Teeps sera la première app française de commerce conversationnel

Dès cet été, la nouvelle start-up de Fabrice Berger-Duquene mettra en relation consommateurs et passionnés qui, par chat, les guideront dans leurs achats.

"L'e-commerce est devenu une commodité, très ennuyeuse pour le client, dont restent absents le conseil et le contact humain autant que le plaisir du lèche-vitrine. Et sur beaucoup de catégories, Amazon va rafler la mise car il dispose de grosses capacités et ne cherche pas à gagner de l'argent." Ce constat est celui de Fabrice Berger-Duquene (fondateur de PureShopping, ex-DG de Webedia et ancien de La Redoute), qui vient de s'associer à Sonia Zarowsky (ex-ChicTypes et Webedia) pour créer une expérience d'achat en ligne à l'opposé de cet e-commerce sans âme.

Fabrice Berger-Duquene, cofondateur de Teeps © S. de P. Teeps

"Il existe des tas de gens comme vous et moi, passionnés par un domaine et qui, dans la 'vraie vie', accompagnent déjà leurs proches dans leurs achats de vin, de high-tech, de déco… D'où l'idée d'une plateforme qui permette à ces passionnés d'aider les consommateurs à acheter et d'être rémunérés pour cela."

C'est tout le principe de Teeps, une application mobile qui sera lancée cet été dans une logique très conversationnelle. Au début, l'utilisateur choisira une catégorie et indiquera ce qu'il recherche. Par exemple, un canapé vintage dans telle ou telle gamme de prix, qui s'intègre bien dans l'appartement dont il enverra quelques photos. Un algorithme transférera la demande à la cinquantaine de passionnés les plus aptes à lui répondre.

Le plus réactif entamera une conversation de type chat. Il pourra demander des précisions, puis sélectionnera plusieurs références dans la base de données de produits de Teeps et l'enverra, toujours en privé, au client, qui pourra conclure l'achat au sein de l'application. A la façon d'Uber ou des Buy Button de Twitter ou Facebook, il n'aura à renseigner ses informations de paiement qu'une seule fois.

"Le client bénéficiera du conseil gratuit et neutre d'un passionné qui, pour sa part, recevra la moitié de la commission que nous prendrons sur la vente, de 15% à 30% selon les univers, précise Fabrice Berger-Duquene. Un passionné de mode très actif, qui réalisera trois ou quatre ventes par jour, obtiendra rapidement 300 euros par semaine, et plus encore dans la déco."

1) Choix de l'univers 2) Demande de teep 3) Création de teep par le passionné 4) Flux d'accueil personnalisé © S. de P. Teeps

Les utilisateurs auront aussi la possibilité d'envoyer leur demande de "teep" directement à un passionné déjà identifié. Et pourront naviguer dans la partie inspiration de l'application, qui inclura édito et sélections de produits à mettre en favori ou à acheter. "Mais il ne s'agira pas de l'habituel catalogue par catégorie. L'expérience Teeps, c'est le conseil et la curation par des spécialistes."

Pour les passionnés, valorisation et rémunération

Derrière l'écran, Teeps fonctionne bien sur un modèle de place de marché (d'ailleurs fournie par Izberg), requérant donc de ses partenaires qu'ils aient un flux marketplace. Pour son lancement, l'application comptera 150 à 200 marques et marchands. Teeps discute actuellement avec des "gros" comme La Redoute, Delamaison, Menlook ou Monshowroom, des plus sélectifs comme L'Exception ou Monnier Frères, et des marques telles que Lacoste ou Cavalier Bleu. Au total, l'app ouvrira avec 100 000 à 200 000 produits sur les verticales déco, enfant, mode femme et mode homme, que rejoindront dans un deuxième temps le vin et la beauté.

Mais la vraie difficulté et la vraie valeur ajoutée de Teeps résideront surtout dans sa communauté de passionnés, que la start-up a commencé à repérer. Ses cinq comptes Instagram totalisent déjà 6 000 followers et ses pages Facebook 80 000 fans. Début juin, sera lancée une application web ciblant particulièrement ces internautes pour les inciter à "taguer" les passions de leur entourage, à la façon des compétences sur Linkedin. A l'arrivée, une véritable cartographie des passionnés, richesse qu'aucune marque ne possède et dans laquelle Teeps pourra puiser.

Devenir la brique de monétisation des réseaux sociaux

Restera à faire venir les clients. "Teeps se lance comme une application, car c'est le plus simple pour construire l'usage, explique Fabrice Berger-Duquene. Mais notre logique est conversationnelle et notre objectif à terme est de monétiser la conversation." On pourrait donc voir Teeps arriver sur différents services de messagerie instantanée, à la manière de l'américain Operator qui, en plus de son app de commerce conversationnel, est actif au travers de Facebook Messenger.

L'entrepreneur se garde pour l'instant de communiquer ses objectifs de ventes, évoquant une fourchette large qui s'affinera au fil des modifications apportées pendant la beta privée en juin puis après le softlaunch de juillet. Ses ambitions sont néanmoins conséquentes : "Amazon va gérer la commodité de l'e-commerce, tandis que nous capterons les acheteurs qui savent ce qu'ils veulent mais ont besoin d'être guidés."

Une couche de conseil qui permettra selon lui aux e-marchands de doubler ou de tripler leurs taux de conversion… et à Teeps de devenir la brique de monétisation des réseaux sociaux. "Il faut bien sûr voir si la mayonnaise prend, mais notre projet est ambitieux et mondial, nous développons notre technologie dans cette optique." Avec trois enjeux technologiques principaux : qualifier la demande et la faire correspondre à des passionnés, l'UX et l'ergonomie, ainsi que la gestion du catalogue et des flux marchands.

En octobre, le service, rodé, sera porté sur l'Internet fixe et lancé à l'international, expansion qu'accompagnera une première levée de fonds. Et comme le principe de Teeps s'applique très bien également aux biens immatériels, au tourisme ou à d'autres domaines encore, les horizons devraient rester dégagés pendant un bon moment.

 

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