Patrick Jacquemin Patrick Jacquemin : "Pourquoi je quitte Rue du Commerce"

10 ans après avoir cofondé Rue du Commerce, Patrick Jacquemin quitte la société. Le temps est venu pour lui d'accomplir ses rêves de jeunesse : militer pour une planète plus propre et faire le Paris Dakar.

Vous avez annoncé que vous quittez Rue du Commerce. Pourquoi ?

D'autres passions m'animent. Il y a vingt ans, j'étais membre d'un parti écologique qui n'était pas encore politisé. A l'époque, je me demandais si je devais assouvir mes ambitions comme un vrai capitaliste ou militer pour la planète. J'ai eu envie de réussir, de faire parler la poudre financière et de créer une entreprise. Aujourd'hui, à 48 ans, je replonge vingt ans en arrière et je vais travailler sur cette seconde option.

 

Comment allez-vous traduire cet engagement ?

Je ne compte pas créer quelque chose de nouveau. Je veux juste prendre mon bâton de pèlerin et proposer des alternatives, des solutions, et contribuer - aux côtés des organisations qui existent - à la sauvegarde de la nature. J'ai assouvi mon ambition et j'ai pollué sans faire attention. J'ai maintenant envie de travailler sur ce sujet : comment assouvir son ambition tout en préservant la planète ? J'ai commencé chez Rue du Commerce. Notre système de management environnemental est dorénavant accrédité à la norme 14 001. Cet effort nous a coûté un millième de notre chiffre d'affaires, ce n'est pas un effort insurmontable. Il y a des solutions.

 

Les rumeurs disent aussi que vous allez participer au Paris Dakar en moto

C'est vrai. C'est pour cela que mon départ se fait le 31 novembre et non le 31 décembre. D'ici là, il faut que je me prépare à cette course que les organisateurs veulent faire la plus dure du monde. Je fais de la moto depuis toujours. J'ai déjà fait Paris Vladivostok, j'ai donc une certaine habitude. Mais j'ai besoin de m'entrainer physiquement. Je ferais cette course sur une moto KTM qui sera aux couleurs de Rue du Commerce. J'animerai aussi un blog sur le site pour raconter les étapes. J'espère pouvoir réaliser des reportages vidéo à l'aide d'une caméra fixée à mon casque.

 

Vous quittez Rue du Commerce, à un moment où la société est confrontée à la crise ?

D'abord, je ne quitte pas tout à fait l'entreprise. Je reste deuxième actionnaire avec 9 % du capital et je conserve ma place au conseil d'administration. Je reste un actionnaire ambitieux et exigeant. En outre, la société a été préparée à mon départ. Gauthier Picquart reste PDG et il sera assisté par deux directeurs généraux adjoints de qualité en les personnes de Pascal Dahan et Yannick Simon. Enfin, les projets développés depuis deux ans portent leurs fruits, comme la galerie marchande et les produits à 1 euro. La société est promise à un bel avenir.

 

Quelles seront les conséquences de la crise pour RdC ?

La croissance sera moindre que prévue, pour Rue du Commerce comme pour les autres. Mais Rue du Commerce doit en profiter pour continuer sa progression, être rentable, et gagner des parts de marché. Malgré la crise, le marché du e-commerce va continuer à croître, peut être moins rapidement que prévu, mais il va croître. Beaucoup de segments n'ont pas encore été travaillés. Parce qu'ils n'étaient pas matures, parce que les internautes n'étaient pas prêts... Mais il va falloir s'accrocher à ces segments qui sont en train de percer.

 

Vous qui avez connu la crise en 2000, que conseilleriez-vous aux dirigeants de start-up qui craignent les effets de celle qui s'annonce ?

D'abord, lever tout l'argent qu'elles peuvent. Si elles ont besoin de 3 millions et que les fonds leur en proposent 5, il faut les prendre. D'abord, parce qu'un business plan est par nature ambitieux, on n'est jamais sûr de le réaliser à temps. Ensuite, parce que cela évite de se retrouver exsangue en cas de retournement du marché. Par ailleurs, il faut toujours garder un œil sur son compte d'exploitation et négocier le bout de gras sur chaque dépense. En 2000, nous nous demandions comment nous traverserions cette passe. Les fonds de capital risque étaient très prudents et les banques nous considéraient comme des parias. Finalement, nous avons réussi à lever 15 millions d'euros. Pour l'anecdote, quand nous avons voulu déposer ce chèque, notre banque a même refusé de l'encaisser, comme si c'était de l'argent sale.

 

Votre levée de fonds vous a donc permis de vous en sortir sans trop de difficultés

Pas vraiment. Un an plus tard, en septembre 2001, la marché repart avec une forte croissance. Mais le 11, les attentats aux Etats-Unis ont tout gelé. Il a fallu plusieurs mois avant de retrouver la croissance qu'il y avait juste avant. Nous avons dû réduire nos effectifs de 130 à 65 personnes en quelques mois. Dans ces moments là, il ne faut pas paniquer, mais prendre les mesures qui s'imposent. Si nous n'avions pas fait cela, Rue du Commerce n'existerait pas aujourd'hui.

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