Pierre Kosciusko-Morizet (Acsel) Pierre Kosciusko-Morizet (Acsel) : "La France doit rattraper son retard dans l'économie numérique mondiale"

Le PDG de PriceMinister, vient d'être élu président de l'Association pour le commerce et les services en ligne (Acsel). Il explique ses projets et sa vision de la situation numérique de la France.

Pourquoi vous être présenté à la présidence de l'Acsel ?

En fait, je ne me suis pas vraiment présenté, cela est venu naturellement. Je suis membre du Conseil d'administration depuis trois ans. Or depuis six mois, un comité dont je fais partie réfléchit à la manière de faire évoluer l'association, et à ce que ses membres en attendent. Il s'agissait en quelques sortes de définir un plan stratégique. A cette occasion, Henri de Maublanc a annoncé qu'il ne se représenterait pas, après 14 ans de présidence. Mon profil correspondait à ce qui était recherché, on m'a alors demandé de prendre la suite. J'ai accepté car je trouve que la France a besoin d'une association qui soit un bon interlocuteur avec le gouvernement et qui porte la voix de l'économie numérique. Je pense que l'Acsel est la structure adéquate pour tenir ce rôle. Elle est la seule qui soit transverse, réunissant aussi bien des éditeurs, des opérateurs et des marchands que des hébergeurs et des avocats spécialisés. N'étant pas liée à un corps de métier spécifique, elle ne fait pas de lobby et œuvre pour le développement global de l'économie numérique, dans une logique un peu altruiste.

 

Quels seront les chantiers de l'Acsel dans les mois à venir ?

Plutôt que de parler de chantiers, parlons plutôt de thèmes pour lesquels l'Ascel souhaite être porte-parole et force de proposition. Il y a trois grandes thématiques à aborder : la mobilité, l'e-commerce et le Web 2.0, à l'intérieur desquelles les sujets sont très nombreux. Tout d'abord, il n'y a pas assez d'internautes en France. Ensuite l'environnement législatif n'est pas assez stable, et les acteurs se demandent en permanence à quelle sauce ils vont être mangés dans six mois. L'envie de taxer Internet et les nouvelles technologies revient régulièrement, il faut finir par l'encadrer. Enfin, l'environnement juridique des hébergeurs semble évoluer, il va falloir aussi suivre ce point. Plus globalement, il s'agit de déterminer, aux vues de la place de l'économie numérique dans le monde, si on veut que la France en soit une grande nation. Il faut alors qu'elle s'en donner les moyens, car aujourd'hui le taux d'internautes est beaucoup plus bas qu'aux Royaume-Uni et l'emploi dans le numérique proportionnellement deux fois moins important qu'aux Etats-Unis.

 

Que faut-il faire pour que la France rattrape son retard ?

La France est en train de se marginaliser, car il y a beaucoup de déclarations, mais peu d'actions. Or il faut une vraie prise de conscience du gouvernement. C'est un challenge que doit relever l'Acsel : faire parler de multiples acteurs d'une seule voix. Il s'agit donc de s'exprimer d'une voix plus cohérente pour être entendus. La nomination d'Eric Besson au poste de secrétaire d'Etat à l'économie numérique a montré qu'il y avait une volonté du gouvernement de faire avancer les choses. Malheureusement, le budget qu'on lui a octroyé est trop réduit et il a beaucoup d'autres fonctions. Pour autant, il ne démérite pas et est entouré de personnes de qualité. Reste que parfois, des choses incohérentes se produisent, comme la loi Chatel, où ni l'Acsel ni la Fevad (Fédération e-commerce et vente à distance) n'ont été consultées et où des chiffres erronés ont été avancés pour la justifier. De la même manière, le gouvernement annonce qu'Internet est une priorité, mais il veut taxer les fournisseurs d'accès à Internet. C'est aberrant ! L'enjeu majeur d'Eric Besson est donc de coordonner tout cela.

Pierre Kosciusko-Morizet / Acsel