Crypto : après MiCA, l'enjeu n'est plus la réglementation, mais l'accès, la distribution et l'expérience utilisateur

Cryptonow

MiCA a réglé la question de qui a le droit d'exercer, pas celle de l'accès. La conformité devient une condition d'exercice, et le succès se mesurera au nombre de premiers achats, pas d'agréments.

Le 1er juillet a marqué la fin de la période transitoire de MiCA. Depuis cette date, les prestataires non titulaires d'une licence MiCA ne peuvent plus proposer leurs services dans l'UE. Depuis cette date, seuls les prestataires agréés peuvent proposer des services sur crypto-actifs dans l'Union européenne. C'est l'aboutissement d'un chantier de plusieurs années et une étape structurante  pour un secteur qui a longtemps évolué  avec des règles différentes d'un état membre à l'autre.

MiCA répond ainsi à une première question essentielle : quelles exigences les entreprises de crypto-actifs doivent-elles respecter avant de pouvoir proposer leurs services aux consommateurs européens ? En apportant un cadre harmonisé, il offre davantage de visibilité aux entreprises et renforce la confiance dans le fonctionnement du marché.

Reste pour autant une autre question que le règlement ne règle pas à lui seul. Aujourd'hui, 93 % des Français déclarent avoir entendu parler des crypto-actifs, et 11 % en détiennent. Un chiffre resté quasiment stable au cours de ces trois dernières années. MiCA a répondu aux inquiétudes des régulateurs, des banques et des investisseurs institutionnels.Mais il ne répond pas aux interrogations concrètes  du particulier  qui a entendu parler du sujet cent fois mais ne sait toujours pas par où commencer.

La conformité n'est plus un argument, c'est une condition d'exercice

Pendant plus de dix ans, les entreprises du secteur ont évolué dans un environnement fragmenté. Cette hétérogénéité a entretenu l'incertitude et compliqué l'émergence d'acteurs capables de se développer à l'échelle européenne. MiCA fixe désormais des exigences communes en matière de gouvernance, de transparence, de protection des clients et de gestion des risques. Le règlement ne supprime ni la volatilité ni les risques propres aux crypto-actifs, et ne rend pas les actifs plus fiables par nature. Il définit qui a le droit d'exercer.

La conséquence est logique . À mesure que les agréments seront délivrés, être conforme cessera d’être un élément distinctif. Comme dans tout marché qui arrive à maturité, la différence se joue désormais ailleurs : dans la capacité des entreprises à transformer cette clarté réglementaire en services plus accessibles, en meilleures expériences utilisateurs et en nouveaux points d'accès au marché.

Pour le grand public, le principal défi réside avant tout dans le passage à l’action

On a beaucoup expliqué que les Européens se tenaient à l'écart des crypto-actifs par manque de confiance dans le cadre. C'est vrai des acteurs institutionnels, pour qui l'absence de règles claires était un obstacle dirimant. Cela décrit en revanche beaucoup moins bien le grand public pour qui le principal frein n’est pas réglementaire, mais avant tout pratique Il s’agit de franchir le premier pas.

Les conversations évoluent d'ailleurs déjà. Les questions ne portent plus uniquement sur la légitimité des crypto-actifs ou leur encadrement réglementaire. Elles deviennent beaucoup plus concrètes : où acheter ? Comment commencer ? Comment le faire simplement et en toute sécurité ?

Ce qui arrête quelqu'un au moment de son premier achat, c'est le vocabulaire, la crainte de la mauvaise manipulation, l'incertitude sur ce qu'il faudra déclarer, et le sentiment diffus qu'il faut d'abord devenir un peu expert pour avoir le droit d'essayer. Aucun de ces freins ne disparaît avec un agrément.

Le paradoxe français le montre bien : la notoriété des crypto-actifs est élevée, le pays dispose d’un des cadres réglementaires parmi les plus avancés du continent et pourtant, le passage à l'acte est limité. En bref, connaître ne suffit pas à faire passer de la curiosité à l'expérimentation. 

Le prochain chantier du secteur consiste à retirer des étapes

Pendant longtemps, le secteur s'est principalement développé en enrichissant son offre : davantage d'actifs disponibles, davantage de fonctionnalités ou encore de nouvelles promesses de rendement. Pour une personne qui découvre les crypto-actifs, le besoin est souvent différent : moins d'étapes, moins de jargon et moins de décisions à prendre avant de pouvoir commencer sereinement.

Cela suppose des points d'entrée qui existent déjà dans la vie des gens, un premier achat qui n'exige aucune expertise préalable, et un accompagnement qui ne s'arrête pas à la transaction. Sur ce dernier point, le secteur a encore un rôle à jouer : 78 % des Français jugent le régime fiscal des actifs numériques trop complexe ou inadapté. Beaucoup de premiers pas se transforment en regret à ce moment précis, pas au moment de l'achat.

Cela suppose également que les crypto-actifs soient proposés dans des environnements que les utilisateurs connaissent déjà tels que les réseaux de distribution. Comme pour les précédentes innovations financières, l'adoption à grande échelle dépendra autant de la qualité des produits que de leur intégration dans les usages du quotidien.

Cela suppose enfin d'assumer un discours qui n'est pas celui du gain rapide. Un premier pas réussi n'est pas celui qui “rapporte” le plus vite, c'est celui qu'on ne regrette pas six mois plus tard.

MiCA se jugera au nombre de premiers pas, pas au nombre d'agréments

Le régulateur a fait sa part en dotant le marché européen d'un cadre commun. La suite  appartient aux acteurs du secteur. Le prochain défi de l’écosystème n'est plus d'obtenir un agrément, mais de transformer cette clarté réglementaire en accès plus simple, en expériences plus intuitives et en services distribués intégrés aux usages du quotidien.

Le changement d'échelle ne se traduira probablement pas par une hausse spectaculaire du nombre d'investisseurs. Il passera par une banalisation : le jour où acheter de la crypto pour la première fois ne demandera pas plus de préparation que d'ouvrir un compte d'épargne.

Le succès de MiCA ne se mesurera pas au nombre d'entreprises agréées, mais au nombre de personnes qui auront pu franchir le premier pas sans avoir eu besoin de devenir expertes.