Ce retraité invalide a travaillé pendant 7 ans dans un supermarché contre de la nourriture périmée : voici ce qu'il a obtenu en réparation

Ce retraité invalide a travaillé pendant 7 ans dans un supermarché contre de la nourriture périmée : voici ce qu'il a obtenu en réparation Sept ans à être payé en invendus : le combat juridique d'un septuagénaire pour faire reconnaître son travail dissimulé et obtenir des milliers d'euros de réparation.

A 72 ans, il travaille pour de la nourriture périmée. Au quotidien, il sort les poubelles du magasin, il installe des pièges à rats… En bref, il remplit des missions d'employé de supermarché. Mais pour quel salaire ? Vous avez sûrement répondu "le SMIC" ou "1 500 euros", et vous n'auriez pas tort car le salaire mensuel brut d'un employé de commerce s'élève à 1 662 euros d'après les données moyennes de plus de 300 offres d'emploi. Ce n'est pas cher payé, mais ce n'est pas la bonne réponse.

Benjamin Pierrot, avocat en droit du travail au Barreau de Strasbourg, raconte au Journal du Net, l'histoire ce cet homme de 72 ans qu'il a récemment traitée. "Mon client était un ancien ouvrier qui a eu un accident de la vie en 2017. Suite à cela, il a été licencié pour inaptitude et s'est retrouvé sans emploi", raconte l'avocat. L'accidenté, vivant dans la région Grand Est, perçoit une pension d'inaptitude et une faible retraite. Trop peu pour vivre. Cette précarité le pousse à faire les poubelles d'un magasin d'une grande chaîne de supermarchés en quête de nourriture.

"A force de venir, il a été vu par le responsable du magasin qui lui a proposé d'effectuer diverses missions et de récupérer les invendus en échange. Mon client était d'accord et il a donc commencé à sortir les poubelles, balayer le parking, jeter des cartons. Il déneigeait même le parking l'hiver", narre Benjamin Pierrot, qui ajoute que le septuagénaire ne pouvait plus faire d'effort intense. En échange de son travail, le travailleur peut récupérer les invendus du supermarché. Mais pas le moindre euro.

Débutée en 2017, la relation entre l'ancien ouvrier et le supermarché dure 7 ans. Plusieurs responsables de magasin se succèdent et continuent de collaborer avec le septuagénaire. "Il travaillait à temps partiel et n'avait pas vraiment d'horaires fixes", décrit l'avocat. Tout change en septembre 2024 lorsqu'un nouveau responsable arrive. Il indique au septuagénaire que la situation n'est pas possible et qu'il doit partir.

L'ancien employé décide de se renseigner sur ses droits par le biais d'associations. Il est alors redirigé vers Benjamin Pierrot. "Je l'ai reçu en novembre 2024 et j'ai directement vu la situation de travail dissimulé. Il était présenté comme un employé de magasin. Tout le monde le connaissait, il portait la veste du magasin comme tout autre employé", explique l'avocat. Un problème subsiste : récolter les preuves de son travail au magasin.

Le septuagénaire ne dispose que de 3 attestations rédigées de manière assez superficielle. "Pour être solide, il faut que les attestations soient rédigées à l'aide d'un CERFA prévu à cet effet. Il faut également la pièce d'identité de la personne qui témoigne et mettre le lien ou non entre les parties. Ici, rien de tout cela n'était réuni, c'était très léger en termes de preuves", commente Benjamin Pierrot. En termes de vidéosurveillance, les vidéos sont censées être supprimées au bout d'un mois et le magasin aurait sûrement refusé de les fournir. De fait, cette piste est impossible à exploiter.

Benjamin Pierrot entre donc en contact avec le supermarché pour tenter de régler le conflit à l'amiable. Les échanges s'enchaînent et 2 mois après une solution est trouvée. "On s'est mis d'accord sur le montant de 14 SMIC nets (environ 20 200 euros). C'est un très bon résultat au vu du dossier car on a réussi à doubler le montant de leur proposition", se réjouit l'avocat. La somme reste toutefois bien inférieure au salaire qu'il aurait dû percevoir pendant 7 ans, sans compter l'absence de cotisations retraite et de protection sociale. En bref, l'entreprise s'en sort bien au vu de la gravité des faits.