Quelle fiabilité attribuer au Web 2.0 ?

Le Web 2.0 vient de souffler sa troisième bougie. Avec la liberté d'expression qu'il autorise et la multiplication de l'avis de Monsieur et Madame Toutlemonde, peut-on encore croire aux informations ainsi publiées sur la Toile ?

Le mois dernier, le Web 2.0, terme à la mode qui fait branché même si on ne sait pas précisément à quoi il fait référence, fête ses 3 ans d'existence ! Bien qu'il soit effectivement apparu pour la première fois en août 2004, le Web dit de deuxième génération était déjà pratiqué auparavant sans que ses utilisateurs le sachent ou le nomment ainsi.

Techniquement, il n'y a pas eu véritablement de rupture, tout au plus une évolution constante permettant à l'internaute d'innover dans sa façon de consommer le Net. Au-delà des techniques plus ou moins récentes (RSS, XML, ...) et des pratiques largement répandues (blogs, wikis,...), le nombre de connectés au réseau des réseaux augmente chaque jour. D'après l'enquête de juin dernier émanent de l'Agence wallonne des Télécommunications (AWT), 52 % des ménages wallons disposaient d'un accès à Internet en 2006, soit 11 % de plus qu'en 2004. Parallèlement à ce constat, de plus en plus d'utilisateurs-consomateurs se muent en utilisateurs-producteurs de contenu. Cette imbrication des rôles de l'internaute alliée à l'élargissement du réseau, attise un débat sur la nature de l'information et la fiabilité de celle-ci. Un débat qui se résume souvent à une simple question : "info ou intox ?"
 
Mais qu'est-ce que le Web 2.0 ?
Voyons tout d'abord de quoi on parle. Si je souhaite définir le Web 2.0 sans trop me mouiller tout en restant dans le vrai, je pourrais dire qu'il s'agit-là d'une formule aux contours indistincts qui rassemble le monde de l'Internet tel qu'il se construit actuellement. Pourquoi ne pas laisser ce nouvel Internet se définir lui-même ? Il suffit pour ce faire de se rendre sur Wikipédia, un "projet d'encyclopédie librement distribuable que chacun peut améliorer", comme le précise le site sur sa page d'accueil. Le Web 2.0 y est défini comme étant "souvent utilisé pour désigner ce qui est perçu comme une transition importante du World Wide Web, passant d'une collection de sites Web à une plate-forme informatique à part entière, fournissant des applications Web aux utilisateurs". Pas très éclairant me direz-vous avec tous ces W dans le texte !
 
A vrai dire, il n'existe pas de définition unique du phénomène, tant ce dernier est multidimensionnel. Il est toutefois important de noter qu'Internet est passé d'une réalité essentiellement technologique à une vision humaine mettant l'accent sur le relationnel. Chaque utilisateur devient la pierre angulaire de son propre réseau et Internet trouve le matériau utile à son expansion dans cet entrelacement interpersonnel. En d'autres termes, un réseau d'individualités s'est superposé au réseau de machines ; le premier élaborant à présent le contenu du second via la mise en ligne de contenu en tout genre.
 
Les applications découlant de cette révolution numérique bis (blogs, forums, bases de données ouvertes, etc.) favorisent donc la participation du plus grand nombre et autorisent un large partage de l'information. Toujours selon l'enquête précitée, plus d'un internaute sur cinq (soit 15 % de la population wallonne) publie du contenu sur la toile, et ce, que ce soit au travers de blogs, de sites Web personnels ou de sites catalogueurs de vidéos et de photos.

Quelle degré de crédibilité ?
Outre l'intérêt fort relatif de ce type de publications, c'est la question de la crédibilité de l'information qui est naturellement posée. Admettons par exemple que vous souhaitiez partir pour un citytrip à Venise dans l'arrière-saison. Avant de réserver votre billet d'avion, il est naturel de vous renseigner sur la ville et ses différentes infrastructures touristiques prêtes à vous recevoir. Plusieurs pistes s'offrent dès lors à vous : le coup de fil à un ami (l'éternel bouche-à-oreille demeure une garantie solide dans le domaine), l'appel au spécialiste (le recours au professionnel du voyage rassure), ou encore la brochure touristique (qu'elle soit matérielle ou virtuelle, l'indépendance de l'éditeur déterminera s'il peut être considéré comme tiers de confiance neutre).

Avec le Web 2.0 est apparu... le vote du public ! Il est vrai que l'on ne compte plus les sites sur lesquels vous pouvez lire des avis divers, examiner des photos ou des vidéos, et enfin, laisser vos propres commentaires. Malgré cela, si un dénommé Citytripfan a publié sur son blog un pamphlet caustique à l'égard d'un petit hôtel situé à quelques pas de la place Saint-Marc, allez-vous pour autant négliger cette offre ? Quel crédit faut-il accorder à une appréciation, subjective de par nature, d'un individu en particulier ?
 
Platon définissait l'opinion comme quelque chose d'intermédiaire entre la connaissance et l'ignorance. J'ajouterai simplement à cette vérité que le cumul d'opinions fait indiscutablement pencher la balance vers la connaissance. C'est ici qu'intervient la loi du grand nombre. Un avis isolé ne pouvant être jugé représentatif de l'ensemble, il est préférable de multiplier ces impressions individuelles. Le cas échéant, une tendance moyenne se rapprochant de l'avis général (ou plus exactement réduisant la probabilité de s'écarter de la valeur dite "réelle") se dégage. Au plus il y a d'opinions prises en compte, au plus le consensus formé de cet agrégat semble fiable.
 
Si cette loi du grand nombre est applicable au Web 2.0, c'est parce l'internaute est un utilisateur en réseau, c'est-à-dire qu'au lieu d'être atomisé, il est relié aux communautés qui sont les siennes. Les forums et les sites agrégateurs sont, de ce point de vue, des outils d'évaluation précieux. Le grand nombre de messages qui y sont postés détient quelque part le pouvoir d'autoréguler l'information ; la liberté de confirmer ou d'infirmer, voire de compléter ce qui précède, menant au partage des réflexions. C'est ce partage qui en définitive crée la richesse intellectuelle.
 
Concluons par un dernier exemple. Une campagne marketing colossale entoure une grosse production hollywoodienne à l'affiche. Cependant, sur un site Web de type base de données ouverte, plusieurs milliers d'internautes cotent dans leur ensemble négativement ce film en le relayant dans la catégorie "navets de l'histoire du cinéma", arguments de cinéphiles à l'appui. N'allez-vous pas réfléchir à deux fois avant d'acheter votre ticket au guichet ? Mais peut-être prendrez-vous juste votre téléphone portable et appellerez un ami dont les goûts sont proches des vôtres et qui a déjà été voir ce film...

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