Le flop des sites politiques

On allait voir ce qu'on allait voir ! Avec Internet, la démocratie allait redevenir ce qu'elle n'aurait jamais dû cessé d'être : un pouvoir partagé et interactif. Mais les sites et blogs militants ne font pas du tout recette.

Une étude réalisée par le cabinet de marketing 2803 MEDIA (1) confirme qu'internet n'est devenu ni une source d'information, ni un outil de communication politique de premier plan (2). Un sondage TNS Sofres en faisait déjà la démonstration en 2006. Depuis, si l'usage d'internet a progressé, la politique n'en a pas beaucoup profité.

Les internautes représentent aujourd'hui environ 50% de la population française mais ils ne sont environ que 10% à fréquenter des sites, des blogs ou des forums politiques. Qui plus est, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la fréquentation n'augmente que très faiblement en période électorale. A titre d'exemple, 26% des internautes ont visité le site d'un candidat durant la campagne présidentielle de 2007, un chiffre déjà faible en lui-même mais qui n'est que le reflet surévalué de l'audience de ces sites puisque seule la moitié de ces 26%, soit 13%, soit 6,5% de la population française sont des visiteurs réguliers (Ifop) (3).

En politique, Internet n'a pas bouleversé le paysage des mass médias. Les chiffres peuvent différer selon que les sondages incluent ou non la population de 15-18 ans mais la hiérarchisation reste identique. La télévision reste, et de loin, le média le plus crédible (autour de 80%). Suivent la presse écrite ( entre 60% et 40% ) et la radio (entre 40% et 30% ). Resitué dans un environnement médiatique comparatif, Internet recueille une audience légèrement plus élevée que dans des études uniquement centrées sur ce média : environ 15 à 16% mais seulement 4% si l'on ne comptabilise que les « premières réponses » (TNS Sofres).

L'audience des sites politiques est également très peu réprésentative, aussi bien en termes de sexe que d'âge. Selon l'étude 28.03MEDIA, seules 28,3% des femmes consultent les sites des partis politiques alors que, selon une étude d'IPSOS, elles sont presque aussi nombreuses que les hommes (47%) à utiliser internet. Même constat du côté des jeunes : les 18-24 ans ne sont que 2% à visiter les sites officiels des partis politiques alors qu'ils sont 10 fois plus nombreux à surfer sur le net pour d'autres raisons ! Autrement dit, internet n'a pas permis d'intéresser des populations qui se sentent traditionnellement peu concernées par la politique. Et il est probable que ce constat soit également vrai des employés et des ouvriers ou plus largement des Français tentés par l'abstention auxquels auxquelles l'étude 2803MEDIA ne s'est malheureusement pas intéressée.

Que souhaitent trouver la minorité des (é)lecteurs sur un blog (ou un site) politique ? Sans doute moins une information destinée à éclairer leur choix qu'une manière de la conforter. Un sondage CSA réalisé fin 2005 recense par ordre d'intérêt : le programme politique du candidat (81%), ses derniers discours en version écrite (69%), un moyen de communiquer directement avec le candidat (63%) et avec d'autres internautes (58%) ou encore l'accès au derniers discours de la personnalité en version sonore (55%). En revanche les vidéos, les photos et l'agenda du candidat n'intéressent que 30% des internautes. Ce qui est amusant lorsqu'on lit que ce type de contenus fait partie des incontournables d'un site politique réussi (4)

La faible audience des sites politiques résident logiquement dans leur parti pris. Pour un internaute en quête d'informations sur les élections, les sites politiques s'apparentent plus à des moyens d'expression personnels ou partisans qu'à de véritables médias par définition axés sur l'actualité et contraints à une certaine objectivité. Cela n'empêche évidemment pas une minorité d'internautes de fréquenter occasionnellement ces sites pour y trouver des informations sur des candidats et leurs propositions.

Mais, dans le domaine politique, Internet n'est pas tant conçu et apprécié pour sa valeur informative que pour son potentiel de communication. Ce n'est pas un hasard si les blogs, forums et chats puisent leur spécificité et leur raison d'être dans l'échange. Ces sites sont d'autant plus appréciés si la contradiction, la protestation, la critique peuvent s'exprimer librement et être retranscrites fidèlement. C'est rarement possible - ou en tout cas souhaité - sur les sites conçus par des partis, des élus ou des candidats. Dans ces conditions, on comprend mieux que les Français puisse à la fois apprécier les blogs politiques comme une possibilité de discussion (avec les candidats et entre internautes) tout en en estimant, dans le même temps, qu'il s'agit surtout d'un « gadget à la mode »  (Sondage CSA réalisé en octobre 2006)...

(1) Qui sont les internautes qui visitent les sites officiels des partis politiques? (2) Sur la croyance en une révolution de la politique par internet, voir notamment le débat organisé par Le Monde le 2006 : Comment Internet bouscule la politique, sa communication et sa pratique (3) Recherches sur la cyberdémocratie - Christian Bidegaray - La démocratie en un clic ? (4) quand un homme de marketing (québécois) donne de bons conseils contredits par les études : « 7 points à considérer pour un site politique«

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