Faire de l'arbitrage de liens sponsorisés, comment ça marche ?

Arbitrage liens sponsorisés Certains groupes, dont AOL, se sont spécialisés dans l'achat de liens sponsorisés à Google pour amener l'utilisateur sur une page contenant d'autres liens plus rémunérateurs. Explications.

Une analyse fine des classements d'audience publiés par Médiamétrie, Comscore, Alexa ou SimilarWeb amène toujours son lot de surprises. Par exemple, le site Trouver.fr qui agrège plus de 800.000 visiteurs uniques mensuels en France ou Wow.com qui, lui, atteint les 2 millions de visiteurs uniques et se trouve être la propriété d'AOL. Des audiences impressionnantes qui interpellent. Comment ces sites qui n'existaient pas il y a quelques mois arrivent-ils à afficher des visiteurs aussi nombreux ?

C'est SimilarWeb qui nous en apprend davantage. Selon le site, Trouver.fr tire 87% de son audience du search de Google. Même traitement pour Wow dont on apprend que 81% de l'audience provient des moteurs. En voilà des sites bien référencés ! Poursuivons donc notre enquête en demandant à Semrush sur quels mots-clés ces deux sites sont positionnés.

Et là, surprise, la totalité du trafic search de ces deux sites ne vient pas des résultats naturels (SEO) mais de l'achat de liens sponsorisés (SEM). On découvre ainsi que Wow achète les mots-clés "Regarder film" ou, moins romantique, "Hernie hiatale". Quant à Trouver.fr, il achète "Carte d'anniversaire" et "Caf de Lyon". Cela permet à ces deux sites d'afficher de jolies annonces dans Google, ressemblant à cela:


capture d'ã©cran 2014 01 21 15
Annonce Google de Trouver.fr © semrush.com

Un clic de l'utilisateur sur une annonce renvoie directement sur une page Trouver.fr ou Wow.com affichant des résultats de recherche correspondant plus ou moins à la requête initiale de l'utilisateur accompagnée de liens sponsorisés fournis par ... Google. Pour les deux sites, tout l'enjeu du mécanisme réside à acheter des liens entrants peu coûteux sur Google et à afficher des liens sortants fortement rémunérateurs sur leur propre page. En clair de profiter d'une dysymétrie du marché du lien sponsorisé.

La pratique en elle-même n'est pas nouvelle. Par exemple, Ask.com achète depuis des années des liens sponsorisés sur Google pour amener l'utilisateur sur son propre moteur de recherche. Mais Ask affiche ses propres liens sponsorisés. Là où Trouver.fr et Wow.com diffèrent, c'est qu'ils affichent des liens Google sur leurs pages. Autre curiosité, si Trouver.fr est édité par une SARL allemande, Wow est en revanche édité par AOL dont on ne savait qu'il s'était lancé dans le business de l'arbitrage de liens sponsorisés.

Et cela pose une question de taille : qui est le dindon de cette farce ? L'utilisateur final sans doute, car s'il n'est pas assez vigilant, il va être amené d'une page à l'autre et être diverti de sa recherche d'origine. Trouver.fr et Wow.com rentabilisent sans aucun doute leurs investissements en liens sponsorisés en évaluant automatiquement la rentabilité de chaque lien acheté et en ne conservant que ceux qui sont rentables.

Selon plusieurs sources connaissant cette pratique, elle est moins rentable qu'on peut l'imaginer : entre 10 et 20% de marge. Enfin, Google trouve un avantage à facturer deux liens sponsorisés plutôt qu'un - le premier vendu sur son site à Trouver.fr/Wow et le second affiché sur les sites Trouver.fr/Wow et vendu à un annonceur cette fois. Mais il doit partager les revenus du second lien avec les sites d'arbitrage à 50/50 environ. Pas sûr que pour le moteur, l'opération soit bénéficiaire...

Liens sponsorisés / Google