Régis Schultz (Monoprix) "Monop'Easy est le moyen de montrer qu'on fait mieux qu'Amazon Go"

Lancement de Monop'Easy, concurrence avec Amazon, création d'une marketplace… Le président de Monoprix dévoile comment il compte adapter son groupe aux nouveaux usages.

JDN. Vous lancez cette semaine l'application mobile Monop'Easy. A quoi sert-elle ?

Régis Schultz est président de Monoprix. © Monoprix

Régis Schultz (Monoprix). Aujourd'hui, le web formate les habitudes des consommateurs, avec notamment l'absence d'attente lors du paiement. Or la plus grande contrainte pour nous retailer reste le passage en caisse. Cette application rendra la vie facile au client. Ce dernier n'aura plus qu'à scanner un produit avec son smartphone et payer en quelques secondes, avec une carte bancaire préenregistrée. La facture arrive immédiatement par mail. Tous les produits du magasin sont concernés. Pas seulement les produits du rayon prêt-à-consommer, prêt-à-réchauffer, c'est-à-dire les repas du midi, comme nous le pensions au début. Nous avons chargé la totalité de notre catalogue.

Où est-elle disponible, quel est le calendrier de déploiement ?

Pour le moment, cette appli est disponible dans un seul magasin, près de la Madeleine, au centre de Paris. A terme, nous allons la déployer dans tous les Monop', mais aussi aux Monop' Daily. Cependant, nous devons d'abord résoudre la problématique du réseau. L'application doit pouvoir fonctionner partout, même au fond du magasin. Voilà pourquoi nous proposerons un système qui permet de stocker la commande en cas de manque de réseau le temps que ce dernier revienne.

" La plus grosse erreur d'un retailer face au digital c'est soit d'avoir peur, comme Carrefour, soit de dire qu'il ne va rien se passer, comme Auchan ou Leclerc.

Quels retours en attendez-vous : service client, réorganisation des salariés, gains financiers… ?

Nous ne supprimerons pas de postes de caissier. On a déjà été confronté à ces fantasmes lors de l'arrivée des caisses automatiques. Aujourd'hui, 25% des clients utilisent les caisses sans caissières, mais 75% passent toujours par le contact humain. Surtout que les Monop' ont des petits espaces, et le midi, le temps d'attente s'allonge. Cette application offre d'abord la possibilité aux clients d'aller plus vite pour un investissement peu couteux de notre côté. L'objectif est serviciel plus que financier.

Cette initiative est-elle une  réponse à Amazon Go et ses boutiques sans caisse ?

Quelque part, cette application est le moyen de montrer qu'on fait mieux qu'eux. D'ailleurs, Amazon a arrêté Amazon Go pour l'instant. Ils n'arrivaient pas à faire marcher la technologie avec plus de dix clients, car ils ne savent pas encore ce qu'est un consommateur en magasin. A chacun son métier. Avec la baisse des prix orchestrés chez Whole Foods, Amazon a aujourd'hui des ruptures de stock et des problèmes avec les clients. Ils sont en train d'apprendre. Nous aussi, on doit se remettre en cause et ne pas faire l'autruche. Surtout qu'Amazon vise une population urbaine également. La plus grosse erreur d'un retailer face au digital c'est soit d'avoir peur, comme Carrefour, soit de dire qu'il ne va rien se passer, comme Auchan ou Leclerc.

"Notre stratégie est de minimiser les irritants en magasin"

Cette brique s'inscrit-t-elle dans une stratégie plus large ?

Oui, notre stratégie est de minimiser les irritants en magasin. Tout d'abord, nous avons attaqué ce problème avec notre service Shop&Go, disponible dans quasiment tous les Monoprix. Ce service concerne les courses importantes avec beaucoup de produits. Son fonctionnement est simple : le client remplit son chariot, il le laisse n'importe où dans le magasin ou dans un espace dédié. Les employés prennent alors le chariot et organisent la livraison en moins d'une heure. En revanche, nous n'avions pas encore la solution pour les petites courses, avec moins d'une dizaine d'articles en moyenne, comme le font les clients qui viennent acheter un repas à la pause. L'appli Monop'Easy est une réponse à cette problématique. Avec Shop&go et Monop'Easy, Monoprix répond à l'ensemble des contraintes du paiement. Demain le client aura autant de plaisir à venir en magasin que sur le web.

Combien représente la vente en ligne chez Monoprix en termes de CA ? Quels sont vos objectifs ?

L'omnicanal pèse aujourd'hui 10% du chiffre d'affaires du groupe. Mais l'essentiel n'est pas de savoir quel est le taux de pénétration du online sur notre CA. J'ai toujours dit : il faut d'abord suivre nos clients. Le web révolutionne d'abord les pratiques. 80% des acheteurs vont sur Internet en amont, mais en moyenne 20% du business seulement se réalise sur ce support. A nous de nous adapter à ce changement.

"Notre marketplace devrait arriver assez rapidement"

Allez-vous créer d'autres entrepôts dédiés à la vente en ligne après avoir ouvert le premier en début d'année ?

Aujourd'hui non, mais ça pourrait venir. Il ne faut pas copier Amazon, dont le modèle repose sur l'entrepôt. Notre force reste le maillage territorial. Voilà pourquoi nous avons un schéma mixte. On utilise les magasins pour ce qu'ils savent bien faire : les courses immédiates, les petites courses, le ship-from-store, le click&collect surtout pour le textile et la livraison à jour zéro. L'entrepôt sert plutôt pour les grosses courses et la livraison à Paris.

Pourriez-vous à votre tour créer une marketplace ?

C'est un projet en cours, qui devrait arriver assez rapidement. Nous avons beaucoup de travail en termes de technologies pour la mettre en place.

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