L’ami ‘viral’ est un faux ami

Existe-t-il un procédé plus vénal que d’encourager une personne à envoyer un message sans intérêt à des potes dans le but de valider une inscription à un concours aux dotations plus qu’hypothétiques ?

Lundi dernier, un expéditeur non identifié me proposait par email de participer à un concours 'viral'  en invitant - avec force tutoiement et points d'exclamation - à renvoyer un film tout aussi 'viral' à 5 de mes amis. L'originalité de cette mécanique 'virale' n'avait d'équivalent que l'originalité de sa dotation : 10 iPods ! Bingo, un nouvel ami et un iPod promis-juré, la semaine commençait bien !

 

Mais après un examen minutieux du message et un visionnage des premières secondes - embarrassantes -  du film 'viral', je réalise que ce mystérieux expéditeur avait autre chose en tête que de me divertir et de m'offrir un iPod. Ce petit coquin m'encourageait à mots à peine couverts à tester la nouvelle formule du compte 15/24 d'une grande banque française !  Grosse déception... en quelques secondes j'avais perdu un nouvel ami, mon rêve d'iPod s'estompait et je prenais un coup de vieux : j'avais dépassé de 10 ans la limite d'âge...

 

L'amertume dépassée, je me suis mis à réfléchir au concept d'ami 'viral', cet inconnu qui, sous prétexte de vouloir votre bien tente mesquinement d'obtenir un bien ? Existe-t-il un procédé plus vénal que d'encourager une personne à envoyer un message sans intérêt à des potes dans le but de valider une inscription à un concours aux dotations plus qu'hypothétiques ? Comment des responsables marketing peuvent-ils concevoir qu'une logique à laquelle ils refuseraient de participer à titre personnel puisse plaire à leur cible ? Les poussifs 2% gagnés sur la diffusion d'une vidéo méritent-ils vraiment de prendre 98% des internautes pour des naïfs ?

 

En fait, le terme 'viral' a été tellement galvaudé qu'il a perdu son sens. L'ami 'viral' est un faux ami. Le concours 'viral' est un concours forcé. Même le film 'viral' n'existe pas par nature. Il y a des films Internet qui deviennent viraux si le ton est juste, ce qui n'est pas le cas le plus répandu.

 

Je me rappelle qu'avec mon (vrai) ami Franck de l'agence Milk nous avions une tirade tout prête lorsqu'invariablement le stagiaire assistant le responsable marketing, voulant prouver l'étendue de son avance technologique, exigeait que l'on ajoute la fonction 'envoyez à un ami !' à nos films Internet (souhaités viraux).

Il s'agissait d'une citation du film Les Bronzés tirée de la scène de la crêperie lorsque le client insiste pour avoir une « crêpe au suc' » et qu'il se faisait retoqué par un cinglant « Désolé, ce n'est pas le genre de la maison ! ». 

Sortir cette petite phrase sans plus d'explication, avec le plus grand sérieux et voir la stupeur sur le visage de notre jeune interlocuteur nous procurait une grande joie intérieure et de bons fou-rires en sortie de réunion.

 

C'était il y a 3 ans, il y avait très peu d'acteurs sur le marché, depuis, je suis bien obligé de reconnaître que nous avons dû céder plus d'une fois au syndrome d'envoi à un ami. Mais dans cette immense soupe buzzo-viralo-2.0-secondlifesque-blogosphérique, il me parait grand temps d'imposer à nouveau ses convictions.

 

Alors, chers responsables marketing, nous avons besoin de votre soutien, aidez-nous à ne plus à faire des crêpes au suc'...

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