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 LA TRIBUNE DE GERARD HAAS 
La fronde contre le fichier Edvige s'organise
La base policière de renseignements Edvige prévoit de centraliser des données personnelles d'individus susceptibles dès 13 ans de porter atteinte à l'ordre public, mais aussi de ceux impliqués dans la vie politique, associative, syndicale ou religieuse. Soit pratiquement la France entière, ou pas loin. Décryptage.
(09/09/2008)
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Le décret n° 2008-632 du 27 juin 2008, paru le 1er juillet 2008 porte création d'un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé "EDVIGE" pour Exploitation Documentaire et Valorisation de l'Information Générale policier. En effet, le fichier Edvige permet de ficher les personnes "ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif" et celles qui "en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public". Il sera possible d'y faire figurer des informations sur les situations patrimoniales, fiscales, relationnelles, médicales ou sexuelles, des personnes fichées.

Cet "exquis" acronyme recouvre en fait un fichier informatique rassemblant des données sur deux catégories de population :

-        En premier lieu, les "personnalités", tous ceux et celles qui peuvent jouer un rôle public dans des domaines aussi variés que la politique, l'économie, le social, la religion, le monde associatif ou les médias.

-        En second lieu, les "fauteurs de troubles", c'est-à-dire les individus ou groupes "susceptibles de porter atteinte à l'ordre public", y compris les mineurs et ce dès l'âge de 13 ans.

En outre, il doit, également, servir aux enquêtes administratives demandées pour les candidats à certains métiers, notamment dans la fonction publique et dans le secteur de la sécurité.

Notons que c'est sur décision de la police que les données personnelles contenues dans le fichier Edvige sont collectées, et elles sont nombreuses : état civil, profession, adresses, téléphone, mail, signes particuliers, photos, comportement, titres d'identité, immatriculation des véhicules, informations fiscales et patrimoniales, déplacements, antécédents judiciaires, environnement personnel...

Ce fichier sera géré par la sous-direction de l'information générale (SDIG, rattachée à la Direction centrale de la sécurité publique).

En pratique, les fiches elles-mêmes pourront être créées et consultées par les quelques 1 600 policiers assermentés de la SDIG.  

La base du fichier est constituée des fameuses petites fiches des ex-Renseignements généraux (RG), à l'exception toutefois de celles qui concernent le terrorisme et l'espionnage : celles-ci sont versées au fichier secret Cristina, qui est géré par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, fusion de la DST et d'une partie des RG).

 

Selon le ministère de l'Intérieur, Edvige n'est jamais que l'ancien fichier des RG adapté aux évolutions de la société.

 

Pourtant, jusqu'à présent, les mineurs ne pouvaient être répertoriés que dans des bases de données recensant des infractions commises (comme le Stic de la police), des auteurs d'infractions (comme le Fijais en matière sexuelle) ou des empreintes (fichiers des empreintes digitales ou des empreintes génétiques). En effet, les données des Renseignements Généraux (RG) ne pouvaient concerner que les majeurs.

 

Un seuil est donc franchi avec le fichier Edvige, qui s'élargit aux informations récoltées dans le cadre du renseignement en "milieu ouvert", et autorise le fichage des mineurs dès l'âge de 13 ans. Cette base de données a été voulue par le ministère de l'Intérieur pour répondre aux "mutations affectant la délinquance juvénile", directement inspirée des récents phénomènes de violence urbaine.

 

Ainsi, selon le décret, le fichier Edvige, contiendra des "données à caractère personnel" concernant "des personnes physiques âgées de 13 ans et plus" avec notamment l'état civil, les adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques, ainsi que les "signes physiques particuliers et objectifs, photographies et comportement". Les informations collectées sont notamment "relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public". Remarquons, ici, que la notion "d'atteinte à l'ordre public", paraît toujours très floue aux défenseurs des droits de l'homme qui craignent, la constitution d'un méga fichier et agitent le spectre de "Big Brother".

 

Au-delà du rapprochement fortuit entre ces différentes catégories de population à surveiller, c'est la nature même des informations collectées qui est inquiétante. Elle touche ainsi à "l'environnement des personnes, notamment à celles entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec elles".

 

Plusieurs associations, syndicats, personnalités politiques estiment qu'avec  ce type de fichier la démocratie rentre dans une zone grise ouvrant la voie à toutes sortes d'excès et craignent un "flicage" injustifié des mineurs, des militants ou des minorités sexuelles pouvant ouvrir la porte à de multiples abus. La mise en place de ce fichier a même été qualifiée d'"embastillement électronique".

 

Haro sur le fichier Edvige

On s'oriente avec Edvige, vers une récolte policière d'informations très variées qui suscite des craintes légitimes. Outre les informations collectées sur les personnes susceptibles de porter atteinte à l'ordre public, y seront aussi centralisées des données sur celles ayant sollicité, ou exercé un mandat politique, syndical ou économique ou qui joue un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif. On tend à amalgamer des individus représentant un risque potentiel pour l'État et ceux dont l'activité s'avère indispensable à son bon fonctionnement, dans un cadre démocratique. Cette logique, sous tendue par des impératifs d'accumulation de renseignements extrêmement divers, va induire de facto une extension considérable du fichage pouvant à terme concerner des millions de citoyens.

 

Le projet a, d'ailleurs, été déjà modifié après plusieurs remarques venues, notamment, de la Commission nationale informatique et liberté (Cnil) qui a obtenu que le décret créant Edvige soit publié au Journal officiel, ce qui rend possible un débat public et citoyen et un contrôle effectif sur ce fichier. De même, aucune interconnexion avec les autres fichiers existants (Stic, casier judiciaire, etc.) ne sera autorisée. D'autres restrictions ont été ajoutées au projet initial. Ainsi, l'enregistrement des déplacements et du comportement des personnalités publiques a été abandonné. Enfin, les données sur l'orientation sexuelle ou la santé ne seront plus enregistrées que de manière exceptionnelle.

 

Le fichage des mineurs dès 13 ans a suscité les réserves de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), qui a émis un avis le 16 juin2008, dans lequel elle "tient à préciser que le traitement de telles données appelle l'adoption de garanties renforcées" et doit par conséquent "être encadré de façon à lui conserver un caractère exceptionnel et une durée de conservation spécifique". Entendu par la Cnil, le ministère de l'Intérieur a justifié ce fichage "par les mutations affectant la délinquance juvénile", notamment dans les phénomènes dits de "violences urbaines", et fait valoir que l'âge de 13 ans correspondait à celui de la responsabilité pénale. Ce à quoi la Commission a répliqué que cette majorité pénale "ne saurait servir de référence" puisque le fichier ne vise qu'à "l'information générale du gouvernement". Mais, elle a quand même obtenu que la conservation des données n'excédent pas cinq ans.

 

 

Le fichier Edvige porte aussi atteinte aux principes de liberté politique définis par la Convention européenne des droits de l'Homme (CEDH). En particulier, la base de données, en ce qu'elle ficherait des citoyens ne présentant pas de risque pour la sécurité publique, irait à l'encontre du principe de respect de la vie privée. La création du fichier Edvige est donc contraire à l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme relatif au respect de la vie privée et de la vie familiale.

L'enregistrement de données fiscales et patrimoniales, ou encore concernant l'environnement de la personne, est à mon sens incompatible avec la liberté politique indispensable au fonctionnement démocratique. Rappelons la condamnation que vient de prononcer la Cour européenne des Droits de l'Homme contre la Suède au sujet du type d'informations personnelles consignées dans son fichier de Sûreté (affaire Segersted-Wiberg et autres contre Suède, arrêt du 6 juin 2006). On peut, en particulier, pointer l'inadéquation entre la nature des informations sensibles enregistrées dans le fichier Edvige et sa finalité déclarée. Son existence étant officiellement légitimée par la collecte d'informations dont doivent pouvoir disposer les représentants du gouvernement en vue de faciliter "l'exercice de leurs responsabilités".

En outre, le texte se dresse comme une barrière à l'exercice d'une fonction politique : les informations recueillies s'affichent incompatibles avec la liberté politique indispensable au fonctionnement démocratique. En effet le fichage des élus et des responsables politiques portent gravement atteinte aux libertés publiques et ne peut en toute hypothèse constitué un fichier instauré par décret, mais par la loi.

 

Par ailleurs, le fait de ficher des militants politiques, syndicaux ou associatifs est de toute façon quelque chose de très inquiétant, qui revient à intimider tous les opposants, Il nous semble qu'il existe ici une disproportion entre l'objectif affiché, celui du maintien de l'ordre public, et l'atteinte à la liberté, notamment à la vie privée.

 

Le soupçon préventif suffit à justifier le fichage. Cette logique policière est celle d'une société qui a fini par considérer une partie de sa jeunesse, notamment dans les quartiers populaires, comme une menace. Elle est d'ailleurs à l'oeuvre depuis quelques années et elle a abouti au rabotage systématique des spécificités du droit des mineurs.

 

Ce fichier, nous dit-on, permettra aux pouvoirs publics de préserver la sécurité.

 

Mais en quoi la santé et la vie sexuelle troublent-elles l'ordre public ?

 

Ne faudrait-il pas au contraire, face au développement des nouvelles technologies, se montrer encore plus exigeant au sujet des critères pris en compte par les services de police ?

 

Enfin, Edvige ne risque-t-il pas d'inciter les policiers à travailler de manière condamnable : pour établir leurs fiches sur la santé ou la vie sexuelle, ils seront obligés de violer soit le secret médical, soit la vie privée.

 

Le fichier Edvige à l'épreuve du Conseil d'Etat

 

Le Conseil d'Etat a d'ores et déjà enregistré 13 recours déposés notamment par 12 organisations (Aides, CFDT, CGT, de la Ligue des droits de l'Homme, Syndicat de la magistrature...), par les syndicats Sud-Travail et Union syndicale des magistrats, par le Conseil national des barreaux ou encore des personnalités comme le président du Modem, François Bayrou, et la présidente de Cap-21, Corinne Lepage, pour demander l'annulation du fichier policier Edvige. Ils dénoncent un fichier qui, loin de n'être que la réactualisation du décret du 14 octobre 1991 relatif aux fichiers gérés par les services des Renseignements généraux, aggrave considérablement l'atteinte aux liberté.

 

Le Conseil d'Etat va d'abord instruire les différents recours et étudier leur recevabilité avant de programmer une audience début décembre et rendre vraisemblablement sa décision à la fin de l'année, a-t-on indiqué au sein du Conseil. Puis, il devrait rendre fin décembre sa décision sur la légalité du fichier policier Edvige, contre lequel de nombreuses associations et personnalités politiques ont déposé des recours, a-t-on appris jeudi auprès de la plus haute juridiction administrative.


Pour notre part, et à l'instar du ministre de la Défense, Hervé Morin, nous nous demandons :

-        S'il est utile, pour assurer la sécurité des Français, de centraliser des informations relatives aux personnes physiques ayant seulement sollicité un mandat politique ou syndical ?

-        S'il est utile qu'on y intègre des éléments du type coordonnées téléphoniques, orientations, sans savoir exactement de quoi il s'agit, ou des informations d'ordre fiscal ou patrimonial ?

-        S'il est bien nécessaire de ficher les personnes jouant, selon les termes même du décret, un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ? N'y a-t-il pas là un curieux mélange des genres ?

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VOS REACTIONS, VOS COMMENTAIRES 

Je suis devenu mon propre ennemi...

  (Manu Future)

Résumons:

- les jeunes sont nos ennemis potentiels,
- les personnes souhaitant agir pour la cité sont nos ennemis potentiels,
- les chefs d'entreprise sont nos ennemis potentiels,
- toute personne qui se bouge un tant soit peu les fesses fait partie de nos ennemis potentiels,
- Et tous ceux qui ont croisé une des personnes ci-dessus sont également nos ennemis potentiels...

En gros, ils sont tous nos ennemis, je suis mon propre ennemi.

Que dire du monde que cela suppose : en fait, les seuls qui ne seront pas fichés seront les grabataires en maison de retraite ? Ce sont donc de ceux-ci que le reste du monde est l'ennemi potentiel ? C'est quoi ce monde ?

Autre réflexion à laquelle je pense que nous devons vraiment avoir la réponse : qui aura accès à ces données ? Par qui cette personne, cette organisation, ce dirigeant sera-t-il contrôlé ?

Autre réflexion encore : Edvige est voté, imaginons qu'il soit mis en utilisation.
Dans 2/3 ans, on me dira qu'il faut, pour ma sécurité, désormais enregistrer tous les déplacements au travers d'une puce de tous ceux qui y figurent ? Au cas où ?

Dernier point, en quoi tout ceci améliore-t-il ma sécurité?

J'ai l'immense sentiment après avoir passé ma vie à prendre place dans le monde et contribué à sa marche et à son amélioration, d'être passé d'un trait de plume dans le camp des méchants...

France schizophrène... La seule issue, c'est le suicide collectif, pour éliminer tous les méchants, avérés ou potentiels?

Non, notre pays, notre Europe, notre monde ont bien plus besoin de partager un projet collectif, de savoir pourquoi ils sont ensemble, ce que nous voulons construire, vers où nous voulons aller...

Notre monde a aussi besoin qu'on lui laisse sa part d'ombre, une vraie protection de la liberté individuelle, aller, venir, parler, écrire, sortir, rencontrer des amis, sans que tout ceci ne finisse en saisie informatisée.

Ou alors, nous, gens de bien (forcément), contributeurs, payeurs d'impôts, entrepreneurs, voyageurs, bénévoles au service de l'autre devrons nous fâcher. Vraiment. Sans faire dans le détail. (11/09/2008)

On peut se réjouir du sursaut citoyen

  (Gérard Haas)

Dans l’attente de la décision du Conseil d’État, on peut d’ores et déjà se réjouir du sursaut citoyen constaté ces derniers jours.
A plusieurs reprises, je me suis inquiété de l’indifférence généralisée de la population face à la prolifération des fichiers de police.
Espérons que cette mobilisation ne sera pas éphémère. Bien d’autres technologies (biométrie, puces RFID) s’avèreront d’ici peu bien plus intrusives et exigeront encore une mobilisation citoyenne d’envergure pour contrer les risques d’une société de surveillance et de contrôle. Mais je m’interroge ici. Dois-je, en dire plus, au risque d’alimenter la longue liste des personnes «susceptibles de troubler l’ordre public» ? (11/09/2008)

Re : Je suis devenu mon propre ennemi...

  (Pierre)

Nous sommes la seule démocratie en Europe où il existe une police politique. (17/09/2008)

fin de la fronde contre le fichier Edvige ?

  (Gérard HAAS)

Le fichier ayant été créé par décret, il doit être modifié de la même manière. Par ailleurs, j'observe que devant la polémique croissante, Nicolas Sarkozy aurait exigé une nouvelle rédaction rapide, qui ne prenne en compte que "tout ce qui est nécessaire à la sécurité des Français".

Le décret a donc toutes les chances de constituer un texte soustractif au premier. Ainsi, ce qui concerne les "orientations sexuelles", les données "relatives à la santé", voire le "fichage des personnalités", pourrait passer à la trappe. Ou, à tout le moins, être atténué avec, par exemple pour les deux premières données, la simple évocation d'une "activité militante publique", comme "résident(e) d'une association de défense des homosexuels". Quant au "fichage des personnalités", qui figurait déjà dans le décret de 1991 la position n'est pas très claire.

Enfin, le fichage des mineurs de plus de treize ans "susceptibles" de troubler la sécurité ou l'ordre public devrait être maintenu, mais limité dans le temps, comme l'a proposé la ministre avec le "droit à l'oubli". (16/09/2008)

Pourquoi faut il supprimer le fichier ?

  (neo)

Si on constitue un nouveau fichier, c'est pour réorganiser différentes sources d'informations déjà existantes.

On crie au scandale quand les policiers laissent courir un homme comme Dutroux parce qu'ils n'ont pas mis en commun leurs informations.
Et maintenant, on crie au scandale parce qu'on va mettre dans un fichier les orientations sexuelles des gens à risques.

L'utilité du fichier n'est pas la question, ni même ce qu'il contient. Le problème vient de l'usage que l'on va en faire. Donc, il doit y avoir des profils et des niveaux d'accès différents. (15/09/2008)

Le référé-suspension contre EDVIGE rejeté

  (Léa de Villeuirot)

Le juge des référés du Conseil d’État a rejeté le 26 août 2008 une requête en référé-suspension contre EDVIGE qui avait été présentée par trois personnes à titre individuel. Ce rejet a pour seul motif le défaut d’urgence, et ne préjuge en rien de la décision que rendra le Conseil d’État sur le fond.

Rappelons que les recours formés contre EDVIGE, et notamment le recours collectif sont des recours au fond, sur lesquels le Conseil d’État a annoncé qu’il devrait se prononcer en décembre 2008. (17/09/2008)

La fronde contre le fichier Edvige s'organise

  (grasseler)

Nous sommes dans un pays de la fronde ,c'est un bienfait parallèle à une démocratie. Ce sont les mêmes qui s'élevaient contre l'emploi, en recherche de preuves, de l'ADN.Le débat nourrit tout son monde... Il n'a pas lieu dans les pays Socialistes.. (14/09/2008)

La fronde contre le fichier Edvige s'organise

  (Sandrine Avalon)

Pourquoi ajouter un autre nouveau fichier si ce n'est pour étendre, à des personnes ni jugées ni condamnées, le soupçon d'avoir participé à une infraction lorsqu'il s'agit de mineurs, par exemple ?
Il existe des lois d'amnistie et le droit à l'oubli ne s'appliquerait, dès lors, qu'au casier judiciaire et pas à ces fichiers.
De plus on oublie de parler du fichier Cristina créé le même jour. (14/09/2008)

Il y aura donc des fichiers tant qu'il y aura des polices.

  (Sandrine Avalon)

Que pourrait la police sans mémoire ?

Rien ou pas grand-chose. Les fichiers, manuscrits hier, numérisés aujourd'hui, sont le support de la mémoire policière. Par conséquent, il y aura des fichiers tant qu'il y aura des polices. Ceci dit, les indications contenues dans un fichier de police doivent servir à l'intérêt général et rien d'autre. On n'a pas le droit de tout savoir, on n'a pas le droit de tout consigner lorsque l'on est un service public. La consignation sur un fichier, ou sur tout autre support, d'une information détenue par la police doit servir à l'intérêt général et à rien d'autre. Cela signifie qu'elle doit être strictement encadrée afin d'être limitée à l'usage que lui a réservé la loi et à rien d'autre. (14/09/2008)

Re : Il y aura donc des fichiers tant qu'il y aura des polices.

  (Gérard Haas)

Le principe de proportionnalité doit être respecté dès lors qu'Edvige collectera des informations sur le compte de personnes engagées dans la vie politique, syndicale ou associative. (17/09/2008)

Edvige modifiée

  (Karine)

Le fichier Edvige -susceptible jusqu'alors de rassembler des informations aussi variées que les préférences sexuelles, les engagements militants ou les risques qu'un individu présente de porter atteinte à l'ordre public - devrait ainsi être scindé en trois parties. Une première listera les délinquants réels et potentiels ; une autre se concentrera sur les enquêtes administratives ; la dernière s'attachera aux informations relatives aux personnalités. Et pour dissiper les critiques axées sur le spectre d'un fichier pantagruélique, les trois entités seront gérées indépendamment, évitant ainsi la création de fiches nominatives qui rassembleraient des données couvrant toutes les facettes de la vie privée. (18/09/2008)

Re : Edvige modifiée

  (Cecile Dupas)

Je viens de lire dans "Le Monde" de larges extraits du projet de décret instaurant le très polémique fichier de police Edvige, modifié suite aux protestations de l’opposition et du milieu associatif.
Changement majeur : le fichier se dédouble. Une première base de données aura ainsi pour but de "centraliser et analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales, dont l'activité indique qu'ils sont susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique", dans la droite ligne des fiches des renseignements généraux. (19/09/2008)

Re : Edvige modifiée

  (Jean-luc Deneuville)

Il y aurait aussi encore un autre changement : Edvige ne contiendra pas de renseignements relatifs "à la santé ou la vie sexuelle", comme le prévoyait le précédent projet de décret. Sur ce point, associations et syndicats ont été entendus. (19/09/2008)

Derriere Edvige les libertés

  (Fred)

Le combat pour les libertés n’est jamais achevé. Il demande, d’abord, une grande vigilance par rapport aux atteintes que porte ce pouvoir autoritaire à des libertés, en matière de vie privée, d’indépendance de la justice, d’influence sur les médias. (28/09/2008)

Il y a aussi Ardoise

  (Gerard HAAS)

Inquiétudes suscitées par le fichier ARDOISE (application de recueil de la documentation opérationnelle et d'information statistique sur les enquêtes)


Dans une réponse ministérielle en date du 16 septembre 2008, la ministre de l'Intérieur revient sur les inquiétudes suscitées par l'entrée en vigueur au mois de mai 2008 du logiciel ARDOISE (application de recueil de la documentation opérationnelle et d'information statistique sur les enquêtes) dans les services de la Police nationale et de la Gendarmerie.
La ministre rappelle que le fichier ARDOISE est destiné à alimenter le futur fichier ARIANE (application de rapprochement, d'identification et d'analyse pour les enquêteurs) qui mutualisera les actuelles applications STIC (système de traitement des infractions constatés) de la police et JUDEX (système judiciaire de documentation et d'exploitation) de la gendarmerie. ARIANE et ARDOISE intégreront des données similaires à celles saisies dans l'actuel STIC à partir des procédures établies avec le logiciel de rédaction des procédures (LRP). (28/09/2008)

Un nouveau décret modifiera le fichier Edvige

  (Nathalie Villarya)

Un nouveau décret modifiera le fichier Edvige


Le ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a saisi la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), le 19 septembre, d'un nouveau projet de décret autorisant la mise en oeuvre par la direction de la sécurité publique, d'un traitement automatisé de données à caractère personnel et se substituant au décret du 27 juin 2008 autorisant la création du fichier « Edvige ». (01/10/2008)

Zoom sur le projet de Décret

  (Gérard HAAS)

Le nouveau décret supprime la possibilité de centraliser et d'analyser des informations relatives à des personnes exerçant un mandat ou jouant un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif.
Les finalités du traitement des données ont été précisées. Ainsi, les données ne pourront être collectées que dans la mesure où elles concernent :
- soit des personnes dont l'activité individuelle ou collective indique qu'elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique ainsi que les personnes entretenant ou ayant entretenu des relations non fortuites avec elles ;
- soit des personnes travaillant dans des secteurs ou des domaines sensibles et faisant à ce titre l'objet d'enquêtes administratives.
Le décret devra prévoir explicitement qu'aucune donnée touchant à l'orientation sexuelle ou à la santé des personnes intéressées ne peut être collectée, même à titre exceptionnel.
La possibilité de collecter des informations concernant les mineurs susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique sera maintenue. Ils bénéficieront toutefois d'un « droit à l'oubli » : les informations les concernant seront effacées à leur majorité sauf si un élément nouveau justifiant leur inscription au fichier est intervenu. (01/10/2008)

EDVIRSP

  (Millo)

Le "nouvel Edvidge", appelé EDVIRSP (Exploitation documentaire et la valorisation de l’information relative à la sécurité publique), est le nouveau décret soumis à la CNIL pour avis avant d'être adopté par le gouvernement... (13/10/2008)

Re : Zoom sur le projet de Décret

  (Millon)

Tout le monde se réjouit qu'il n'y ait plus possibilité dans ce nouveau fichier d'y mettre des éléments touchant à la santé. Toutefois il demeure la possibilité d'y indiquer : les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l'appartenance syndicale des personnes. A l'article 3 du nouveau décret, la mention suivante est toujours présente concernant la collecte d'un certain nombre d'informations à caractère privé : Lorsqu'elles concernent des personnes faisant l'objet d'enquêtes administratives en application des dispositions de l'article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 susvisée pour déterminer si le comportement des personnes physiques ou morales intéressées est compatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées ; l'article de la loi de 1995 mentionné ne pourra-t-il pas influer sur le recrutement ou le déroulement de carrières touchant à des fonctionnaires ou assimilés, dès lors qu'il y sera fait mention des opinions politiques ou de l'appartenance syndicale des personnes. (13/10/2008)

Re : Zoom sur le projet de Décret

  (Federica)

L'article 4 du nouveau décret mentionne également et toujours que les données collectées peuvent relever de (extraits) :activités publiques, comportement et déplacements; données relatives à l'environnement de la personne, notamment aux personnes entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec elle. Et toutes ces données pourront encore et toujours être consultées par tout autre agent d'un service de la police nationale ou de la gendarmerie nationale, sur demande expresse visée de son chef de service, et précisant l'identité du consultant, l'objet et les motifs de la consultation. (Extrait de l'art. 6) (13/10/2008)

Re : Zoom sur le projet de Décret

  (Laurent Gout)

La nouvelle mouture comprend douze articles. Elle restreint la possibilité de fichage aux personnes dont l'activité individuelle ou collective indique qu'elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique.Sont aussi concernées, les personnes faisant l'objet d'enquêtes administratives pour déterminer si leur comportement est compatible avec l'exercice de certaines fonctions ou missions. Il s'agit, par exemple, d'emplois liés à la sécurité, à la défense…. Le fichage des mineurs est maintenu dès 13 ans avec un droit à l'oubli non automatique à leur majorité.Si le mineur est fiché entre 16 et 18 ans, les données le concernant pourront être conservées jusqu'à ses 21 ans ! Si les informations ayant trait à la santé ou la vie sexuelle des personnes sont exclues, le fichier pourra contenir les données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l'appartenance syndicale des personnes. (13/10/2008)

La fronde contre le fichier Edvige s'organise

  (Gérard HAAS)

L'exercice de mandats dans la vie publique est une liberté qui doit être protégée plus qu'elle ne doit être fichée. (14/09/2008)

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