Comment l'e-commerce bouleverse le secteur de la logistique

E-Logistique selon Xerfi Externalisation généralisée de la supply chain, exigence de services à forte valeur ajoutée... Xerfi décortique les défis et perspectives des prestataires logistiques.

Le mouvement d'externalisation de la supply chain ne cesse de se renforcer. A tel point que selon Xerfi-Precepta, la proportion d'entreprises qui externalisent des opérations de transport ou de logistique, entièrement ou en partie, dépasse 80% en France. Dans son récent rapport "Les prestataires logistiques en France", le cabinet d'études calcule qu'environ 30% des dépenses logistiques des entreprises sont externalisées. Cette tendance de fond profite d'abord aux leaders de la logistique contractuelle. En effet, les grands groupes sont les mieux armés pour accompagner leurs clients en France comme à l'étranger, pour leur offrir des services à forte valeur ajoutée et, éventuellement, pour piloter l'ensemble de leur chaîne logistique. Bref, pour répondre à leurs nouvelles attentes.

Evidemment, les prestataires logistiques souffrent également de la mauvaise conjoncture économique. Néanmoins, les sociétés leaders ont su enregistrer une légère progression de leur chiffre d'affaires en 2013 (+0,5%), alors que les spécialistes de l'entreposage ou de l'organisation de transport avaient tendance à décrocher. Les opérations de consolidation intervenues l'année dernière ont également contribué à redéfinir le périmètre des prestations des principaux acteurs.

Accompagnant le redressement de l'activité économique dans l'Hexagone et en Europe, la croissance des logisticiens étudiés par Xerfi devrait accélérer à 2,5% en 2015 pour se stabiliser à 2% en 2015, estime l'étude. En particulier parce qu'ils ont signé fin 2013 de nombreux contrats d'externalisation avec de grands distributeurs qui reconfigurent actuellement leurs outils logistiques. Toutefois, les performances du marché français demeurant bien inférieures à leur niveau de 2007-2008, les prestataires logistiques resteront en quête de relais de croissance. Parmi les stratégies de développement qu'ils adoptent, Xerfi identifie avant tout le développement de prestations internationales. Au niveau domestique, ils devraient pouvoir miser sur les segments qui conserveront leur dynamisme : la santé, l'e-commerce, l'aéronautique ou la restauration hors domicile.

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Chiffre d'affaires des 66 prestataires logistiques leaders en France © Xerfi-Precepta / Greffes des Tribunaux de Commerce

Ces perspectives encourageantes ne doivent cependant pas masquer une réelle difficulté pour les prestataires logistiques. Les revalorisations tarifaires qu'ils ont pratiquées n'ont pas suffi à absorber la hausse de leurs coûts. Leurs performances d'exploitation se sont donc dégradées. Ainsi, entre 2010 et 2013, les prix du transport routier de marchandises en France n'ont en moyenne augmenté que de 5,4%, tandis que leurs coûts progressaient de 8,2%. Idem du côté des prix d'entreposage, qui sur la période ne se sont élevés que de 4,1%, alors que les coûts s'accroissaient de 7%.

A cela deux raisons. Pour commencer, le rapport de force est nettement défavorable aux prestataires logistiques, face à leurs donneurs d'ordre. Non seulement le pouvoir de négociation des logisticiens a toujours été bas, mais l'atonie des volumes qui leur sont confiés attise la concurrence entre eux. D'autre part, les dépenses énergétiques explosent et les acteurs doivent investir dans les flottes de véhicules et les locaux pour répondre aux normes environnementales : les coûts s'élèvent donc. Ce qui conduit Xerfi à prédire qu'à l'horizon 2015, les performances d'exploitation des prestataires logistiques resteront clouées à des niveaux bien inférieurs aux dernières années.

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Taux d'EBE moyen des 66 prestataires logistiques leaders en France © Xerfi-Precepta / Greffes des Tribunaux de Commerce

Ce phénomène est bien sûr entretenu par la mutation de la demande et, plus largement, par de puissantes évolutions structurelles, qui entraînent un glissement entre deux modèles de logistique. Dans les années 1980-90, les acteurs opéraient des entrepôts au rayonnement régional ou national et demeuraient mono-clients, mono-produits et mono-canaux. Entre temps, plusieurs grandes évolutions ont bouleversé le secteur. Premièrement l'essor de l'e-commerce, qui implique un picking de détail, une forte saisonnalité ou encore la traçabilité de la livraison. Deuxièmement la rupture logistique de la grande distribution, qui entre autres a réduit ses stocks, accru le rythme des livraisons et multiplié les opérations commerciales. Troisièmement la remise à plat des schémas industriels, fruit de l'internationalisation, du raccourcissement du cycle de vie des produits, de la coordination de la sous-traitance...

Plus précisément, la montée en puissance de l'e-commerce a entraîné une vaste complexification de la logistique. Xerfi remarque en effet que face à la multiplicité des modèles de vente en ligne, aucun modèle logistique n'a réellement pu se détacher. Selon les volumes traités par le site marchand, sa nature de pure player ou de click&mortar, ou encore le type de produits qu'il commercialise, on rencontre des options logistiques très hétérogènes en matière d'externalisation, de modes de livraison ou de système d'information. Il est néanmoins possible d'identifier un certain nombre de facteurs clés pour l'e-logistique. Et deux points communs à tous les modèles : l'exigence de flexibilité et de réactivité.

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Les facteurs clés de l'e-logistique © Xerfi-Precepta

Source

L'étude "Les prestataires logistiques en France - Face aux défis de l'automatisation, du numérique et du co-manufacturing" est publiée par Xerfi, éditeur indépendant d'études économiques sectorielles.

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