Carrefour s'apprête à débrancher son site marchand Carrefour Online

Le distributeur fait table rase du passé. A l'avenir, son e-commerce non-alimentaire sera géré uniquement par Rueducommerce.

Selon nos informations, Carrefour a envoyé un courrier à ses fournisseurs et prestataires avant Noël pour leur indiquer qu'il stopperait ce mercredi 6 janvier l'activité de son site marchand non-alimentaire, Carrefour Online. Une décision qu'il expliquait par le redressement judiciaire d'eMerchant, la filiale de Pixmania qui opère Carrefour Online depuis 2011. Contacté par le JDN, Carrefour assure que depuis l'envoi de ce courrier, les choses ont changé : son site ne fermera pas le 6 janvier et les partenaires ont été prévenus par téléphone. Si cette date a pu être décalée de quelques semaines, il semble clair néanmoins que Carrefour Online est voué à disparaître. L'attestent un fournisseur et un prestataire joints par le JDN, auxquels le distributeur a confirmé son choix de fermer le site définitivement et de confier tout son e-commerce non-alimentaire au seul Rueducommerce, dont il a annoncé le rachat fin août.

En effet, eMerchant pourrait voir sa liquidation judiciaire prononcée le 15 janvier, l'administrateur judiciaire chargé de son redressement et de la procédure de sauvegarde de Pixmania ne leur ayant, selon nos sources, pas trouvé de repreneur. Carrefour aurait tout à fait pu acquérir à bon prix ce qui reste de la société de délégation, ou la faire racheter par un tiers pour assurer la continuité de ses opérations. Fermer Carrefour Online signifie donc qu'il ne le rouvrira pas. Car par ailleurs, le rachat de Rueducommerce n'ayant été finalisé que ce 4 janvier, le retailer vient tout juste de récupérer les clés de la maison. L'e-commerçant n'est donc pas encore en capacité de reprendre la gestion de l'activité de Carrefour Online comme le faisait eMerchant et ne l'aurait sans doute pas été avant des mois. Finalement, il n'aura pas à s'en occuper.

Le portail Carrefour.fr, qui chapeaute actuellement le drive, le cybermarché Ooshop et Carrefour Online, devrait donc bientôt pointer vers Rueducommerce à la place du dernier. Sa refonte, que Publicis peaufine actuellement avant une mise en ligne prévue prochainement, en sera peut-être l'occasion. Par exemple pour faire apparaître une sorte de "Rueducommerce by Carrefour" indiquant clairement aux visiteurs que désormais, le non-alimentaire, c'est là.

Adieu le SEO, adieu les clients

En fermant Carrefour Online, le distributeur va perdre sur plusieurs plans. D'abord une bonne partie des clients du site, qui n'auront aucune raison de faire le transfert. Ensuite tout le référencement des articles et des univers, issu d'un travail de longue haleine. C'est aussi le travail sur la marque en ligne qui part en fumée. De plus, même s'il indique vouloir capitaliser sur les compétences des deux équipes, le distributeur n'aura sans doute plus besoin de la totalité des 65 salariés qui se consacraient jusqu'ici à Carrefour Online (eux-mêmes risquant de rechigner à être transférés de Massy à St Ouen, où est installé Rueducommerce). Ce sont autant de compétences internes, bâties depuis des années, dont Carrefour va se priver.

A la trappe aussi, le click&collect ? Mis en place par eMerchant depuis l'été 2014, son délai de livraison était en train d'être ramené de 2 jours à 2 heures dans un nombre croissant d'hypermarchés. Axe fondamental pour tous les retailers, d'ailleurs fièrement promu en haut de la page d'accueil et sur tout le site de Carrefour Online, ce dispositif fait sans doute partie des services que Carrefour essaiera de rebrancher aussi vite que possible.

La tentation Cdiscount

Pourquoi, malgré cela, tout miser sur Rueducommerce et tenter d'en faire son bras armé dans l'e-commerce, comme Cdiscount pour Casino ? Le parallèle est d'autant moins évident que Rueducommerce est en déclin depuis des années. Au troisième trimestre 2015, le site a même vu son audience s'effondrer, quittant le Top 15 de l'e-commerce français pour tomber à la 24ème place. Assez logiquement, les ventes auront suivi le même chemin. Son précédent propriétaire, Altarea-Cogedim, l'a manifestement totalement laissé filer.

Bref, Rueducommerce n'est pas Cdiscount. Finalement, la seule vraie parenté entre les deux sites – s'être construits sur des prix bas dans la high tech – est aujourd'hui un boulet pour Rueducommerce, resté scotché sur les produits techniques et dont l'image low-cost est en décalage par rapport à la vocation généraliste de Carrefour. En revanche, il peut se targuer d'une marketplace bien plus active que celle lancée en beta mi-2015 par le retailer. En 2014, la Galerie de Rueducommerce enregistrait 125 millions d'euros de ventes sur les 430 millions de volume d'affaires du site. Et surtout, l'e-marchand a déjà fait le travail de passer sous Hybris et Mirakl et passera en production à la fin du premier trimestre, après les soldes. La Galerie s'appuie donc sur une technologie bien plus à jour que la version eMerchant de la place de marché de Carrefour Online et constitue pour son nouveau propriétaire un atout important.

Repartir à zéro

Finalement, cette décision de Carrefour est sans doute à interpréter comme une volonté de tourner la page. Comme l'analyse son fournisseur contacté par le JDN : "Il y a quinze ans, Carrefour a racheté Meubles.com puis d'autres sites et cela n'a rien donné. De 2006 à 2008, ils ont monté Boostore et cela n'a abouti à rien. Puis ils ont tenté avec eMerchant et n'ont pas été bien loin non plus." Lorsqu'on considère le volume d'affaires assez modeste de Carrefour Online, ses pertes et la taille de ses équipes, on peut imaginer que le retailer voie un intérêt à faire table rase du passé et à tenter de rendre Rueducommerce rentable.

Un concurrent de Carrefour commente d'ailleurs : "C'est peut-être un constat d'échec de la stratégie passée, mais arrêter les frais pour tenter de faire mieux est aussi assez courageux". Reste que lorsqu'on voit le soin que prennent chaque jour tous les e-commerçants du monde à construire pas à pas leur audience et leur clientèle puis à la retenir, une décision aussi brutale demeure une vraie surprise.

Pixmania / CARREFOUR