VivaTech 2026 : dix ans à contribuer à faire de Paris une capitale mondiale de la tech
Pour son 10e anniversaire, VivaTechnology a confirmé sa stature de rendez-vous mondial de la tech. Retrouvez ci-après les chiffres, les tendances et les innovations majeures du salon.
Créé en 2016 par Publicis & Les Échos, VivaTechnology a longtemps incarné l'ambition française de devenir une startup nation. Dix ans plus tard, le constat s'impose : le salon est devenu un rendez-vous incontournable de la tech mondiale.
Pour marquer l'occasion de son dixième anniversaire, l'événement a débordé de ses murs habituels : une journée grand public sur les Champs-Élysées le 14 juin, avant l'ouverture officielle, comme une déclaration d'amour de la tech à la ville qui l'a accueillie. Puis, du 17 au 20 juin, le Hall 7 de Paris Expo Porte de Versailles, agrandi de 30 %, sous un thème central en écho à la hype de ces dernières années : "Artificial Intelligence: Impact, Not Illusion". Après des années d'annonces tonitruantes et de démos spectaculaires, le message est posé sans détour : l'IA doit produire des résultats mesurables, des cas d'usage réels, des retours sur investissement tangibles.
C'est dans ce contexte anniversaire que j'ai arpenté les allées de VivaTech 2026, à la recherche des signaux qui comptent vraiment — ceux qui ne font pas la une, mais qui dessinent l'avenir.
La progression du salon en chiffres
En 2016, VivaTech ouvrait ses portes pour la première fois avec 45 000 visiteurs, 5 000 startups, peut-être 28 000 m2 d’exposition et une poignée d'investisseurs conquis par l'idée. Dix ans plus tard, les chiffres racontent une autre histoire : 200 000 visiteurs, 15 000 startups, 3 600 investisseurs, 165 pays représentés. VivaTech n'a pas seulement grandi. Il a accompagné, et en partie catalysé, la transformation de tout un écosystème.
A noter que ces chiffres sont communiqués en cumulé sur quatre jours, et incluent le VivaTech Festival du samedi — journée grand public, gratuite, ouverte aux familles. Une belle initiative, mais qui mérite d'être distinguée des audiences B2B. La maturité du salon passera aussi par cette transparence-là et par une communication des visiteurs uniques.
Ce qui est incontestable, c'est le changement de dimension physique. VivaTech a quitté ses halls historiques pour investir l'intégralité du Hall 7 - le plus grand pavillon de la Porte de Versailles, fraîchement rénové : 70 163 m² sur trois niveaux reliés par des escalators. VivaTech a changé de catégorie mais reste loin des 240 000 m2 du CES Las Vegas.
Sur scène : les grands noms, la géopolitique et la politique
Dès la cérémonie d'ouverture, intitulée "10 Years of Tomorrow", le ton était donné. Bernard Arnault et Maurice Lévy, les deux parrains fondateurs du salon, sont montés ensemble sur scène pour une séquence symbolique : un regard en arrière sur une décennie de transformation technologique, et une projection vers ce que l'Europe peut encore construire.
Jeff Bezos était l'invité-vedette de cette edition, il a défendu une vision très optimiste de l'intelligence artificielle. Selon lui, l'IA ne provoquera pas un chômage de masse mais au contraire une pénurie de main-d'œuvre, en permettant aux individus et aux entreprises de concrétiser davantage d'idées et de projets (même si la dissonance avec les 16 000 suppressions de postes chez Amazon fin 2025 a été relevée dans les allées).
Il a également présenté Prometheus, sa nouvelle entreprise d'IA dédiée à l'ingénierie et à l'industrie, dont l'objectif est d'accélérer la conception et la fabrication de produits complexes.
Enfin, Bezos a réaffirmé sa vision à long terme pour l'espace, estimant que certaines activités industrielles et infrastructures numériques pourraient un jour être déplacées hors de la Terre afin de préserver les ressources de la planète.
Yann LeCun, désormais Executive Chairman d'AMI Labs après avoir quitté Meta, a délivré une intervention tout aussi attendue. Interviewé par Steven Levy de Wired, il a martelé sa thèse : les LLM ne savent ni raisonner ni planifier. La voie vers une IA de niveau humain passe par des "modèles du monde" capables d'apprendre les lois du monde physique. Sa contribution au projet Tapestry — une IA ouverte, souveraine, adaptée aux langues et cultures de chaque territoire — résonne comme une réponse directe à la domination des modèles américains fermés.
Macron et Modi ont partagé la scène le 18 juin dans une séquence de diplomatie technologique autant que commerciale : l'Inde, partenaire IA officiel de l'édition, a mis en avant son numérique à grande échelle et évoqué l'accord de libre-échange Inde-UE. Confirmation que VivaTech est devenu, en dix ans, un espace où se joue aussi la géopolitique de la tech.
Mais au-delà des chefs d'État, VivaTech 2026 a été remarqué pour la densité de sa fréquentation politique. De nombreux élus, ministres, et — fait notable en cette période de préparation de la prochaine élection présidentielle — plusieurs figures qui se positionnent pour 2027 ont arpenté les allées du salon au contact des entrepreneurs. La tech est devenue un terrain de campagne comme un autre, et VivaTech un passage obligé pour qui veut incarner une vision de la France de demain.
L'Allemagne et l'Inde : deux signaux géopolitiques
Après le Canada en 2025, le Japon en 2024, la Corée du Sud en 2023 et l'Inde en 2022, c'est l'Allemagne qui occupait cette année la place d'honneur — avec un stand de 800 m² au niveau 3, plus de 200 startups, 14 Länder représentés, 12 entités gouvernementales et deux ministres fédéraux. Des champions comme SAP, Celonis, N26, Personio et Trade Republic. Le message commun — "United by Innovation: German Tech for a Stronger Europe" — donnait à cette présence une dimension politique assumée.
Le choix n'est pas anodin. L'Allemagne incarne une vision de la tech que VivaTech 2026 cherchait précisément à valoriser : moins de spectacle, plus de profondeur. L'Industrie 4.0, les semi-conducteurs, la robotique industrielle, la deeptech appliquée — autant de domaines où l'Allemagne excelle discrètement. Et la coopération franco-allemande n'est plus seulement un vœu diplomatique : elle devient une architecture technologique concrète, sur le cloud souverain, le calcul quantique, l'IA responsable et la transition énergétique. Les ministres français et allemand du numérique ont d'ailleurs publié une définition commune de la souveraineté numérique européenne, articulée autour de six principes.
L'Inde, partenaire IA officiel, a frappé fort avec plus de 80 startups et une délégation portée par la dynamique de l'Année franco-indienne de l'innovation 2026. Le pays d'un milliard et demi d'habitants n'est plus un vivier de talents ou un marché émergent : il est devenu un acteur de premier plan dans le déploiement à grande échelle de l'IA, avec des modèles, des infrastructures et des cas d'usage qui n'ont rien à envier à ceux de la Silicon Valley. Entre l'Allemagne qui ancre l'ambition européenne et l'Inde qui propose un troisième chemin entre IA américaine et IA chinoise, VivaTech 2026 a dessiné une nouvelle carte géopolitique de la tech mondiale.
Les quatre signaux qui dessinent l'après
Au-delà des keynotes et des stands, quatre tendances de fond ont traversé cette édition comme autant de fils conducteurs.
La souveraineté est passée du slogan aux actes. "Souveraineté" a été le mot le plus prononcé de cette édition. Mais pour une fois, il s'est accompagné d'actes concrets. Premier signal fort : la veille même du salon, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la fin du partenariat avec l'américain Palantir à la DGSI, au profit de la startup française ChapsVision et sa plateforme ArgonOS. Un signal symbolique et opérationnel à la fois — après dix ans de collaboration, la France choisit une solution souveraine pour son renseignement intérieur. À VivaTech, le PDG Silvano Sansoni a confirmé les discussions en cours avec plusieurs pays européens, dont l'Ukraine et l'Allemagne. Deuxième signal : Bull et Foxconn ont annoncé la fabrication en Europe de serveurs IA Nvidia de la plateforme Vera Rubin. Troisième signal : OVHcloud a annoncé la lancement prochain de sa Quantum Platform, pour structurer une offre de calcul quantique sur un cloud entièrement souverain. Christel Heydemann (Orange) l'a formulé avec une clarté rare : "Sovereignty Is the New Business Continuity."
L'IA devient une couche d'infrastructure décisionnelle. Selon le VivaTech Trust Barometer 2026, 89 % des dirigeants déclarent déjà faire confiance à l'IA pour orienter leurs décisions d'entreprise — un chiffre encore impensable il y a trois ans. On ne parle plus d'IA pour rédiger des emails ou résumer des réunions. On parle d'IA qui détecte des fraudes, anticipe des pannes industrielles, oriente des décisions de recrutement, évalue des risques financiers. Le vrai sujet de VivaTech 2026 n'était pas la performance des modèles — c'était leur encadrement, leur auditabilité, leur gouvernance. Cette quête de contrôle et d'explication propulse l'émergence de l'IA causale, qui dépasse la simple corrélation pour enfin analyser les relations de cause à effet derrière chaque décision.
La cybersécurité a changé de statut. Elle n'est plus perçue comme un coût ou une contrainte réglementaire, mais comme un avantage compétitif et une condition de confiance. À mesure que les entreprises déploient des agents IA autonomes, les surfaces d'attaque s'élargissent exponentiellement. La session "AI vs. AI: The Race to Secure the Future" a cristallisé cette réalité : les mêmes technologies qui permettent de se défendre sont utilisées pour attaquer. Face à cette course aux armements numériques, la sécurité des systèmes n'est plus une simple option technique, mais le pilier central de la résilience et de la pérennité des entreprises.
Le monde physique fait son grand retour. Après une décennie de fascination pour les plateformes et les logiciels, l'écosystème tech redécouvre l'importance des infrastructures matérielles. Derrière chaque modèle d'IA se cachent des centres de données, des réseaux électriques, des puces et des équipements industriels. Les robots humanoïdes, l'énergie, les semi-conducteurs, la défense, l'industrie avancée — autant de secteurs qui ont retrouvé à VivaTech 2026 la place qu'ils n'auraient jamais dû perdre.
Les robots humanoïdes : du prototype à la réalité industrielle
L'édition 2026 a marqué un tournant dans la robotique humanoïde : la fin de l'ère des prototypes spectaculaires, le début de l'ère des cas d'usage industriels concrets. Les coûts de production ont chuté de 30 à 40 % en un an, rendant l'équation économique enfin crédible. Pour la première fois, les entreprises ne se demandaient plus "si" elles allaient intégrer des robots, mais "quand" et "comment".
Et cette baisse des coûts pourrait bien rebattre les cartes en faveur des startups européennes qui se battent pour exister face aux mastodontes chinois.
Wandercraft a présenté son robot Calvin sur le stand de La Poste Groupe — un choix symbolique fort. Avec un payload de 40 kg et une conformité totale à la législation européenne de sécurité industrielle, Calvin permet de réduire les postes pénibles, soulager les opérateurs logistiques, répondre à la pénurie de main-d'œuvre dans les entrepôts. C'est peut-être le robot le plus important de l'édition, précisément parce qu'il est le moins spectaculaire.
Enchanted Tools a exposé Miroki et Miroka, deux humanoïdes conçus pour les environnements de service, avec une approche résolument européenne : priorité à la sécurité, à l'interaction naturelle et à la conformité réglementaire. Korben (France), plateforme logicielle de robotique de service, joue la carte software-first— une approche qui tranche avec la course au hardware et qui pose la bonne question : et si le vrai avantage compétitif était dans le logiciel, pas dans le métal ? PAL Robotics a présenté Kangaroo un robot sans tête développé avec des partenaires de recherche européens et orienté vers des usages industriels.
Du côté asiatique, Unitree (Chine) a de nouveau impressionné avec son G1, démontrant des capacités de locomotion et de manipulation bluffantes. AgiBot a confirmé la montée en puissance de l'écosystème robotique chinois avec des démos fluides et des ambitions de déploiement à grande échelle.
L'anecdote de l'édition restera celle des deux robots humanoïdes de la société coréenne Galaxy Corp, qui ont cassé deux écrans en dansant sur scène. Un rappel salutaire que la route vers l'autonomie réelle est encore longue.
L'Executive Tour : deux heures pour s’inspirer et bousculer ses certitudes
Pour les décideurs de grands groupes, l'Executive Tour est le format le plus efficace pour appréhender VivaTech. Durant deux heures, une délégation (Direction Générale, DSI, équipes Innovation) est guidée à travers une douzaine d'innovations sélectionnées sur mesure selon ses enjeux sectoriels (IA, retail, luxe, souveraineté, ...). Partenaire officiel Learning Expeditions de Viva Technology, le Hub Institute en a opéré 220 cette année ! Ces parcours suppriment le superflu : pas de longues démonstrations, mais des pitchs ultra-calibrés suivis d'échanges directs.
Note personnelle : C'est toujours un réel plaisir d'accompagner quelques délégations et de partager mon décryptage des grandes tendances et innovations du salon. J'ai pu observer cette année encore les bénéfices de tels tours : venus pour appréhender les innovations de leur marché, les décideurs repartent après deux heures nourris de perspectives inédites et de questions stimulantes à explorer.
C'est là que réside la véritable valeur de l'événement. Loin des keynotes de célébrités, l'impact se joue dans la rencontre, lorsqu'une start-up de quelques personnes apporte à un grand groupe de nouvelles perspectives opérationnelles et des opportunités de partenariats concrets pour accélérer son business.
Ma sélection toute personnelle de startups innovantes à suivre
Comme chaque année, au milieu des stands, des pitchs en rafale et des slogans futuristes, certaines pépites attirent mon œil — parfois par leur effet waouh, mais souvent par leur vision, leur mission, ou simplement cette impression discrète mais tenace qu'elles construisent, vraiment, quelque chose d'utile. Voici, en toute subjectivité et dans le désordre, ma sélection 2026 :
- ChapsVision (France) Sa plateforme ArgonOS remplacera Palantir à la DGSI — l'annonce faite la veille du salon en fait un symbole de la souveraineté numérique à l'œuvre.
- Xpdeep (France) Pionnière de l'IA causale et auto-explicable, Xpdeep génère des modèles qui produisent simultanément leur prédiction et leur explication — transparents par conception, pas par ajout.
- Dicto AI (Italie) Monitore en temps réel comment les LLM perçoivent une marque ou un dirigeant, et cartographie hallucinations et biais algorithmiques.
- Wandercraft (France) Son robot humanoïde Calvin - 40 kg de payload, conforme à la législation européenne - ne danse pas : il travaille.
- Korben (France) Plateforme logicielle souveraine pour piloter des robots de service de différents construteurs, avec des données traitées en local et conformes RGPD.
- EOS-X Space (Espagne) A dévoilé sa capsule GEN-3 : pas de fusée, pas d'apesanteur, mais un ballon hélium qui l'élève en six heures jusqu'à 40 km d'altitude. Un tourisme spatial qui ne requiert aucun entraînement physique.
- Xpanceo (Émirats Arabes Unis) Des lentilles de contact intelligentes intégrant IA et réalité augmentée - affichage en champ de vision, monitoring du glucose dans les larmes.
- NeuralTrust (France) Sécurise les agents IA autonomes en entreprise avec sa suite TrustGuard / TrustGate / TrustLens contre les injections de prompts.
- TrueScreen (Italie) Certifie l'authenticité et l'immuabilité de tout contenu multimédia dès sa capture mobile, sans dépendance à des serveurs tiers.
- Monster Messenger (France) Chatbot IA qui guide les jeunes pour décrypter les messages malveillants et prévenir le cyberharcèlement, avec un baromètre du climat scolaire.
- Missia (France) Détecte les actions quotidiennes des seniors à domicile sans aucun enregistrement vidéo, pour préserver leur autonomie et rassurer leurs proches.
- Loook.ai (Royaume-Uni) Transforme les miroirs des boutiques en expériences retail interactives et mesurables grâce à l'IA.
- ElevenLabs (Royaume-Uni) La voix comme nouvelle interface de l'IA. Clonage vocal, doublage multilingue, agents conversationnels en temps réel. Transforme n'importe quel texte en voix indiscernable. L'une des plus belles pépites européennes de l'IA générative.
- Nyobolt (Royaume-Uni) Recharge une batterie à 80 % en moins de 5 minutes grâce à une technologie d'anode en niobium issue de l'Université de Cambridge.
- Blueprint Biomed (Allemagne) Développe des biomatériaux avancés pour la régénération osseuse, éliminant le besoin de prélèvement de tissu et accélérant la récupération des patients.
Ce que VivaTech 2026 révèle vraiment
On peut résumer VivaTech 2026 à ses chiffres records, à ses keynotes starifiés, à ses robots qui dansent. Ce serait passer à côté de l'essentiel.
Ce que cette dixième édition révèle, c'est un changement de régime. L'IA n'est plus une promesse de laboratoire — elle est une réalité opérationnelle que les entreprises doivent intégrer ou subir. La souveraineté numérique n'est plus un slogan politique — elle est une nécessité industrielle que les États commencent, enfin, à traduire en actes concrets. La robotique n'est plus une démonstration de foire — elle est une rupture de compétitivité en cours, silencieuse et implacable.
Ce que révèle aussi cette édition, c'est une France qui cherche sa place entre deux pôles. D'un côté, l'ambition légitime d'un écosystème qui a produit Mistral, Alan, Pigment, ChapsVision, Wandercraft — des champions réels, visibles, crédibles. De l'autre, une dépendance structurelle aux hyperscalers américains pour le cloud, aux fabricants asiatiques pour les puces, et aux modèles étrangers pour une large partie des usages IA déployés en production.
VivaTech peut être un miroir ou un écran. En 2026, il a choisi d'être un miroir. C'est un progrès notable.
La vraie question que pose cette dixième édition n'est pas "où en est la tech ?" mais "où en sommes-nous, nous, face à elle ?" L'IA industrielle avance à une vitesse que peu d'organisations ont anticipée. La robotique va changer les équilibres de compétitivité dans des secteurs entiers d'ici 2030. La souveraineté technologique se joue maintenant, dans les choix d'infrastructure et de partenariats que les entreprises font aujourd'hui.