Yann Boucraut (Téléshopping) "Notre avantage concurrentiel est dans la présentation vidéo de nos produits"

Teleshopping.fr rapporte 40 millions d'euros par an à TF1. Son DG revient sur le fonctionnement et les projets de cet e-commerçant un peu particulier, ainsi que sur l'actualité de 1001Listes.com et de PlaceDesTendances.com.

JDN. Teleshopping.fr a été refondu en avril. Quelles sont les principales évolutions ?

Yann Boucraut. Le premier site a été lancé en 1997 au tout début de l'e-commerce en France, pour permettre aux consommateurs de passer leurs commandes de façon autonome et simple. En 2009, l'objectif du site n'est plus le même : nous voulons à la fois continuer à satisfaire nos clients actuels et en conquérir de nouveaux, en allant les chercher au-delà de notre enseigne.

 

"Afin de conquérir de nouveaux clients, nous avons entrepris d'étoffer notre offre"

C'est l'une des raisons pour laquelle nous avons entrepris d'étoffer notre offre, sans quitter bien sûr notre rôle de pré-sélectionneur de produits. Mais sur Internet, contrairement à une émission télévisée, il n'y a pas de limitation dans le temps ou l'espace. En 2010 nous comptons donc multiplier par deux le nombre de références proposées et atteindre les 2 000 d'ici un an.

 

Par quels leviers essayez-vous de mieux satisfaire vos clients actuels ?

Nous avons renforcé les liens avec l'émission par une présence accrue de nos experts sur le site, mais aussi en proposant de très nombreuses vidéos d'une minute et demie. Ces vidéos de présentation des produits constituent véritablement notre avantage concurrentiel de producteur de télévision. De plus, le site synthétise les bonnes idées et les conseils des experts. Cette dimension fait totalement partie de l'ADN de Téléshopping, elle était déjà fondamentale à l'époque de Pierre Bellemare. Depuis la refonte, l'éditorial représente environ 10 % des pages vues.

 

Vous avez également mis en place une fonctionnalité permettant aux clients de déposer leurs commentaires...

Nous tenions à développer l'interactivité du site. Nous remarquons que les gens se prennent au jeu, proposent de nouvelles utilisations des produits... et une fois de plus créent du lien. Dans l'année à venir, nous développerons cette idée des usages originaux, par exemple en publiant des vidéos réalisées par les clients.

 

Quelle part des ventes de Téléshopping représente le site ?

40 % du chiffre d'affaires est réalisé sur le site marchand. Un bon tiers provient de la télévision, un quart du catalogue et le reste des magasins. En 2008, le chiffre d'affaires hors taxe de Teleshopping.fr s'élevait donc à 42 millions d'euros.

 

"Nous devons progresser en matière de mécanique de vente"

Par ailleurs, nous sommes rentables depuis notre première année d'existence. En effet, dès le début, nous avons adapté nos moyens au potentiel commercial de notre activité et avons donc commencé avec de petites équipes. Aujourd'hui nous ne sommes toujours que 80 personnes en tout chez Téléshopping : la culture est restée la même.

 

Vos cibles Web et TV sont-elles très différentes ?

Notre clientèle Internet est plus masculine et plus jeune mais un petit peu seulement. Car la promesse du site est la même que celle de l'émission : nous faisons de la vente par l'image de produits présélectionnés, le plus souvent en exclusivité chez nous, avec une offre ancrée dans la vie pratique et le quotidien des gens.

 

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Il y a deux domaines où nous devons progresser. Le premier relève de la mécanique de vente que nous devons rendre plus spectaculaire, au moyen par exemple d'animations commerciales ou d'enchères. La vente doit devenir plus ludique et plus innovante. Le deuxième est le lien avec le client. Il nous faut l'approfondir encore, mettre en valeur l'expérience client... Typiquement, nous désirons renforcer l'éditorial sur tous les sujets liés à la cuisine.

 

Quels sont vos atouts par rapport aux pure players de l'e-commerce ?

Le premier est notre capacité à démontrer, à tester le produit. Notre connaissance des articles que nous commercialisons est extrêmement bonne, de même que notre connaissance de la vente par l'image, à la télévision et sur le site.

 

"Le marché du m-commerce n'existe pas. Nous n'avons constaté aucune évolution entre 2005 et 2009"

Le second est notre rôle de sélectionneur : faire découvrir des produits aux consommateurs est notre vocation. Nous les commercialisons avant les autres et maintenons une exigence importante de qualité par rapport aux autres distributeurs. Chaque produit est analysé du point de vue de sa fabrication et de son utilisation. Les autres vendeurs ne sont pas organisés comme cela. D'ailleurs, pour revendiquer ce positionnement, nous organisons depuis huit ans maintenant un concours d'innovation.

 

Pourquoi avez-vous arrêté le commerce sur mobile ?

Nous avons démarré en 2005 - c'était donc très tôt pour le m-commerce - et arrêté début 2009 au moment de la refonte du site. En effet, le canal mobile était basé sur le canal Web et son fonctionnement complètement automatisé. En refondant le site en profondeur, nous n'avons pas pu conserver la partie mobile, que nous reconstruirons en 2010.

 

Cependant, si nous jugeons très important d'être présents techniquement sur le mobile, le marché n'existe pas. Nous n'avons constaté aucune évolution sensible entre 2005 et 2009. D'ailleurs les utilisateurs sont toujours les mêmes : les geeks. En 2008, nous n'écoulions que quelques centaines d'articles par mois. L'enjeu est donc technologique, mais pas commercial.

 

Quelle est l'actualité du site 1001Listes, racheté par Téléshopping fin 2006 ?

Comme beaucoup d'autres marchés, celui du mariage a été difficile en 2009. En 2008 nous avons lancé 1001Mariages, qui propose un référencement géolocalisé de prestataires et des outils gratuits de wedding planner. En 2009 ce nouveau site est devenu leader de l'organisation de mariage. C'est un petit marché, mais une belle réussite. L'usage est très fidélisant, très impliquant. Les futurs mariés passent beaucoup de temps sur le site puis le recommandent.

 

"Nous désirons étendre 1001Listes aux listes de naissance, d'anniversaire, de pendaison de crémaillère..."

Aujourd'hui, l'actualité principale de 1001Listes est la refonte complète prévue pour le printemps 2010. Le premier objectif est de donner plus d'autonomie aux mariés dans la gestion de leur liste, leurs remerciements... Ensuite, nous désirons aller au-delà des listes de mariage vers les listes de cadeaux : naissance, anniversaire, pendaison de crémaillère, simple wishlist... ceci en bénéficiant de la belle notoriété de 1001Listes.

 

Que devient Place des Tendances, lancé en 2008 par TF1 et dont vous êtes également président ?

Place des Tendances propose une autre vision de l'Internet marchand que ce qui a prédominé pendant 10 ans. Nous considérons que le Web ne se résume pas à des prix bas, mais qu'il s'agit aussi de services. Place des Tendances propose le juste prix, le même qu'en magasin, mais l'internaute est sûr de la qualité. Le site est disponible en permanence, il est possible de retourner les articles, le service est de qualité, nous ne vendons que des collections en cours, toutes les références commercialisées sont en stock, le site livre en 48 heures voire en 3 heures en région parisienne... C'est une relation complètement différente avec l'internaute. Et le site donne à beaucoup de consommateurs la possibilité d'accéder à 80 marques pas toujours faciles à trouver en province.

 

La deuxième caractéristique du site est sa relation partenariale avec les marques. Nous poussons les marques, leur univers et même leur réseau physique. Le client doit se sentir libre d'acheter où il veut, Internet n'est pas l'ennemi des marques.

 

Quels sont les projets en cours de Place des Tendances ?

Le site a lancé des mini-boutiques avec les magazines Marie-Claire, Gala et Cosmopolitan : il est leur boutique en ligne. Par ailleurs, nous avons diffusé une campagne de publicité en octobre sur TF1. Etant dans un groupe média, l'expérience était évidemment intéressante et bien entendu très profitable pour le site en termes de visibilité, de notoriété et de commandes. Enfin, une refonte est prévue pour le mois de janvier 2010, qui reverra l'ergonomie et la présentation des marques et des produits.

Tf1 / CANAL +