La blockchain a dix ans, l'âge de raison

Sur le terrain de la chaîne de blocs, nous entrons dans une période d’analyse objective qui va permettre une montée en puissance rationnelle, créatrice de valeur pour l’entreprise à travers des cas d’usage concrets.

La blockchain, comme toute innovation de rupture, obéit à un cycle de maturation. Il aura fallu 10 ans pour que cette technologie soit mature. A une phase d’euphorie, suit en général une période d’introspection légitime, puis l’intérêt repart à la hausse de manière consolidée. Nous entrons précisément dans cette période d’analyse objective qui va permettre une montée en puissance rationnelle, créatrice de valeur pour l’entreprise à travers des cas d’usage concrets.

Il convient de fonder une stratégie blockchain sur des besoins réels. Il faut d’abord vérifier la nécessité d’une approche décentralisée, sous-jacente à un système blockchain. Une seconde motivation réside dans un besoin de confiance, quand elle est absente via une architecture centralisée.

Viennent ensuite les questions d’intégration de la future blockchain aux plateformes existantes et de choix entre blockchain publique, pour un besoin de confiance élevé, et blockchain privée, réservée aux transactions confidentielles. Si plusieurs architectures blockchain doivent cohabiter, il faut travailler à leur interopérabilité et scalabilité. Dans tous les cas, il faut jauger de la pertinence entre un système décentralisé et une architecture verticale : quel retour sur investissement espérer dans son activité ? Quels avantages métiers spécifiques avec la mise en œuvre d’une blockchain publique ou privée ? Quels types de contrats transformer en smart contracts (cryptocontrats, contrats intelligents) tout en conservant les mêmes garanties de sécurité ?

Le recours aux smarts contracts, l’un des aspects les plus innovants de la technologie blockchain, permet de vérifier et d’exécuter des contrats selon un protocole automatisé et décentralisé. Par nature, les contrats intelligents simplifient et fluidifient les transactions et rapprochent les organisations qui les mettent en œuvre. Ils compensent aussi le manque d’infrastructures et offrent une rapide scalabilité notamment dans les pays en voie de développement. La blockchain devient alors un puissant vecteur de progrès et de structuration.

De belles expérimentations blockchain sont actuellement menées en Afrique par des start-up locales. En Tunisie, un partenariat public-privé avec la Poste tunisienne, une société suisse et la start-up DigitUS œuvre au développement d’une application mobile dédiée aux opérations bancaires courantes (virements, et paiements) en e-dinar, une cryptomonnaie dédiée. Au Ghana, Bitland a mis en place une infrastructure blockchain agissant comme un cadastre numérique et permettant de sécuriser le foncier. La blockchain peut accélérer et sécuriser le développement d’un territoire en garantissant le droit de propriété.

En Afrique du sud, la plateforme de crowdfunding d’énergie solaire The Sun Exchange intervient en soutien d’opérateurs étatiques souvent défaillants. Basée sur une architecture blockchain, elle facilite la recherche de financements et leur redistribution. La chaîne de blocs agit comme un catalyseur du développement d’énergies renouvelables et accélère la montée en puissance des territoires. Au Kenya, le secteur agroalimentaire tire parti de la blockchain avec Greenspec, spécialisée dans la vente de semences et le contrôle de qualité. Greenspec a développé une plateforme blockchain dédiée à la sécurisation des chaines d’approvisionnement de produits agricoles et à leur traçabilité. Les besoins de transparence et de garantie sur l’origine des produits sont couverts de bout en bout par la technologie.  D’autres start-up africaines s’appuient sur la blockchain pour mettre en place des plateformes d’échange d’électricité à partir de microgrid en peer to peer, améliorant considérablement la qualité de la distribution dans certaines régions mal desservies par le réseau.

En France, l’écosystème des start-up de la blockchain se renforce. Deux pépites sont emblématiques du dynamisme national. La première est Ledger, née à Vierzon en 2014, devenue l’un des leaders mondiaux dans le développement et la commercialisation de "hardware wallets", des portefeuilles électroniques sécurisés dédiés aux cryptomonnaies. Avec plus d’un million de wallets vendus dans le monde, Ledger a su imposer son savoir-faire et son excellence technologique sur un marché très concurrentiel, face notamment à la concurrence chinoise.

La seconde pépite française a pour nom Keeex, une start-up fondée par le chercheur Laurent Henocque en 2014 et spécialisée dans la signature électronique de documents grâce à la blockchain. Keeex déploie une technologie d’empreinte prononçable embarquée au sein même des fichiers, qui fournit une preuve d’intégrité et de l’identité de l’émetteur. Cette innovation supporte plus de 250 formats et permet de gérer le chainage (versionnage) sans les certificats, à faible coût via la blockchain. 

Ces deux exemples montrent que la créativité et l’excellence française dans le domaine de la blockchain peuvent rivaliser avec celles des concurrents américains et chinois. On notera que les incubateurs dédiés à la blockchain, comme Chain Accelerator, contribuent fortement au dynamisme de l’écosystème.

Il aura fallu dix années à la technologie blockchain pour parvenir à un niveau de maturité compatible avec les besoins et les exigences des entreprises. Une décennie pour atteindre l’âge de raison, et ça se passe en France !

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