MVNO : la mutation attendue

Le marché Français des MVNO va connaître une nouvelle ère de développement. Mais pour d'autres raisons qui ont porté les autres pays Européens tels que l’Allemagne, les pays nordiques ou au Royaume Uni.

Le marché français des MVNO, opérateurs mobiles virtuels (car ne possédant pas leur propre réseau), est un marché jeune et présentant tous les symptômes d'une croissance difficile depuis le lancement de son premier acteur, Debitel en juin 2005.
Ce nouveau business model a dû faire face à d'innombrables difficultés qui l'ont clairement étouffé dans sa quête de développement rentable :
Clauses d'exclusivité, durée des contrats et des droits de priorité empêchant toute renégociation des contrats
Clauses limitant les possibilités de valorisation de l'activité d'opérateur virtuel et donc les incitations à l'investissement dans cette activité
Conditions tarifaires qui empêchent toute concurrence frontale entre les MVNOs et leur opérateur hôte
Faible autonomie technique des MVNOs qui ne peuvent compenser leur absence d'agressivité tarifaire par des innovations sur les services offerts

Le résultat n'est pas surprenant : la part de marché captée par les MVNO en France ne dépasse pas 5%, alors que la moyenne Européenne se situe à 10%, bien loin de l'Allemagne, qui est parvenu à conquérir près de 25% du marché.

En termes de chiffre d'affaires, la part attribuable  aux MVNO est encore à diviser par deux, soit 2.5% à peine d'un gâteau certes énorme de plus de 20 Milliards d'euros. La chaîne de valeur imposée par les opérateurs historiques profite difficilement aux MVNO, qui de leur côté, accumulent des déficits quasiment proportionnels aux efforts qu'ils doivent engager pour se développer.

Ces cinq années de vaches maigres pour les MVNO ont été marquées par une première phase de restructuration du marché : rachat de Debitel par SFR, Ten par Orange ou encore NRJ Mobile par la banque CIC qui tente un positionnement stratégique.

Le premier MVNO en France, Virgin Mobile, détient  plus de 50% du marché des MVNO mais n'a toujours pas atteint son équilibre financier. Son agressivité récente en terme d'offres telles que des abonnements à 10 centimes d'euros par minute ou encore le forfait « paradyse » de l'été dernier interpelle quant au retour sur investissement :  même un opérateur historique ne prend pas encore aujourd'hui le risque indirect du "tout illimité", qui pourrait aboutir à  une perte sèche pour un MVNO.
Comment et surtout pourquoi un MVNO se positionne sur ce créneau ? L'une des  raisons est sans doute à chercher du coté de l'obtention de la 4ème licence de téléphonie mobile.

Free Mobile promet un positionnement tarifaire d'une agressivité qui inquiète les opérateurs historiques, Orange, Sfr et Bouygues, détenant respectivement 45%, 36% et 19% de part de marché. Free Mobile s'engage également  à accueillir des "Full MVNO". Des opérateurs virtuels ne disposant ni de réseaux ni de licence pourront accéder aux offres de gros de type "Voix" (GSM) mais aussi "Data" pour commercialiser des abonnements complets avec de la 3G par exemple.
 
Free Mobile s'engage à ouvrir commercialement son réseau mobile au plus tard deux ans après la délivrance de l'autorisation. Pour se prémunir contre cette offensive, plusieurs hypothèses peuvent être envisagées dont l'une serait de délier les MVNO des contraintes citées plus haut, en s'appuyant sur un contexte de marché  favorable :
Un taux de pénétration en France de 90% qui laisse encore entrevoir une croissance naturelle
Une récente structuration optimale des acteurs de marché avec la montée en puissance des MVNA (Mobile Virtual Network Agregator).

Les MVNA (Transatel, Sisteer, Effortel...) mutualisent aujourd'hui le développement des petits et moyens MVNO. Agregator car leur rôle est de servir de plateforme unique d'accueil pour tous les MVNO désirant se lancer. Ceci permet aux opérateurs historiques d'une part  de n'avoir qu'une seule interface et une seule équipe unifiée quel que soit le nombre de MVNOs qui se lancent par la suite ; et d'autre part de faire bénéficier les MVNO de tarifs négociés et d'une structure de back office associée (gestion des cartes SIM, émission des factures, encaissement, call center... ).

Il existe déjà quelques structures de ce type aujourd'hui en Europe, et on assiste à un mouvement ou chaque opérateur est en train de mettre en place son MVNA (en France le dernier en date est SFR avec un service lancé en juillet 2009), le développement des MVNO repose donc aujourd'hui en partie sur ces nouveaux acteurs. .

Le marché Français des MVNO va incontestablement connaître une nouvelle ère de développement, pour des raisons qui ne sont pas celles qui ont porté les autres pays Européens tels que l'Allemagne, les Pays Nordiques ou au Royaume Uni. Néanmoins, l'objectif final qu'est la  baisse du prix de la minute pour le consommateur final devrait finalement être atteint, et la combinaison d'une nouvelle licence, associée à la volonté ferme des opérateurs historiques de s'en prémunir, devrait tout de même aller dans ce sens.

La collusion entre les trois opérateurs historiques, qui a été sanctionnée par le conseil de la concurrence en 2009, est restée dans tous les esprits : les trois opérateurs qui à l'époque, dans un marché naissant des MVNO, avaient  intérêt à s'entendre pour éviter que ces derniers  n'hébergent et ne cannibalisent leur parc de clients, se posent ils aujourd'hui la question de la préservation de leur intérêts privés en d'autres termes ?

La redéfinition des lignes avec de nouveaux acteurs, MNO, MVNO et MVNA et le nouvel entrant Freedevra s'effectuer avec une vigilance accrue de l'ART et du conseil de la concurrence, afin de préserver l'intérêt du consommateur, même si en façade  les offres développées en ce moment (à l'image de celle de Virgin) semblent parfaitement aller dans ce sens.

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