John Collison (Stripe) "Nous lancerons officiellement Stripe en France cette année"

La start-up californienne, qui vient de lever 80 millions, permet aux marchands d'accepter les paiements en ligne par carte bancaire en deux temps trois mouvements. Son président détaille ses ambitions.

JDN. Que propose exactement Stripe ?

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John Collison, cofondateur et président de Stripe © S. de P. Stripe

John Collison.Traditionnellement, les e-marchands qui voulaient pouvoir accepter des paiements par carte bancaire étaient obligés de travailler avec les banques et le processus était long et cher. Avec Stripe, c'est simple et rapide. Ils n'ont plus qu'à ajouter quelques lignes de code à leur site et cela fonctionne. C'est Stripe qui se charge des relations avec les banques.

Concrètement, nous éditons une suite d'API que le marchand intègre à son site Internet ou à son application mobile. Cela lui permet aussi de contrôler totalement l'expérience de l'utilisateur, qui n'est pas redirigé vers Paypal ou vers une page de paiement extérieur au site. Et Stripe ne permet pas juste d'accepter les paiements, mais aide aussi à optimiser la conversion, sait envoyer le paiement chez un marchand tiers lorsque l'utilisateur est une marketplace, etc. S'enregistrer prend 10 minutes, intégrer l'API et vérifier que tout fonctionne pas plus de 2 heures. Enfin, n'importe qui peut payer, pas besoin d'avoir un compte utilisateur. Contrairement à Paypal, Stripe a été conçu dès le début pour cet usage.


Qui sont vos clients ?

Des entreprises de toutes tailles, comme Rackspace, Shopify, le quotidien britannique The Guardian, ou encore le Français Dailymotion, avec qui nous venons de signer. Dailymotion va utiliser Stripe pour accepter les paiements sur son produit de marque blanche Dailymotion Cloud. Nous travaillons aussi avec le gestionnaire français de mots de passe Dashlane.


Vous avez levé 80 millions de dollars fin janvier 2014. Qu'allez-vous en faire ?

Nous avons une feuille de route extrêmement riche. Nous allons accélérer notre développement international, mais aussi ajouter de nouvelles fonctionnalités à notre solution. En particulier, il nous reste à accepter d'autres moyens de paiement que la carte bancaire, dont l'utilisation n'est pas majoritaire dans tous les pays. Plus largement, nous voulons développer des API dédiées au checkout, à la fraude... c'est-à-dire toute l'infrastructure qui soutient le paiement Web et mobile, à la façon de ce que propose AWS vis-à-vis de la construction de sites Web.


Où en est votre expansion internationale ?

Pour l'instant notre solution est disponible auprès de marchands dans 12 pays : Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni et Irlande, ainsi qu'en beta en France, où nous allons nous lancer officiellement cette année, Espagne, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Allemagne, Finlande et Australie. Travailler en beta pendant quelques mois nous permet d'ajuster notre produit à chaque pays. Nous sommes arrivés tard sur le marché du paiement, il est donc primordial que nous proposions exactement le bon produit. C'est comme cela que nous avons procédé pour le Royaume-Uni et cela nous a réussi : Stripe croît 2,5 fois plus vite sur ce marché qu'aux Etats-Unis à son lancement. Nous allons réitérer ce schéma dans les autres pays et allons d'ailleurs embaucher des collaborateurs supplémentaires, aussi bien pour notre bureau de Londres que sur le continent. Au total nous sommes actuellement 90 personnes, contre 40 il y a un an et 15 en 2011.

Nous venons enfin d'étendre Stripe à 139 monnaies, ce qui permet aux marchands de nos 12 pays d'accepter des paiements effectués depuis une bonne partie de la planète.


Votre frère Patrick et vous avez déjà créé et revendu une société en 2008 pour 5 millions de dollars. Comment voyez-vous le futur de Stripe ?

Nous pensons que le paiement constitue le dernier grand problème d'Internet. Communiquer est extrêmement facile, mais transférer de l'argent reste très compliqué. Avec Stripe, nous aidons les développeurs, les éditeurs de logiciels, les marchands et toutes sortes d'entreprises à accroître leur activité partout dans le monde. A ce jour moins de 5% des dépenses des consommateurs sont réalisées en ligne. Je ne sais pas si cette proportion finira à 50%, 60%, 70%, mais Stripe aide à la faire progresser, autant qu'à accroître la zone de chalandise des entreprises.

Stripe est encore très jeune. Il nous reste beaucoup à faire, c'est un projet de long terme. Patrick et moi ne nous voyons pas travailler sur un autre projet.

 

John Collison est le président de Stripe, qu'il a cofondé avec son frère aîné Patrick, CEO de la start-up. Nés en Irlande en 1988 et 1990, les deux frères fondent en 2007 Shuppa, qu'ils fusionnent avec Auctomatic en intégrant l'incubateur Y Combinator, dans la Silicon Valley. La société, qui édite des outils pour eBay, est rachetée 5 millions de dollars en mars 2008 par le Canadien Live Current Media. John Collison entre à Harvard en 2009 et cofonde Stripe en 2010 avec son frère. Depuis sa création, Stripe a levé un total de 130 millions de dollars, apportés par Sequoia Capital, Khosla Ventures et Andreessen Horowitz, ainsi que par les fondateurs de Paypal Elon Musk, Peter Thiel et Max Levchin.

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