Réalité virtuelle : l'immersion est le 8e art, faisons de la France son champion mondial
La France a créé le 8e art avec la réalité virtuelle. Pour ne pas céder ce marché de 15 milliards de dollars, Fabien Barati (DG d'Excurio) appelle la tech et la culture à s'unir pour bâtir une industrie souveraine.
Alors que les projecteurs du Festival de Cannes viennent de s'éteindre sur la Croisette, une autre révolution s'est jouée au cœur du Marché du Film. En voyant Cannes XR et la Compétition Immersive consacrer officiellement les œuvres de réalité virtuelle lors de cette édition, j'ai ressenti une immense fierté pour notre filière. Ce n'est plus une simple curiosité technologique en marge du tapis rouge, mais bien la reconnaissance définitive d'un nouveau langage narratif mondial.
J'en ai la conviction profonde : la réalité virtuelle est un véritable 8e art. Là où le cinéma cadre l'espace pour diriger le regard, notre travail consiste à placer le spectateur au centre de l'œuvre. En offrant au public la possibilité de déambuler librement dans de grands espaces physiques, ce format immersif (la Location-Based VR) propose sa propre grammaire spatiale et une capacité inédite à susciter l'empathie. C'est une discipline à part entière qui redéfinit totalement notre rapport au récit.
Un écosystème français souverain et structuré
Sur ce terrain de jeu mondial, la France est déjà le leader créatif et technologique d'un marché en pleine explosion, estimé à plus de 15 milliards de dollars d'ici 2034. Je le constate chaque jour dans nos studios : notre écosystème est remarquablement structuré. Il s'appuie sur des écoles reconnues (comme les Gobelins), des entreprises valorisées à l'international et des partenariats culturels prestigieux (à l'image des projets immersifs avec le Muséum national d'Histoire naturelle ou le musée d'Orsay).
Notre enjeu n’est donc plus d’être les premiers, ni d’avoir inventé ce format en déplacement libre, ni même d’en avoir démontré la viabilité à travers des œuvres vitrines qui ont brillamment ouvert la voie. Non, nous entamons désormais un chantier plus ambitieux : faire émerger un réseau mondial capable de donner à ce médium sa taille critique. Le véritable basculement que nous vivons n'est plus technologique, il est économique et culturel. L’immersion grand format ne deviendra un média durable qu’à travers une infrastructure ouverte où les œuvres circulent, rencontrent leur public et créent les conditions d'un marché pérenne.
Cependant, notre avance n'est pas un acquis définitif. L'histoire technologique regorge d'exemples où l'invention créative n'a pas su se transformer en souveraineté industrielle. Regardons l’exemple du jeu vidéo : l'excellence de notre "French Touch" y est louée partout, mais elle peine parfois à retenir ses talents et ses propriétés intellectuelles face à la puissance de frappe étrangère. Pour éviter de revivre cette fuite de valeur avec la réalité virtuelle, l'État a initié le mouvement avec France 2030. Les pouvoirs publics doivent maintenant porter cette réussite comme une véritable fierté nationale sur la scène diplomatique.
Cultiver notre "exception culturelle" dans de nouveaux espaces
Pour faire vivre ce réseau naissant, il nous faut des lieux de diffusion. Tout comme les pionniers du cinéma ont dû inventer leurs salles, nous avons besoin d'exploitants audacieux. Ils prennent aujourd'hui une part active à l'invention de ce marché en bâtissant des scènes culturelles augmentées et des théâtres immersifs.
Dans ces espaces immersifs d'excellence, notre mission est de faire vivre l'exception culturelle française. Ce modèle vertueux est indispensable à notre réseau : les grandes aventures populaires et spectaculaires, capables de générer des revenus solides, doivent financer des œuvres d'auteur plus pointues basées sur l'Histoire, la Science ou l'Art. C'est l'essence même d'un média vivant.
Le moment de l'audace et de la responsabilité collective
L'État ayant joué son rôle de catalyseur, c'est désormais à nous tous d'enclencher une dynamique ambitieuse :
- Les fonds d’investissement et le capital-risque ont une occasion historique à saisir. Le marché est validé, porté par une croissance mondiale exceptionnelle de près de 30 % par an, et les standards technologiques sont posés. En s'engageant aujourd'hui à nos côtés, les investisseurs privés transformeront notre savoir-faire en une industrie mondiale d'exportation.
- Les institutions culturelles et les musées détiennent l'autre clé de ce déploiement. En intégrant ces technologies, ils ont l'opportunité de devenir des coproducteurs audacieux, capables de faire rayonner notre patrimoine bien au-delà de leurs murs.
Nous avons toutes les cartes en main. Ne laissons pas passer cette opportunité unique. Il ne tient qu'à nous (créateurs, investisseurs et acteurs culturels) d'unir nos forces pour faire de la France non seulement le berceau de ce 8e art, mais surtout la puissance industrielle de référence qui en dictera les standards au monde entier.