Démocratisation de la téléconsultation médicale : vers une innovation vertueuse entre public et privé ?

Alors même que le développement de la télémédecine constitue un enjeu clé pour répondre aux défis de notre système de santé, la sphère publique seule ne pourra engager un usage généralisé des citoyens.

Après dix ans d’expérimentations, la téléconsultation médicale est, depuis le 15 septembre dernier, prise en charge par l’Assurance Maladie. Comme n'importe quelle consultation classique, elle sera remboursée à 70% par la Sécurité sociale et à 30% par les complémentaires santé. Alors même que le développement de la télémédecine constitue un enjeu clé pour répondre aux défis de notre système de santé, la sphère publique seule ne pourra engager un usage généralisé des citoyens...

Un remboursement encore bien cadré de la pratique...

Si l'objectif premier est de lutter contre les déserts médicaux et de faciliter le quotidien des patients atteints de maladies chroniques, n’importe quel médecin peut désormais proposer à ses patients de réaliser une consultation à distance pour toute situation médicale qu’il jugera adaptée. Le remboursement du dispositif de téléconsultation et son déploiement - prévu sur l’ensemble du territoire national - marquent donc une grande avancée pour le système de santé français. Seulement, pour être remboursée, la téléconsultation doit s'organiser "dans le respect du parcours de soins coordonné". En d’autres termes, elle doit être à l’initiative du médecin traitant. Le patient doit ensuite prendre rendez-vous et, sauf exceptions[1], être connu du médecin téléconsultant. Aussi, les actes de téléconsultation ne peuvent s'effectuer via une plateforme de type Skype, ni par simple conversation téléphonique. Le médecin doit impérativement - pour effectuer des téléconsultations - être équipé de matériels et logiciels informatiques spécifiques, permettant la sécurité des données médicales échangées. Ainsi, s’il ouvre une nouvelle voie pour faciliter l’accès aux soins, l’avenant à la convention médicale précisant les conditions de réalisation et de prise en charge de la télémédecine pose un cadre légal encore trop contraint, ne permettant pas - pour des raisons à la fois organisationnelles et techniques - d’envisager une large généralisation de la pratique.

…pourtant devenue un standard chez les assureurs santé

Parallèlement à l’instauration de cette prise en charge pour le moins maitrisée, la téléconsultation est devenue un standard chez les assureurs santé et les mutuelles : ces derniers proposant de façon de plus en plus systématique ces services dans leurs offres de complémentaire santé. A titre d’exemple, CNP Assurances - via son offre de services de santé Lyfe - propose depuis le début de l’année un service de téléconsultation. Coûtant moins de quelques euros par an et par adhérent, pris en charge par l’entreprise pour ses salariés ou par la mutuelle pour ses adhérents, cette formule en accès illimité a rapidement été adoptée ! Autres mutuelles ayant mis en place des offres du même ordre : Santéclair ainsi que le groupe VYV qui rassemble Harmonie, MGEN et Istya.

Puisque ne rentrant pas dans le cadre du remboursement prévu par la sécurité sociale, le service commercialisé par les assureurs ou les mutuelles est plus facile d’accès pour le patient. Ce dernier n’a pas, par exemple, à prendre rendez-vous. Via une plateforme sécurisée, il accède en quelques minutes à un médecin, généraliste ou spécialiste, avec qui il n’a pas forcément eu de consultation physique au préalable. Il peut alors échanger avec le médecin par plusieurs canaux comme la visio, l’audio ou le chat avant que celui-ci ne lui délivre une ordonnance. Si les chiffres actuels démontrent déjà un réel intérêt pour ce service, les assureurs sont convaincus qu’il sera de plus en plus utilisé. L'objectif de VYV est ainsi d'atteindre les 2 millions de téléconsultations réalisées en 2020, soit 10 fois plus qu'en 2015 pour l'ensemble de la France.

La solution : un système hybride public-privé pour les 1ers remboursements ?

Force est de constater que le remboursement de la téléconsultation par l’Assurance Maladie ne répond pas à toutes les situations que peuvent rencontrer les patients. Ainsi malgré l’avancement du système public de santé, les assureurs - via leurs services de téléconsultation - ont créé "un système bis", certes payant mais plus facile d’accès.

La démocratisation rapide de ces pratiques hybrides démontre de manière claire que notre système de santé a besoin de deux types d’acteurs – publics et privés – pour offrir aux citoyens un service sans cesse amélioré et satisfaisant pleinement les besoins, divers et évolutifs, de la population française. Lancement par Doctolib d’un service de télémédecine, projet de cabinet médicale équipé et connecté par Axa et la région Hauts-de-France, ou encore installation de cabines de téléconsultation H4D dans certaines entreprises… les exemples prouvant les capacités d’innovation du secteur privé sont nombreux, comme autant d’opportunités de faire évoluer notre système de santé, à la condition que les différents acteurs s’accordent à travailler conjointement.

[1] Deux exceptions sont mentionnées : pour les patients de moins de 16 ans et sauf cas particulier sur certaines spécialités comme la gynécologie, l’ophtalmologie et la psychiatrie notamment.

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