"L'éco-participation : une mesure pas si simple à mettre en oeuvre"

L'application de cette mesure implique, comme nous avons pu l'expérimenter chez Discounteo, beaucoup de travail de la part de notre équipe informatique. Mais elle créé également de nombreuses contraintes à tous les niveaux de la chaîne de distribution.

La directive européenne pour la récupération des DEEE (déchets d'équipements électriques et électroniques) a été mise en application en France depuis le 15 novembre dernier. Cette mise en place n'est pas sans difficulté. Chez Discounteo, cette nouvelle taxe a demandé un travail très important de l'équipe informatique de novembre à janvier, durant la période de l'année la plus chargée. En général, les e-commerçants cherchent avant tout à assurer la stabilité de leur site en ligne face aux importants pics d'audience et de commandes à ce moment là : chaque mise à jour du site est périlleuse.

Au delà des sites des boutiques en ligne, toute la chaîne de distribution du e-commerce est concernée par l'application de ce décret , du portail publicitaire au logisticien.


En amont de la visite en e-boutique, les offres commerciales sont tenues de présenter le montant de cette taxe de manière distinctement séparée du prix du produit. Que ce soit dans les newsletters, les bannières comme dans les prospectus et catalogues, chaque affichage de prix doit être accompagné d'une mention concernant l'éco-participation.

Cette contrainte française vise à informer le consommateur du coût de retraitement futur du produit qu'il achète. En pratique, dans l'e-commerce, cela complexifie encore un peu plus la comparaison des offres tarifaires. Ce d'autant plus que plus de 6 mois après le démarrage, la plupart des guides d'achats et comparateurs n'ont pas intégré cette contrainte franco-française dans leur charte. Idéalement cela revient à ajouter une nouvelle rubrique sur le même modèle que les frais de ports.

Parmi les sites que j'ai encore visités en cette fin avril, seul Kelkoo fournit cette information de manière précise et systématique. LeGuide.com fait apparaître une icône si l'éco-participation est incluse dans le prix sans indiquer le montant. Chez les autres, rien n'a encore été mis en ligne : seuls les frais de ports continuent de faire l'objet d'une analyse précise.

Il faut bien reconnaître que le calcul de ces éco-participations est d'autant plus complexe que le nombre de fournisseurs et de références en ligne est important. Mettre à jour des milliers de références produits n'est pas une mince affaire. Le calcul des montants n'étant pas harmonisé : on trouve des différences entre des lecteurs DVD en fonction des marques, des poids, des fonctionnalités... Au final l'interface avec les outils de comptabilité devient un vrai projet informatique que plusieurs confrères n'ont d'ailleurs toujours pas eu le temps de lancer.


En aval de la boutique, la logistique est fortement modifiée. Les enseignes de e-commerce collectent l'éco-participation auprès du cyber-consommateur. Cet argent sert alors à financer la collecte et le retraitement des DEEE. Les barèmes des taxes ont été calculés sur le modèle d'une récupération par les éco-organismes dans des points de collectes agrées.  Ce modèle économique est complexe à cadrer avec les contraintes de la vente à distance.

Pour être optimal économiquement et écologiquement, le déchet (DEEE) doit parvenir au centre de retraitement le plus proche du client.  Il est en effet coûteux et polluant de faire transporter les produits usagés vers les plate-formes de logistiques des e-commerçants.

La mise en place de cette "reverse logistic" optimisée nécessite une adaptation de nombreux prestataires de transport ainsi que des accords d'agrément. Le stockage même temporaire de déchets impose des contraintes différentes.

Plusieurs chantiers sont en cours chez nos partenaires. Nous attendons donc avec une certaine impatience que logisticiens et transporteurs trouvent un agrément auprès des éco-organismes chargés de la collecte et du recyclage.

Enfin, même si les consommateurs ont été particulièrement compréhensifs face à toute cette complexité, il reste actuellement des points d'interrogation.

La France a été le seul pays européen à ajouter en plus la contrainte de reprise gratuite dans la limite de 1 repris pour 1 livré. Juridiquement parlant, cela semble indiquer que les éco-organismes devraient à terme revoir leurs barèmes de manière à supporter le coût de collecte chez le particulier. Il serait en effet contraire au droit européen que le canal VAD soit pénalisé au travers cette nouvelle taxe.

A l'échelle européenne, pourquoi les tarifications des éco-organismes n'ont elles pas été harmonisées de manière à simplifier la mise en oeuvre ? En pratique la multiplicité de tarifications et de systèmes de collecte est une nouvelle barrière à l'expansion européenne des enseignes de e-commerce. Certains éco-organismes tels qu'ERP ont une dimension européenne. N'aurait on pas dû généraliser ce type d'approche ?

Enfin si une grande partie des e-marchands B2C se conforme aujourd'hui aux contraintes d'affichage et de logistique, qu'en est il du C2C ? L'éco-participation devrait être indiquée lorsqu'on effectue une recherche sur des produits neufs. Quid des contraintes de reprise ?

Ces éléments, loin d'être anodins sur le plan économique et environnemental, jouent un rôle de plus en plus grand dans la relation des enseignes avec leurs clients. La DEEE devrait donc être encore un sujet de travail prioritaire sur 2007.

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