Thierry Petit (Showroomprivé) "L'entrée en bourse de Showroomprivé sera la plus importante depuis celle de SeLoger en 2006"

Le site de ventes événementielles compte ouvrir 30% à 40% de son capital et vise une valorisation supérieure à 625 millions d'euros.

JDN. Vous annoncez ce matin votre projet d'introduction en bourse Showroomprivé. Quel est son calendrier ?

Thierry Petit, cofondateur et co-PDG de Showroomprivé © S. de P. Showroomprivé

Thierry Petit (co-PDG-cofondateur). L'Autorité des marchés financiers a enregistré hier soir notre document de base. Aujourd'hui nous présentons notre projet aux analystes, qui produiront leur rapport fin septembre. Le roadshow se déroulera en octobre et si les conditions de marché sont là, nous visons une cotation entre fin octobre et mi-novembre.

 

Et si elles ne sont pas là ?

Ce n'est pas grave, nous ne sommes pas à quelques mois près.

 

Quelle part de votre capital allez-vous ouvrir ?

Nous voulons ouvrir une taille de flottant significative pour qu'elle offre suffisamment de liquidité et attire les gros investisseurs de long terme. Mais David Dayan et moi, les fondateurs, ne descendrons pas en dessous de 42%, afin de garder la majorité des droits de vote et donc le contrôle de la société. Quant à Accel Partners, notre actionnaire depuis 2010, il devrait vendre une part significative mais sans sortir entièrement. Nous devrions donc ouvrir entre 30% et 40% du capital de Showroomprivé. Autrement dit, il s'agira de la plus grosse entrée en bourse du monde français de la tech depuis celle de SeLoger en 2006.

 

Et donc David Dayan et vous vendez aussi une partie de vos parts…

Oui, pour que la part de flottant soit suffisante et pour sécuriser un peu de patrimoine. Mais pour rassurer les investisseurs sur le fait que nous sommes dans une logique de long terme, nous nous engagerons aussi à ne plus revendre pendant plusieurs années.

 

Quelle valorisation visez-vous ?

Il est trop tôt pour le dire. Nous verrons plus tard, en octobre, lorsque les analystes auront produit leur note et que nous annoncerons notre fourchette de pricing. Sachez toutefois que la cession de capital que nous avons réalisée en mars valorisait Showroomprivé 625 millions d'euros. Nous visons donc davantage, ce qui nous conférera l'une des plus belles valorisations de l'e-commerce français.

 

"Notre Ebitda s'élevait à 15,5 millions d'euros en 2014"

Quels objectifs poursuivez-vous, en cotant Showroomprivé ?

Nous désirons d'abord nous donner les moyens de saisir des opportunités, de fusion-acquisition en particulier. L'IPO va aussi nous apporter de la visibilité, notamment à l'international, auprès du marché et des futurs salariés et partenaires. Nous sommes une entreprise lean, nous avons de bons chiffres, nous avons confiance dans notre stratégie et, à travers les informations que nous allons maintenant devoir communiquer, nous le montrons. Enfin, nous fournissons une opportunité de liquidité à Accel. En un mot, nous remplaçons un gros partenaire par plein de petits, tout en conservant les manettes et en obtenant davantage de moyens pour développer Showroomprivé.

 

En parlant de chiffres, à combien s'élèvent vos principaux indicateurs d'activité ?

Jusqu'ici nous communiquions comme nos concurrents sur le volume d'affaires TTC, qui était de 480 millions d'euros en 2014. Cela correspond à 350 millions d'euros de chiffre d'affaires net comptable IFRS, en croissance annuelle moyenne de 37% sur les deux dernières années. L'Ebitda correspondant est de 15,5 millions d'euros, soit 4,4%, et se répartit grosso modo entre 19 millions en France et -4 millions à l'international, en raison de l'ouverture de la Pologne et d'investissements médias en Europe du Sud. L'Ebitda a pour sa part augmenté de 36% par an sur les deux dernières années. Quant au résultat net, il s'élève à 6 millions d'euros.

 

Que représente l'international dans votre activité et quels sont vos objectifs en la matière ?

Avec les normes comptables IFRS, l'international pesait l'an dernier 15% de notre chiffre d'affaires net. Nous visons environ 25% en 2018. Nous nous apprêtons par exemple à ouvrir l'Allemagne dans les prochaines semaines avec une approche très localisée, sous le nom VIPsters.

 

"Nous lançons Infinity, notre programme de livraisons illimitées pour 20€ par an"

Quels objectifs de croissance annoncez-vous aux investisseurs ?

Notre "guidance" table sur 750 millions d'euros de chiffre d'affaires net à moyen terme, c'est-à-dire un doublement de notre activité d'ici 2018.

 

IPO mise à part, la rentrée voit aussi aboutir nombre de vos projets…

Tout à fait ! Notre marque propre #Collection IRL fera ses débuts en octobre. Notre nouvelle campagne TV a commencé le 6 septembre. Notre incubateur Look Forward, inauguré par Axelle Lemaire en juin, va annoncer ses deux premières recrues. Enfin, la semaine prochaine nous lançons Infinity, un abonnement annuel à des livraisons illimitées. Il sera facturé 20 euros par an et donnera à droit à des livraisons gratuites pour toutes les commandes d'un montant supérieur à 20 euros.

 

Combien d'abonnés Infinity visez-vous ? Selon nos informations, Cdiscount à Volonté compterait 300 000 membres. Etant donné votre taille et votre secteur, peut-on penser que vous espérez 100 000 abonnés ?

Au vu de nos 2,5 millions de clients actifs, ce ne serait pas absurde.

 

Quelles seront les premières start-up incubées au sein de Look Forward ?

L'une est DressWing, une application de location de dressing entre particuliers. L'autre est Igloo, un service qui permet de sélectionner en swipant, à la façon de Tinder, les vêtements des marques partenaires que l'on souhaite recevoir pour les essayer avant de décider de les acheter, comme un ChicTypes qui enverrait un coursier livrer les articles puis les rapporter en magasin.

 

De quelle nature est l'échange entre Showroomprivé et ces start-up ?

Elles peuvent avoir besoin de comprendre l'international, d'entrer en relation avec les marques, ou plus généralement de recourir à l'une de nos expertises. Elles disposent pour cela d'un crédit d'heures à dépenser auprès de nos équipes et de nos partenaires. Nous n'entrons pas à leur capital en échange. Nous considérons que travailler avec elles constitue un bon moyen de maintenir notre agilité et peut également nous permettre de proposer des services innovants aux marques. C'est donc un très bon investissement.

 

Thierry Petit est le co-PDG de Showroomprivé, avec David Dayan. Diplômé de l'INT, il débute sa carrière au sein des agences interactives Planète interactive et Brainsoft. En 1999, il crée le comparateur de prix Tooboo.com, qu'il cède à Libertysurf l'année suivante. Il en devient le directeur e-commerce, puis s'investit dans divers projets personnels, dirigeant notamment le magazine Mouvement, et entreprend un tour du monde de deux ans. En 2006 il cofonde Showroomprivé avec David Dayan.

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