Carrefour officialise le lancement de sa plateforme vidéo Nolim Films

Pour dynamiser son offre de films et de séries à la demande, le distributeur mise sur un partenariat avec UltraViolet, qui offre une copie digitale gratuite des DVD et Blu-Ray achetés en magasin.

Carrefour, qui a écoulé plus de 7 millions de DVD et Blu-Ray en 2014, se revendique dans le Top 3 des plus gros vendeurs français du marché. Le distributeur est donc en première ligne pour observer la chute des ventes des films sur support physique, divisées par deux en dix ans. Constatant par ailleurs que le marché de la VOD ne progresse plus (-6% en 2013 selon Xerfi), Carrefour a identifié quelques segments porteurs. Et en particulier celui l'achat de films numériques, qui aux Etats-Unis se développe le plus vite. La plateforme de vidéo à la demande qu'il lance ce 27 janvier sous le nom de Nolim Films cible donc particulièrement ce segment.

"Nous avons analysé le marché et interviewé des centaines de clients sur leur façon de regarder des films, explique Emmanuel Rochedix, directeur de la culture de Carrefour France. Il s'avère qu'ils sont attachés aux DVD et Blu-Ray, autant pour leur qualité que pour la possibilité de les repasser plusieurs fois à leurs enfants. Ils veulent également avoir accès à un catalogue très large, très rapidement après la diffusion TV ou en salle, et pouvoir regarder les films chez eux ou dehors sans se soucier du fabricant de leur device ou de la plateforme. Et ils veulent quelque chose de simple." Carrefour a donc calqué son offre sur ces attentes.

Au programme : un catalogue de 3000 films et épisodes se séries avec DRM, qui s'accroit de plusieurs dizaines de titres toutes les semaines grâce à des accords signés avec Warner, Sony, Gaumont, SND-M6, France Télévisions et d'autres studios encore, dont tous les studios français. "Nous aurons toutes les nouveautés, affirme Emmanuel Rochedix : les films 4 mois après leur sortie au cinéma et les épisodes de séries TV le lendemain de leur diffusion aux Etats-Unis dès que cela sera possible." Pour guider les consommateurs dans son offre, Carrefour a aussi prévu différentes catégories, thématiques et sélections. "Ensuite, vous aurez toute liberté. Achat ou location, qualité standard ou haute définition, support de visionnage, langue... le tout avec les meilleurs tarifs du marché, de 1,99 à 4,99 euros pour la location et de 4,99 à 14,99 euros pour l'achat, c'est-à-dire le téléchargement définitif."

Les consommateurs jugeront-ils légitime l'offre de vidéo à la demande d'une chaîne de grande distribution ? La Fnac, qui après l'échec de Glowria se prépare à rouvrir une plateforme similaire, peut au moins compter sur son image de distributeur historique de produits culturels. Mais l'expérience malheureuse du Britannique Tesco, qui d'après le Financial Times s'apprête à se débarrasser de sa filiale Blinkbox, montre que le passage des distributeurs généralistes aux biens dématérialisés n'est pas une sinécure.

L'atout du service : son caractère omnicanal

Carrefour ne se laisse pas déstabiliser pour autant et mise sur l'aspect omnicanal de son nouveau service. Il est en effet le premier distributeur français à signer avec UltraViolet, société américaine qui permet de retrouver gratuitement en ligne la copie digitale des films achetés en point de vente. Concrètement,  les clients de Carrefour qui achèteront en magasin des DVD ou Blu-Ray dotés du logo UltraViolet pourront en obtenir la copie numérique avec un simple code et commencer à constituer leur bibliothèque virtuelle sur Nolim.fr. "Aux Etats-Unis, UltraViolet revendique 20 millions de comptes, précise Emmanuel Rochedix. C'est un phénomène majeur qui a même redynamisé les ventes physiques." Carrefour espère bien sûr le même effet en France, qu'il accompagnera par des offres commerciales du type "en plus de la copie digitale de ce DVD, obtenez gratuitement trois autres films sur Nolim.fr".

"C'est en créant ce lien entre le physique et le digital que nous pourrons prendre une place sur le marché, affirme-t-il. Il y a beaucoup plus de gens qui achètent des DVD que des films en VOD, mais ce lien entre les deux univers est très attendu." Et si le consommateur achète son DVD UltraViolet chez un distributeur concurrent, Carrefour se fera un plaisir de lui en offrir tout de même la copie numérique, pour l'encourager à constituer sur Nolim sa bibliothèque de films.

Le groupe se garde pour l'instant de chiffrer ses ambitions et annonce simplement un plan de communication qui soutiendra de février à décembre le lancement de Nolim, en magasin comme dans les médias. Il se montre néanmoins optimiste, mettant en avant ses résultats en matière de livres numériques. Lancée dès octobre 2013, sa librairie d'e-books compte aujourd'hui 160 000 titres en catalogue. "Le secteur n'est pas panélisé, mais les éditeurs nous disent que nous sommes le premier vendeur français." Autrement dit, seul Amazon serait devant.

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