Life story, microblogging : le contenu c'est nous

Les applications de "microblogging" doivent nous interroger sur les excès et les opportunités de cette saisie intentionnelle, falsifiable du vif de notre quotidien, livré à nos contacts, voire contrôlé par eux. Ceci dans un contexte de multiplication des interfaces de production, d'émission et de consultation d'informations sur nous-mêmes.

Parfois au grand dam de leur parents, nombre de jeunes internautes ont l'habitude de dialoguer en ligne avec leurs copains après l'école via les applications de messagerie instantanée (les MSN et autres Yahoo messengers...). De plus en plus, les professionnels qui travaillent en mobilité ou à distance utilisent eux aussi diverses solutions dites de voix sur IP comme Skype, qui peuvent aisément remplacer le téléphone pour communiquer à moindre coût et à distance avec leurs collaborateurs et leurs clients.

Le téléphone mobile quant à lui est devenu un prolongement de nous-mêmes, rassurant, toujours à portée de main, sujet aux sollicitations de toutes sortes (appels, bip, vibreur, envoi / réception de SMS, jeux...), à la limite parfois de la "laisse numérique".

Le bruit, le "signal numérique" deviennent donc permanents, alors qu'ils étaient jusqu'à présent orientés vers un objectif, une tâche (téléphoner, dialoguer, consulter / envoyer un sms, un message...). Mais au delà d'un acte orienté vers un but propre aux applications mentionnées, une nouvelle couche dite sociale s'ajoute et s'intègre désormais dans la panoplie des outils de communication avec aujourd'hui par exemple le microblogging.

Pour mieux comprendre ce que veut dire "microblogging", observons le terme en lui même dans lequel on aura reconnu le mot bloguer avec cette fonction de communication et d'exposition parfois intime, parfois extérieure à soi (actualités...).

Cette omni / télé-présence à destination des autres et propres aux blogs, intègre désormais la dimension "micro", qui signifie un changement d'échelle et de temporalité puisqu'il s'agit non plus de rapporter des informations personnelles ou extérieures à soi (avec la contrainte du différé propre au délai de là mise en ligne), mais de communiquer sur soi (son actualité, son état, son humeur, son statut d'activité et de disponibilité personnelle) dans l'immédiateté, en "live" ici et maintenant.
Le microblogging incarné aujourd'hui par nombre d'outils dont le pionnier est Twitter (voir aussi Pownce, Jaiku...), qui signifie "gazouillis" en anglais, est donc une petite application compatible avec les fameux réseaux sociaux, qui telle une fenêtre constamment ouverte sur le réseau permet d'envoyer un signal social, une sorte d'alerte, de bruit, signifiant que je suis en veille, disponible à l'écoute, prêt à communiquer.

Ce signal exprime ce que vous êtes en train de faire ("je suis dans le bus", "je lis"...) : c'est ce que je nommerais un signal passif sans but si ce n'est de signifier sa présence en ligne.
A l'inverse, dire à son réseau, notamment si il est constitué de professionnels, "je travaille, je suis en conférence, je suis en réunion", est une démarche d'entretien de sa réputation en ligne et de son statut d'individu dans l'action, "forcément" très occupé.
Ce signal s'exprime très simplement par un message en format texte par quelques mots et phrases (limités à 140 caractères maximum dans une application comme Twitter), mais peut aussi s'intégrer dans une vidéo réalisée avec sa webcam personnelle (voir Seesmic) pour alimenter en permanence le flux de signalement et d'exposition de soi.

Naturellement on peut s'interroger sur ces comportements qui peuvent à première vue paraître vides de sens mais qui commencent à consacrer la logique de la pervasivité du "always connected".

D'ailleurs ce phénomène existe déjà dans les usages du téléphone mobile. En effet vous avez certainement déjà remarqué certains utilisateurs qui consultent constamment, même dans des contextes qui ne s'y prêtent pas a priori (en cours, en réunion...), leur téléphone portable, ou qui contactent (en dialogue direct ou par SMS) leurs amis alors qu'il n'ont rien à leur dire de particulier en dehors d'un "salut t'es ou ?, tu fais quoi ?".

Pour finir, une récente publicité télévisée d'un opérateur téléphonique et dont le personnage principal est un acteur americano belge qui prête toujours à sourire par ses "fulgurantes" pensées, éclaire bien le phénomène. Voici une des phrases relevées : "...j'espère que tu n'as rien à me dire, je trouve que l'on ne s'appelle pas assez souvent quand on à rien à se dire..."(sic).
 
Flux de vie permanent de notre quotidien de chaque instant, ces applications de lifecast, lifestream, relèvent d'une forme de «sous veillance» à l'oeuvre. Le développement à grande échelle du Wearing computing (applications et dispositifs communiquants "portables", intégrés sur le corps ou les vêtements), de la mobilité et de l'internet des objets, vont nous sortir naturellement de la logique de consultation et de saisie statique des évènements à partir d'un PC pour se retrouver sur nous, en dehors de nous, dans l'environnement hors cadre traditionnel d'émission / réception d'informations.

Les vidéos prises sur le vif d'évènement de la vie réelle à partir d'un téléphone portable (happy slapping, propos d'hommes politiques...) ne sont qu'une prémisse des nouveaux usages possibles en forme d'interrogation sur les menaces et les opportunités.

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