Volkswagen fait partir le .de en tête-à-queue

Suite au procès remporté par Volkswagen contre le gestionnaire allemand du .de, déposer un .de à deux caractères sera bientôt possible. Et les spécialistes du nom de domaine sont prêts à tout pour les obtenir...

La Scirocco R m'intrigue... Moteur turbo-compressé de 265 chevaux. Boîte six vitesses à double embrayage avec palettes au volant. Suspension pilotée. Quatre vraies places dans un coupé élégant et bien construit. Tout cela pour un prix d'achat très raisonnable. La nouvelle sportive de Volkswagen a de quoi attirer l'oeil du passionné d'automobile que je suis.
 
Premier réflexe pour en savoir plus : le site Internet du constructeur. Mais dans sa version allemande, en .DE. Car la voiture qui m'intéresse est encore si nouvelle qu'elle peut uniquement être commandée outre Rhin, pour l'instant. Je me connecte donc sur le Volkswagen.de, en m'y reprenant à 3 fois pour bien l'écrire et en me disant qu'il serait quand même plus simple si ce site s'épelait juste Vw.de !
 
Apparemment, je ne suis pas le seul de cet avis. Volkswagen l'est aussi. Au point d'attaquer le gestionnaire de l'extension allemande, le DENIC, en justice. Car, d'après les règles d'enregistrement de cette zone, la longueur minimum d'un nom de domaine est au de 3 caractères. Impossible donc pour Volkswagen d'enregistrer et d'exploiter une version courte de son nom en .DE.
 
Les bolides du Net 
La règle des 3 caractères n'est issue d'aucune obligation technique. Le système de nommage sur Internet est tout à fait en mesure de gérer des noms plus courts, à 1 ou 2 caractères. Mais pour les extensions nationales comme le .DE, le gestionnaire est libre de fixer ses règles d'enregistrement comme bon lui semble. Historiquement, les noms de domaine allemands font donc au minimum 3 caractères et peuvent aller jusqu'à 63 (là, en revanche, c'est un standard de l'Internet : aucune extension n'autorise des noms plus longs).
 
Ainsi, lorsque Volkswagen souhaite enregistrer Vw.de, le DENIC lui oppose une fin de non recevoir. Mais le constructeur automobile n'en reste pas là. Il attaque en justice... et gagne ! Une décision rendue tout récemment par la cour suprême allemande oblige le DENIC à accepter l'enregistrement du sigle Volkswagen en tant que nom de domaine. Et comme il est impossible de relaxer les règles uniquement pour Volkswagen (dont le Vw.de fonctionne déjà !), le DENIC se voit contraint de les assouplir pour tout le monde.
 
Tout va très vite. Annoncée la semaine dernière, l'ouverture aux .DE à 1 ou 2 caractères est programmée pour le 23 octobre 2009, ce vendredi ! Le Landerneau des noms de domaine en est tout retourné. Car les noms courts, ce sont les bolides de l'Internet. Les noms les plus précieux, ceux qui attirent le plus de visiteurs, car ils sont simples à mémoriser et rapides à taper, même sur les claviers des iPhone et autres Smartphone de plus en plus utilisés pour surfer.
 
Sur les extensions qui les autorisent, les noms à 1 ou 2 caractères valent souvent beaucoup plus que les autres. Ils se revendent à prix d'or sur le second marché. Prenons le cas du .COM. Sans surprise, les noms à 2 caractères sont tous réservés depuis belle lurette. Mais l'extension phare du Net n'autorise pas encore les noms à 1 caractère. Cependant, l'autorité de régulation mondiale de l'Internet (l'ICANN) réfléchit depuis plusieurs années sur le meilleur moyen de les libéraliser. Impensable de les proposer à l'enregistrement libre, sur la base du premier arrivé premier servi, comme n'importe quel autre nom. Ils sont trop précieux. L'ICANN envisage donc des enchères, dans les montants sont déjà estimés à plusieurs millions de dollars pour certains noms.
 
Vitesse limitée 
Pas question de ça pour le DENIC. En entité égalitaire en charge de cette ressource publique qu'est le .DE pour son pays, et face à l'urgence imposée par la décision de justice Volkswagen, le gestionnaire allemand a préféré viser une ouverture simple.
 
Tous les .DE à 1 ou 2 caractères seront donc enregistrables à compter du vendredi 23 octobre (plus un certain nombre de noms à 3 caractères, précédemment bloqués, car correspondants aux codes utilisés sur les plaques d'immatriculation allemandes !).
 
Aucun document spécial à fournir. Aucune enchère à déposer. Il faut juste trouver un bureau d'enregistrement (registrar) capable de soumettre le nom convoité dès l'ouverture.
 
Car c'est là tout l'enjeu. Il y a 273 registrars accrédités DENIC, dont Indom. Comme les autres, ce vendredi nous allons donc en fonction des demandes de nos clients viser les quelques centaines de noms possibles (les noms peuvent se composer de chiffres, de 0 à 9,  et de lettres, de a à z).  Pour être les premiers dans cette gigantesque mêlée et en ressortir avec les noms convoités, nous compterons sur la performance technologique de nos systèmes.
 
Mais pour éviter de voir ses systèmes informatiques submergés, le DENIC a prévu d'enclencher un limiteur de vitesse, afin de ralentir les accès des registrars. Il nous sera donc impossible d'utiliser nos systèmes à pleine puissance. C'est un peu comme si on nous demandait de conduire le plus vite possible dans un tunnel, dont on aurait limité l'accès à une seule voie étroite afin de le rendre impraticable au-delà des 20km/h.
 
Dans ces conditions, certains registrars ont décidé de monnayer leurs accès. De quelques dizaines d'euros de tarif standard pour l'enregistrement d'un nom pour un an, certains sont passés à des tarifs tout simplement exceptionnels. La palme de l'ambition revient à un registrar allemand proposant l'annuité à plus de 22 000 euros pour un nom à 1 caractères ! Sans doute un peu gêné quand même, le registrar va même jusqu'à préciser dans son offre qu'une partie des bénéfices collectée sera reversée à des oeuvres de charité...
 
Surrégimes 
On le voit, la ferveur suscitée par cette libéralisation est intense. Chez les registrars comme chez les déposants d'ailleurs. Depuis l'annonce de la libéralisation, Indom a été contacté par plusieurs personnes souhaitant déposer des noms en masse. Là encore, il faut attribuer une palme de l'ambition... Un client nous a ainsi réclamé la totalité des noms à 1 ou 2 caractères !
 
Pourquoi une telle ruée ? On l'a dit, ces noms courts peuvent valoir de l'or. Or, justement, sur le marché des noms de domaine, la crise est finie depuis bien longtemps. Après un été plus calme, les ventes record sont de retour. Et pas seulement sur le .COM : Ticket.com a été vendu pour 1,525 million de dollars, Casino.mobi pour 135 000 dollars et même 78 000 euros ont été déboursés pour Mutuelle.fr !
 
Aussi il ne faut sans doute pas s'étonner de voir les spécialistes du nom partir en surrégime autour des .DE à 1 et 2 caractères. D'ailleurs, pourquoi ne pas envisager une telle folie en France ? Car sur le .FR aussi, les noms à 1 et 2 caractères sont aussi interdits.
 
Taper Wv.fr serait tellement plus agréable que de devoir passer par l'actuel Volkswagen.fr vous ne trouvez pas ?

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