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LA TRIBUNE DE ISABELLE MOUNIER
L'AUTEUR
ISABELLE MOUNIERResponsable Juridique et Correspondant Informatique et Libertés, Symeos MEME THEME
La protection de son patrimoine numérique seral'affaire de chaque internaute
Si le législateur considère l'usurpation d'identité numérique comme une infraction, les technologies permettent déjà à l'internaute de retrouver la maîtrise de son patrimoine numérique.
(22/10/2009)
Au printemps 2009, la ministre de l'intérieure Michèle Alliot-Marie faisait renaitre de ses cendres un projet de loi élaboré deux ans plus tôt et visant à sanctionner plus durement l'usurpation d'identité sur Internet. Avec ce texte, qui devrait être soumis au parlement d'ici juin 2010, l'usurpation d'identité numérique ne serait plus une simple circonstance aggravante d'un autre délit mais une nouvelle infraction : utilisation frauduleuse de données à caractère personnel de tiers sur un réseau de télécommunication. Si cet intitulé "à large spectre" souligne plus qu'il ne résout le flou juridique qui subsiste autour de la notion d'identité numérique, tout son intérêt est d'introduire pour la première fois une notion de propriété des données personnelles.
Les identités numériques, une autre réalité Pour la première fois, un texte de loi prend en compte les différences fondamentales qui existent entre l'identité officielle d'un individu et ses identités numériques. Là où l'identité officielle est attribuée, de façon unique et sans pouvoir être changée, par une autorité publique, l'identité numérique relève du mode déclaratif. L'internaute est seul responsable de l'identité numérique sous laquelle il choisit d'apparaître, que celle-ci corresponde ou non à une réalité. Il peut en outre déclarer autant d'identités numériques qu'il le souhaite sans que celles-ci aient un lien les unes par rapport aux autres. Limité dans la vie réelle à quelques situations particulières, l'usage d'un pseudonyme est non seulement une habitude mais aussi une nécessité dans le monde numérique.
L'internaute est créateur de valeur Lorsque nous entrons dans un magasin par exemple, le vendeur ne demande pas une pièce d'identité avant d'accéder aux rayons. Il le fera, éventuellement, au moment du règlement de l'achat et sous certaines conditions seulement. La comparaison avec le monde numérique met en évidence la deuxième différence essentielle entre l'identité officielle et les identités numériques. Là où la première est avant tout un acte administratif sans autre finalité que de vous identifier, la formation d'une identité numérique auprès d'un fournisseur de services s'effectue toujours dans l'objectif d'accéder à un service en ligne fourni par un tiers.
Les écrits restent Dans le magasin, le vendeur vous demande immanquablement dès votre entrée si vous cherchez quelque chose en particulier. Son but, vous orienter vers le ou les produits que vous seriez le plus susceptible d'acheter effectivement. Si vous le décidez, les informations personnelles que vous allez lui fournir, par exemple, que vous cherchez un pull pour votre fils de 10 ans avant de partir au ski, seront utilisées par ce vendeur pour réaliser son objectif. Cet échange d'information créé un contrat tacite entre vous et le vendeur, aux termes duquel les informations personnelles que vous fournirez seront utilisées dans un objectif commercial. En ligne, l'objectif n'est pas différent, même lorsque le service est en libre accès. Les informations personnelles fournies seront, directement ou indirectement, génératrices de valeur économique. La différence majeure réside dans le fait que ces informations sont transmises non pas au cours d'une brève conversation mais par écrit.
L'effet de loupe des traitements informatisés Stockée sous la forme permanente de l'écrit, l'information personnelle prend automatiquement de la valeur parce qu'elle est facilement réutilisable et surtout cessible. Pour reprendre notre exemple dans la vie réelle, ce que vous aurez confié au vendeur du magasin lui servira peut-être, la prochaine fois, à vous proposer des articles mieux adaptés à vos goûts. La connaissance de ses clients est essentielle pour que ce vendeur puisse atteindre ses objectifs, mais elle lui est propre.
Redéfinir les limites de propriété Il ne s'agit évidemment pas de condamner le commerçant en ligne parce qu'il fait précisément bien son métier, réaliser la meilleure vente possible en apprenant à connaître son client. Et cela d'autant plus qu'en France, l'usage des données personnelles est bien encadré par la loi Informatique et Libertés, que la CNIL a su faire évoluer au fil des avancées technologiques. En revanche, l'apparition dans le code pénal d'une infraction d'usurpation frauduleuse d'identité constitue une opportunité, aussi bien pour les internautes que pour les fournisseurs de services, de réfléchir plus avant sur les limites de propriété des données à caractère personnel et leurs règles d'utilisation.
L'internaute et son patrimoine numérique Mais l'initiative, dans ce domaine, ne doit pas forcément venir du législateur. Internautes et fournisseurs de service ont tout intérêt à prendre conscience par eux-mêmes de la valeur patrimoniale des informations personnelles qu'ils mettent à disposition ou manipulent, s'ils veulent conserver pour les uns, leur liberté et leur anonymat en ligne, et pour les autres, de réelles possibilités d'exploiter le patrimoine de leur fichier de clients.
De nouvelles réponses technologiques Les technologies permettent aujourd'hui de franchir le pas et d'aller au delà d'une vision simplement sécuritaire de la protection du patrimoine numérique de l'internaute. Grâce aux avancées en matière de chiffrement et de calcul distribué, il est aujourd'hui possible de restituer à l'internaute la liberté de décider du lieu, du moment et de l'interlocuteur auquel il confie ses données personnelles.
* Enquête YouGov publiée le 5 mars 2008 par la société Verisign VOS REACTIONS, VOS COMMENTAIRES
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