La disparition annoncée des SMS n'est pas d'actualité

Le marché des médias était récemment en effervescence : gros titres, blogs et articles annonçaient la disparition imminente des SMS du fait de la généralisation des MIM (messagerie instantanée mobile). A quoi peut-on s'attendre ?

Le marché des médias était récemment en effervescence : gros titres, blogs et articles annonçaient la disparition imminente des SMS du fait de la généralisation des MIM (Mobile Instant Messaging, messagerie instantanée mobile). Selon l'étude GTI (Global Telecoms Insight) de TNS citée à de nombreuses reprises, la messagerie instantanée devrait remplacer les SMS (et, dans une certaine mesure, les courriers électroniques) et devenir le premier moyen de communication P2P non vocal pour la téléphonie mobile.


Si l'étude et la méthodologie sont objectives, les conclusions tirées le sont moins. Les MIM doivent encore se propager comme les SMS. Ceux qui utilisent fréquemment les MIM avec leurs amis et collaborateurs en sont certainement très satisfaits et susceptibles d'y avoir davantage recours au détriment des SMS. Toutefois, tant que le problème d'incompatibilité des nombreuses communautés disparates (messageries instantanées AOL et MSN, Google Talk, ICQ et le service PIM (Personal Instant Messaging) de la GSMA) n'aura pas été surmonté, les MIM et la messagerie instantanée ne pourront rencontrer le même engouement mondial que les SMS ces dernières années.


Aux États-Unis, l'échange de SMS poursuit sa croissance soutenue, le volume ayant doublé entre les premiers trimestres de 2007 et 2008. Selon M:Metrics, le taux d'utilisation des SMS par les abonnés nord-américains atteint près de 50 %. En Europe de l'Ouest, ce taux se situe entre 78 % et 85 %. En revanche, le taux d'utilisation des MIM reste assez bas. Il est en moyenne inférieur à 5 % du nombre total des abonnés en Europe de l'Ouest, contre 8 % aux États-Unis. En approfondissant les recherches, on constate que l'utilisation des MIM parmi les abonnés interrogés est même inférieure pour les opérateurs qui auraient lancé le service PIM de GSMA, le taux d'utilisation le plus élevé correspondant généralement au service de messagerie instantanée de MSN. 


En outre, selon les données de M:Metrics, les abonnés nord-américains utilisant au moins une fois par mois des MIM sur une période de un an sont en hausse de 21 %, tandis que sur la même période et sur la même fréquence, le taux d'utilisation de SMS a progressé de 23 % à près de 50 %. Compte tenu du plus grand nombre d'utilisateurs de SMS, le taux de croissance de 23 % n'est en fait pas comparable à la progression de 21 % de l'utilisation de MIM au vu des chiffres concernés.

En outre, si le nombre d'abonnés utilisant exclusivement des SMS a progressé de 23 % avec des volumes qui ont doublé, les utilisateurs réguliers de SMS envoient incontestablement de plus en plus de messages. Tandis que le taux d'utilisation des MIM par les abonnés est encore plus élevé dans plusieurs autres pays (en Chine, le nombre d'utilisateurs de MIM est passé à 11 % en février 2008 par ex.), aucun signe de croissance exponentielle comparable à celle des SMS constatée dans le passé ou actuellement sur de nombreux marchés, n'est perceptible. Par conséquent, tout débat sur la disparition des SMS comme moyen de communication non vocal s'appuie au mieux sur des hypothèses et au pire sur des conceptions erronées.

Les MIM pourront difficilement avoir la portée universelle des SMS. L'accès à Internet à partir des téléphones portables n'est pas encore universel (mais en bonne voie avec la progression des réseaux 3G), ce qui semble à première vue de bonne augure pour les MIM, et non pour les SMS. En réalité, comme l'indique le communiqué de presse GTI de TNS :

Le coût de la messagerie instantanée est presque nul, puisqu'elle n'engendre que des frais minimes de transfert de données. Les consommateurs ayant l'habitude d'utiliser les services de messagerie instantanée d'entreprises telles que Yahoo et MS sur leur PC, et les opérateurs de téléphonie mobile étant de plus en plus nombreux à proposer des offres de navigation Web illimitée, l'adoption des MIM devrait progresser considérablement et détrôner les SMS et la messagerie électronique sur PC.

De plus, à l'issue de l'examen de plusieurs opérateurs 3G exclusifs, tels que Hutchison-Whampoa au Royaume-Uni, M:Metrics a calculé un taux d'utilisation des MIM de 11,4 %, l'un des plus élevés d'Europe de l'Ouest, ce qui semble confirmer le recul des SMS et des courriers électroniques lié à la progression des MIM, tel qu'annoncé par TNS. De même, le taux d'utilisation de SMS des abonnés de Hutchinson-Whampoa est également l'un des plus élevés d'Europe de l'Ouest, tout comme celui des courriers électroniques, MMS et autres services Internet, ce qui signifie que les abonnés aux réseaux 3G ont largement recours à Internet et aux services de messagerie mobile classiques. Le cas d'Hutchinson est certes un exemple particulier d'opérateur, mais ce fort taux d'utilisation de MIM révèle que même si, dans les faits, les MIM sont communément utilisés par les abonnés, ils ne supplanteront pas les échanges de SMS d'ici peu.


Enfin, la progression des fonctions de messagerie instantanée au sein de l'écosystème des SMS se profile à l'horizon, avec l'association de certaines fonctionnalités intéressantes de la messagerie instantanée, telles que la présence et les messages en chaîne, ainsi que l'universalité, la portée et la simplicité des SMS, contredisant ainsi la disparition imminente des SMS au profit des MIM.


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