Pierre-José Billotte (ASP Forum) "Le cloud computing ne sera pas exploité avant 10 ans"

La croissance du marché du SaaS n'a pas été affectée par la crise économique. Le cloud computing apparaît plus que jamais comme son relais naturel.

Le modèle SaaS souffre-t-il de la crise économique ?

Du point de vue de l'ASP Forum et des nombreuses entreprises du SaaS qu'il représente, les effets de la crise sur ce secteur ne se font pas ressentir. Le modèle SaaS, axé sur la location d'applications, semble même mieux résister que le modèle traditionnel par acquisition de licences.

Cela s'explique tout d'abord d'un point de vue financier en proposant aux entreprises un financement étalé dans le temps. Au lieu d'acquérir tout de suite par exemple pour 10 000 euros une plate-forme, elles ne dépensent plus que 500 euros par mois pendant 20 mois.

Mais au-delà du coût, le modèle SaaS s'adapte bien dans un contexte opérationnel tendu car il ne nécessite pas pour être mis en place de mobiliser du personnel IT sur plusieurs mois. Ainsi, une solution SaaS peut être en général déployée en une quinzaine de jours. En cela elle représente un atout pour les entreprises qui veulent maîtriser les coûts tout en gardant la main sur la mise en œuvre dans un contexte de déploiement tendu.

Quels ont été les faits marquants du SaaS  en 2008 ?

"Les grands acteurs du SaaS comme IBM, Salesforce et Google envoient les signaux forts de l'informatique de demain"

La croissance de ce marché a été à deux chiffres et varie, suivant les acteurs, de 15% à 70%. 2008 a été une année très dynamique pour le SaaS où le terme même de SaaS est rentré dans les mœurs. Mais la véritable innovation 2008 dans ce domaine a été liée à l'émergence du cloud computing, déterminant dans l'écosystème IT sur lequel nous allons d'ailleurs apporter un éclairage à l'occasion de l'ASP Forum du 5 mars prochain.

Alors qu'avec le SaaS, on était encore très centré sur les applicatifs métiers comme le CRM, la RH ou encore la comptabilité, ce n'est plus le cas avec le cloud computing. Avec lui, et les professionnels du secteur, une brèche s'est ouverte qui va donner lieu à une déferlante car sa logique est loin d'être restreinte aux seules applications.

Elle concerne l'informatique et ses ressources IT au sens large : des bases de données, des infrastructures réseaux, de la virtualisation de serveurs, des services Web... La charge du cloud computing a été sonnée en 2008 mais il faudra attendre 10 ou 20 ans pour le voir rentrer dans le quotidien des entreprises. Le cloud computing s'inscrit dans une logique lourde de changements culturels qui mettra beaucoup de temps avant de gagner en amplitude. C'est une transformation qu'aucune entreprise ne peut intégrer du jour au lendemain.

Les petits acteurs du SaaS ne risquent-ils pas d'être canibalisés par les poids-lourds du secteur ?

Les grands acteurs du SaaS comme IBM, Salesforce.com, Google et maintenant Microsoft envoient des signaux forts et donnent le cap de l'informatique de demain. Cela ne veut pas dire en revanche que leur développement se fera au détriment des acteurs plus modestes du SaaS. C'est un signal, il faut l'interpréter comme tel, mais tout le monde a une carte à jouer dans ce nouveau modèle économique et doit se retrousser les manches.

Bien sûr, il y aura toujours des phénomènes de concentration, de rachat et d'intégration, mais les plus petits pourront par exemple développer des services innovants intégrés dans des plates-formes de cloud computing de grands acteurs. A peine s'est-il imposé que le SaaS est déjà presque enterré par la vague cloud computing dans laquelle tous les acteurs, et pas seulement les grands, pourront s'inscrire.  

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