La musique : la révolution est en marche

Au lendemain du Midem et alors que le rapport Olivennes fait débat, le secteur de la musique continue profonde sa mutation. Avenir des DRM, statut de l'oeuvre, mise en avant de nouveaux talents... Quelques pistes de réflexion.

Dans l'histoire de la musique, c'est bien la première fois que le public mène la révolution et que les artistes prennent le pouvoir grâce à la technologie. Les acteurs historiques sont bousculés et n'arrivent plus à s'adapter. Est-ce un effet désiré pour ne pas tuer la poule aux CDs d'or ou est-ce la simple lenteur d'un système bien huilé ?

Dans tous les cas pour le moment, le consommateur a profondément changé. Il détient le choix et accepte difficilement d'acheter un album dont il n'apprécie que quelques pièces. De même, l'artiste n'a plus les contraintes physiques du support CD ce qui lui permet d'étendre son espace d'expression.

Avant d'affubler le consommateur et/ou le téléchargement gratuit de tous les maux, il faut faire notre autocritique (nous les distributeurs numériques) et nous demander si nous offrons un service à la hauteur des attentes et des besoins du public. L'acte de téléchargement sur les plate-formes est-il simple et convivial ? Est-ce que le contenu est suffisamment exhaustif et adapté ? Le prix est-il acceptable pour l'ensemble des parties prenantes ? Quelle image le consommateur a-t-il du secteur musical ?

DRM et camisole technologique

Je crois sincèrement que le téléchargement légal de musique a de beaux jours devant lui à la condition que nous offrions une expérience positive associant simplicité et ergonomie au consommateur.

Pour atteindre cet objectif, la disparition pure et simple des DRM est un prérequis qui permettra une interopérabilité totale quelle que soit la marque de l'ordinateur, du lecteur ou du baladeur utilisé. Un effort qui libèrera le consommateur des camisoles technologiques mises en place pour mieux diriger ses achats. Je crois que nous voyons enfin le bout du tunnel avec l'engagement pris par les producteurs pour faire disparaître ces DRM. L'emprisonnement semi consenti du libre arbitre voit donc son modèle s'effriter. Le client pourra alors choisir le matériel qu'il souhaite et l'alimenter par différentes sources. Quelle aubaine pour tous !

Découverte de nouveaux talents

Des efforts conséquents ont été réalisés pour offrir des contenus toujours plus larges, de bonne qualité et surtout garantis sans virus par les plates-formes légales. Ce sont des atouts qui sont en mesure de rassurer et d'attirer les internautes. Il reste à voir comment nous pouvons capter cette fabuleuse envie de découvrir de nouveaux talents sans nous ruiner. Nous devons en effet multiplier les offres gratuites sur quelques titres d'artistes en devenir ou développer les initiatives qui permettent à n'importe quel artiste de déposer sa propre oeuvre musicale en quelques clics sur le Net pour se faire connaître.

Distinguer l'oeuvre du produit

Un autre point fondamental qui a été omis par ces dernières directives est la mise en oeuvre d'une politique claire d'information sur la complexité, les spécificités et les contraintes de la création musicale tout en admettant enfin que, comme dans la vie, seule une partie infime de la population des artistes gagne des millions d'euros.

Certes ce milieu de paillettes doit continuer de faire rêver mais il doit aussi conserver une pointe de pragmatisme et de réalisme. Un système de répression progressive, malheureusement rendu indispensable pour changer les comportements à l'image de la politique routière, n'aura de sens que si des explications sont proposées et entendues. Je crois qu'il faut remettre la musique à sa véritable place. Il faut en finir avec l'image de la musique "yaourt" reléguée à un simple produit de consommation de masse.

Qui est prêt aujourd'hui à travailler gratuitement ?

Créer un album ou un titre est la somme du travail d'une multitude de personnalités aux expériences, sensibilités et compétences rares. Le succès vient de la rencontre entre le public et l'alchimie obtenue par l'interprète, le parolier, l'ingénieur du son, le compositeur et bien d'autres acteurs dans les coulisses du spectacle...

Cette diversité et cette rareté ont un prix. On est prêt à mettre de l'argent dans une sculpture ou dans une peinture mais on pense que 0.99 euro pour une oeuvre musicale qui a demandé beaucoup de temps de travail et de compétences c'est trop cher payé !

Qui est prêt aujourd'hui à travailler gratuitement ? Certes, il faudrait distinguer le prix d'une nouveauté ou d'un artiste en développement qui a nécessité plus de risque qu'une oeuvre musicale qui a déjà été amortie dans le temps mais il n'en reste pas moins que payer pour de la musique est une évidence. Ne serait-ce qu'en retour pour le bon moment que l'on vient de passer.

Dans ce cadre, nous pouvons tous ensemble construire le marché de la musique de demain où chaque acteur  participe à l'émergence d'un  nouveau mode de consommation équitable adapté aux besoins d'un consommateur et d'un citoyen responsable.

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