Et pendant ce temps, que devient eMerchant ?

eMerchant Carrefour Alors que Pixmania ne s'est pas encore redressé, sa filiale de délégation e-commerce trace son sillon sur un métier pourtant ardu et multiplie les projets avec Carrefour.

Autrefois l'un des leaders français de l'e-commerce, Pixmania a vu son chiffre d'affaires dégringoler de 897 millions d'euros en 2010-2011 à 290 millions en 2013-2014 et ses revenus devraient encore décroître cette année. Cependant, à côté de son activité déclinante de vente en ligne, sa filiale de délégation eMerchant ne partage pas du tout le même sort. Totalement épargnée par le plan social de mi-2014, qui avait entraîné la suppression de 187 postes en France et 15 en République Tchèque, eMerchant emploie toujours 150 personnes : 120 au siège d'Asnières et 30 à Brno.

Ancienne DSI de Pixmania devenue société de délégation e-commerce, eMerchant prend en charge, pour le compte de marques et de marchands, tous les métiers de la vente en ligne : acquisition de trafic, gestion de la plateforme technique, logistique et transport, relation client et SAV. "Suite à la reprise de Pixmania par le fonds allemand Mutares début 2014, nous avons d'abord analysé et optimisé nos processus, précise Jérôme Bourreau, DG d'eMerchant. Puis nous avons refondu notre infrastructure pour la moderniser et la rendre plus fiable, notamment en migrant vers le nouveau datacenter d'Iliad. Et à la rentrée, nous sommes à nouveau partis à la recherche de nouveaux clients."

"Nous faisons beaucoup de croissance organique en développant l'activité de nos clients existants"

eMerchant se targue en effet de n'avoir perdu aucun client durant la période noire de Pixmania. La société a accompagné Dixons, l'ancien propriétaire du groupe, à reprendre la main sur son e-commerce et son cross-canal en avril. Elle a amélioré les parcours multicanaux de Celio (click and collect, retour en magasin des commandes en ligne...) et intégré les magasins de l'enseigne à sa plateforme. Elle a créé le site mobile d'APC et commencé à préparer ses expéditions à l'international depuis un entrepôt américain. Elle a accompagné l'expansion internationale de Monnier Frères (qui a plus que doublé ses ventes en 2014) en améliorant les processus d'expédition et en mettant en place une facilité évitant aux acheteurs non-européens de devoir régler des droits de douane.

Et surtout, eMerchant a travaillé sur de nombreux projets pour Carrefour, son plus gros client. Premier chantier : l'amélioration de son assortiment de fournisseurs, notamment via une brique logicielle offrant au distributeur une vision complète de leurs prix pour l'aider à mieux piloter ses achats. A noter d'ailleurs que si, à l'origine, le catalogue non-alimentaire de Carrefour.fr reposait uniquement sur l'offre de Pixmania, le distributeur a repris dans ses stocks une bonne partie des références. Quant aux fournisseurs tiers, fabricants en particulier, ils livrent en dropshipping. Deuxième chantier d'eMerchant pour Carrefour en 2014 : le site mobile du distributeur, lancé en juin 2014. Troisième chantier : le click and collect. L'été dernier, les clients Web pouvaient récupérer leurs achats en magasin sous deux jours. Depuis octobre est déployé le retrait en 2 heures, pour l'instant disponible dans une petite dizaine d'hypermarchés.

Deux clients sur le départ

Ce qui permet à Jérôme Bourreau de dire qu'à périmètre constant, c'est-à-dire sans tenir compte du départ de son client Dixons, l'activité d'eMerchant est en progression de 20%. "Pixmania a réduit la voilure sur le nombre de catégories de produits et sa baisse de chiffre d'affaires s'est logiquement traduite par une diminution de notre activité pour lui. Mais Celio et Monnier Frères ont beaucoup grossi et APC et Carrefour également."

Problème, Monnier Frères, qui avait progressivement repris les rênes sur le service client, l'acquisition client et l'entrepôt logistique, finit actuellement de s'approprier la plateforme technique et n'aura plus besoin des services d'eMerchant à partir de février. Ce n'est pas tout, puisque le contrat de Celio arrive à échéance en juillet et que l'enseigne a elle-aussi décidé d'internaliser son activité d'e-commerce. Les effectifs d'eMerchant ne seront-ils pas alors surdimensionnés par rapport à son activité ?

"C'est dans l'ADN d'eMerchant d'aider ses clients à monter en compétences jusqu'à, parfois, se passer de nous", explique, philosophe, Jérôme Bourreau. "Mais d'autres, comme Carrefour, restent, car ils sont heureux de trouver en nous une culture de pure player et un rôle de consultant qui les aide à accomplir leur transformation digitale. Carrefour crée sa valeur ajoutée ailleurs et considère qu'il peut contrôler sa distribution sans accomplir lui-même toutes les tâches."

Une "Carrefour-dépendance" assumée

Le dirigeant a beau discuter activement avec un gros prospect et une entreprise de taille intermédiaire, toujours est-il qu'il n'aura bientôt plus pour clients que Carrefour, APC et Pixmania. "Carrefour a de plus en plus de projets, nous travaillons énormément pour eux en ce moment. Donc nous faisons beaucoup de croissance organique en développant l'activité de nos clients existants. Et nous avons un bon nombre de prospects, même si les transformer prend toujours 3 ou 4 mois."

Quant à savoir si la chute de Pixmania ne plombe pas le discours d'eMerchant auprès de prospects qui pourraient s'inquiéter de sa pérennité, Jérôme Bourreau estime que son rôle est au contraire d'accompagner l'e-commerçant dans son rebond, maintenant qu'il a recentré son offre. "Et puis nous avons Carrefour", ajoute-t-il. Le dirigeant ne semble d'ailleurs pas très inquiet qu'eMerchant puisse devenir Carrefour-dépendant : "Nous le sommes peut-être, mais ils sont bien contents aussi !"

Il écarte enfin totalement l'idée d'une vente du groupe ou d'eMerchant seul. "Pixmania a beaucoup de cordes à son arc. D'abord, nous sommes véritablement internationaux et par exemple capables d'acheter à l'étranger. Par ailleurs, outre eMerchant, nous avons trois métiers : la vente en propre, la marketplace et la vente aux professionnels." Les scénarios de revente ne sont donc pas du tout à l'ordre du jour, conclut-il.

Pixmania / CARREFOUR