Michael Carney (SkySQL) "Nous allons faciliter les migrations d'Oracle Database vers MySQL"

Regroupant une cinquantaine d'ex-salariés de Sun, SkySQL propose une alternative à l'offre de services d'Oracle autour de MySQL. Son partenaire Monty Program se charge du support de niveau 3.

JDN Solutions. Quel est à ce jour l'effectif de SkySQL à travers le monde ?  

Michael Carney. L'effectif de SkySQL est constitué par d'ex-directeurs de MySQL. Les investisseurs de la société sont aussi les fondateurs de MySQL. Au moment du rachat de Sun par Oracle, la filiale comptait 450 personnes. On a assisté à des départs massifs dans les mois qui ont suivi. A ce jour, environ 65% des salariés ont quitté le navire.

Nous avons lancé SkySQL en octobre 2010, et comptons une trentaine de personnes. La société est encore jeune. Nous ne pouvons pas par conséquent reprendre tout le monde d'un coup.  


Pouvez-vous d'ores et déjà citer des références clients ?  
  

Les prestations de support et de formation que nous proposons autour de la base de données MySQL ont déjà séduit beaucoup d'entreprises. C'est le cas par exemple de Canal+, Atos Worldline, Salomon, Cartier, mais aussi le spécialiste du paiement Paybox, et le service de rencontres EasyFlirt. Auparavant, toutes ses sociétés n'avaient pas d'autres alternatives qu'Oracle, et sa politique de hausse tarifaire. Nous leur apportons une alternative. Notre mode de structuration nous permet de pratiquer des prix agressifs. 
 

"Sur les 10 principaux développeurs de MySQL, sept sont passés chez Monty Program"

D'ailleurs, notre offre n'exclut pas forcément celle d'Oracle. Certaines sociétés comme Booking.com ont par exemple souscrit un contrat de support chez Sun dont la période de validité n'est pas terminée. Ce qui ne les empêche pas de faire appel à nos services en parallèle, en matière de support et de formation.
 

En quoi votre mode de structuration vous permet-il de pratiquer des prix plus bas que ceux d'Oracle ? 


A la différence d'Oracle, nous n'avons pas à supporter les salaires des ingénieurs qui prennent en charge le support de niveau 3. Cet aspect est en effet délégué à notre partenaire Monty Program. A chacun son métier. Nos équipes interviennent face aux clients avec des objectifs métiers précis. A la différence d'autres prestataires, nous préférons ne pas nous investir sur le support de niveau 3, et le laisser à des ingénieurs qui connaissent parfaitement le code, et savent le corriger. Des professionnels dont les objectifs se calculent autrement, par le nombre de correctifs implémentés dans le code, etc. Sur les 10 principaux développeurs de MySQL, sept sont passés chez Monty Program.


Aux côtés de MySQL, Monty Program met beaucoup en avant le fork MariaDB. Vous soutenez cette base tout en continuant à privilégier votre offre de support MySQL. Pourquoi ?

Nous sommes pragmatiques. Si l'on prend le parc couvert par ces deux bases de données, plus de 95% des serveurs reposent sur MySQL. Nous ne pouvons pas raisonnablement conseiller à tous nos clients de passer sous MariaDB. C'est une technologie plus jeune et qui n'est pas forcément adaptée à tous les besoins. Nous la préconisons néanmoins quand nous estimons que c'est la meilleure solution. MariaDB est notamment intéressante pour gérer les sous-requêtes et group commit. 


Il est vrai que certaines parties du serveur sont mieux optimisées dans MariaDB que MySQL. C'est un fait. Les spécialistes de l'optimiseur sont passés chez Monty Program. Pour preuve, on se rend compte que dans la dernière version de MySQL, la 5.5, certaines innovations sont intégrées sous forme de plugins extérieurs car Oracle est incapable de de les intégrer. C'est le cas du moteur transactionnel InnoDB. 
 

"Si Oracle freine trop le projet MySQL, il risque de voir la communauté privilégier une autre version"

Oracle continue à distribuer MySQL. Pourtant, les principaux développeurs de la base de données sont passés chez Monty Program qui parallèlement promeut MariaDB. Combien de temps cette situation peut-elle durée ? 

Il s'agit d'un projet Open Source. La base de données MySQL appartient toujours à la communauté, et pas seulement à Oracle. Red Hat s'implique dans le projet Linux, ce qui ne veut pas dire que Linux est Red Hat. C'est la même chose pour MySQL. Toute une série de sociétés gravite autour du projet MySQL : Oracle, Percona, Open Query... Monty Program et SkySQL représentent l'ensemble le plus important, avec au total un effectif de 70 personnes.  

Notez d'ailleurs que comptons doubler l'effectif de SkySQL en 2011, et recruter entre 30 et 35 personnes. Après la France, l'Allemagne et l'Angleterre, notre objectif est d'étendre notre activité à la Scandinavie, le sud de l'Europe, l'Afrique du Nord, mais aussi les Etats-Unis et l'Asie.

 

Mais à terme, MariaDB a-t-elle des chances de s'imposer comme une vraie alternative à MySQL ?  

Au moment du rachat de Sun, Oracle a fait des promesses à l'Union Européenne. Il s'est notamment engagé sur le fait que MySQL et InnoDB devaient rester Open Source pendant quelques années. La communauté peut donc toujours créer un fork. C'est d'ailleurs déjà le cas avec MariaDB qui est forkée à chaque nouvelle version de MySQL. Mais est-ce qu'à terme MariaDB pourrait devenir la version principale de la base de données ? C'est possible. Mais c'est difficile de l'affirmer. Dans sa version 5.5, MySQL monte fortement en gamme, en matière de performance et d'adaptabilité sur le multi-cœurs notamment. Le lancement de la version 5.6 est prévue d'ici deux ans.
 

Il n'en reste pas moins qu'Oracle n'a pas intérêt à voir MySQL concurrencer sa base de données propriétaire ?  

Oracle positionne MySQL dans son offre comme une base de données d'entrée de gamme, même si ce n'est pas le cas selon nous. Il a par conséquent intérêt de ce point de vue à freiner l'ajout de nouvelles possibilités dans MySQL. Mais dans la mesure où la plupart des experts MySQL ne travaillent plus pour lui, si Oracle freine trop le mouvement, il risque de voir la communauté privilégier une autre version. Ce n'est pas dans son intérêt. Le parc installé est très important, et le support doit être mis en œuvre. MySQL est trop populaire.   

Dans les faits, Oracle tend à positionner sa base propriétaire sur les projets fortement transactionnels, dans le domaine de la banque notamment. Quant à MySQL, elle est centrée par le groupe sur le monde du Web exclusivement, et posée en concurrent de SQL Server. Mais, même si MySQL est bien pris en charge par Windows, elle ne peut être comparée à l'offre de Microsoft qui propose avec sa base de données une plate-forme entièrement intégrée. Il faudrait des années à Oracle pour arriver au même produit.  

Dans les mois qui viennent, nous allons lancer une architecture de référence pour MySQL. L'objectif est de cibler les problématiques décisionnelles, de haute disponibilité et du Cloud Computing. L'un des outils livrés avec cette offre a pour but de faciliter la migration de bases de données propriétaires, comme SQL Server, Sybase, IBM DB2 ou Oracle, vers MySQL. Concernant Oracle, nous n'avons pas pour objectif d'attaquer les applications de cet éditeur, car elles sont en général particulièrement bien intégrées à sa base de données, mais plutôt les applications et progiciels des autres fournisseurs reposant sur sa base de données propriétaire.

 

Michael Carney est directeur commercial Europe de SkySQL. Il était précédemment responsable du développement de MySQL France. 

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