection continue des données : ce sont des fonctionnalités logicielles qui s'exécutent sur du matériel standard existant. Une organisation qui ne pouvait pas justifier le coût d'achat d'une nouvelle baie d'entreprise peut ainsi déployer une résilience de classe entreprise sur l'infrastructure déjà en place dans ses baies informatiques.

Un principe architectural à préserver

Enfin, il ne s'agit pas ici de repousser indéfiniment les investissements nécessaires. Le matériel finit par atteindre sa fin de vie. Les limites physiques de performance finissent par être atteintes. Certains environnements ont réellement besoin de nouveaux équipements, et une couche logicielle n'y changera rien.

En revanche, la décision d'acheter du nouveau matériel doit être dictée par un besoin réel, et non par le postulat selon lequel la seule façon d'ajouter des fonctionnalités est d'ajouter du matériel. Lorsque le renouvellement du matériel est véritablement indispensable, il doit avoir lieu. Mais lorsque l'alternative logicielle permet de combler le manque, elle doit être la première option envisagée, a fortiori dans un contexte de difficultés d’approvisionnement actuel.