"Mon objectif est de faire de Telemarket le numéro 1"

Michel Jourdan, ancien PDG de Ooshop (Groupe Carrefour), vient d'être nommé directeur général de son concurrent, Telemarket. Le point sur ses nouvelles ambitions.

Vous quittez votre poste de Pdg d'Ooshop pour celui de directeur général de Telemarket. Qu'est-ce qui vous y a attiré ?

L'avantage de Telemarket est d'être indépendant. Cela permet plus de liberté et une grande réactivité dans la prise de décisions. Manœuvrer à son aise est plus difficile au sein d'un gros paquebot, où il faut toujours prendre soin de ne pas gêner une autre business unit - les hypermarchés, supermarchés, les proxi etc. C'est une logique que je respecte, mais qui me parait inutile car ni les clients, ni leurs attentes ne sont les mêmes. Faire attention à la politique du groupe peut donc être très contraignant. Lorsque vous êtes indépendant, à l'inverse, personne ne vous arrête. Or Internet est un monde où il faut être extrêmement réactif. Certes, Telemarket est derrière Ooshop en termes d'activité, mais son potentiel de croissance est énorme. Et je vois très bien ce qu'il faut faire pour le développer. Là où j'étais bridé, rien ne pourra désormais nous arrêter.

 

Depuis quelques mois, on voit pourtant Carrefour se développer sur Internet (nouvelle identité avec Carrefour Online, ventes privées etc.). Est-ce que vous ne partez pas finalement au mauvais moment, celui où le groupe se donne les moyens sur le Web ?

Non, pas du tout.

 

Quels sont vos ambitions et objectifs pour Telemarket ?

Qu'il devienne le numéro un du marché, en termes de chiffre d'affaires et qu'il se différentie grâce à sa qualité de service. A ce sujet, nous avons comme objectif d'accentuer le développement de la province, qui représente aujourd'hui 15 % de notre clientèle. Telemarket a déjà un accord avec Chronopost, mais ce dernier ne livre nos clients que le matin, sur des plages horaires peu commodes pour ceux qui travaillent. Il faut donc que nous ayons notre propre flotte, pour mieux servir notre clientèle type : le jeune couple actif que cela arrange de recevoir sa commande le soir. Par ailleurs, cela nous permettrait de livrer des surgelés et des produits frais, ce qui est aujourd'hui impossible en province avec Chronopost.

 

Comment analysez-vous le marché ? Quelles évolutions anticipez-vous ?

Je pense que tous les acteurs de la grande distribution seront bientôt sur la Toile. Aujourd'hui, Auchan, Cora et Carrefour ont vraiment pris conscience qu'Internet était l'avenir. C'est d'autant plus vrai depuis que le pouvoir d'achat est en berne et le prix du pétrole en hausse. Une récente étude montre à ce sujet que les Français parcourent, en moyenne, 1.283 kilomètres par an pour se rendre au supermarché. Certes, les prix sont légèrement plus élevés en ligne qu'en magasin - 4 à 5 % -, mais une fois ajoutés le prix du trajet et le temps passé dans les rayons, les gens se posent à deux fois la question. D'autre part, les études prouvent que le budget moyen dépensé en ligne est finalement inférieur à celui en grande surface, car les clients y sont moins tentés. Le secteur de l'alimentaire en ligne croit aujourd'hui d'à peu près 15 % ; je pense donc que, dans les années à venir, il atteindra sans problème 15 à 25 % de croissance. Il y a aura plus d'acteurs, donc plus de concurrence, donc de plus en plus de clients.

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