L'Internet sans frontières ?

En Egypte, le pouvoir a coupé l'Internet. La meilleure preuve possible que la gestion du Web ne doit jamais être confiée exclusivement aux gouvernements.

C'est arrivé près de chez nous. Mais cela pourrait-il arriver chez nous ? La censure gouvernementale. D'un coup, pour une raison que seul le pouvoir en place peut justifier, l'accès au Web n'est plus possible. Bien entendu, cela étonne moins lorsque le pouvoir en question n'est pas un adepte de la diplomatie et de la liberté d'expression. En Egypte, la main mise de Moubarak s'est fait sentir par la muselière que son gouvernement a placé sur Internet en obligeant les fournisseurs d'accès du pays à restreindre le trafic. En quelque sorte, le pouvoir a fermé le robinet. En une journée, le trafic Web a chuté de 97% au pays des pharaons.
 
Le but de cette censure d'Etat, mieux contrôler la révolte bien entendu. Les leçons de la révolution de jasmin tunisienne ont été parfaitement retenues par l'Egypte. L'effet viral de l'Internet est à bannir. Tweeter, Facebook et autres YouTube ont peut-être fait chuter Ben Ali, mais Moubarak n'entend pas passer à la même trappe. Il ceinture donc Internet. Et se faisant, ne fait que montrer de manière encore plus claire à quel point ce réseau est le meilleur rempart à la dictature et l'outil le plus efficace pour permettre à tous de s'exprimer librement.
 
Sur Internet, nous sommes tous au même niveau. Les plus petits ont la même voix que les plus grands. Une première dans l'histoire de l'humanité. Comme la déconnection de l'Egypte. Une première sur la Toile et un signal d'alarme qui ne doit pas être ignoré.
 
Les gouvernements frustrés 
Où sont les vrais pouvoir du monde aujourd'hui ? Chez Google ou Facebook peut-être. Des sociétés privées devenus presque hégémoniques et diffusées à une échelle quasi mondiale. En fait, le pouvoir c'est Internet. Un réseau décentralisé, donc par définition difficile à contrôler. Un réseau qui se repose sur un système de gouvernance inédit.
 
La partie technique de l'Internet est placée sous l'égide de l'ICANN. Un organisme créé en 1998, ce qui en fait le bébé des instances de gouvernance mondiales. Par rapports à elles, l'ICANN a hérité de l'agilité de la jeunesse. Sa structure et son fonctionnement ont évolué à vitesse grand V, à l'image du médium dont elle a la charge. Surtout, l'ICANN regroupe tous les acteurs concernés par l'Internet. Les gouvernements en sont, bien entendu, mais ils ne sont pas les seuls à y faire la loi.
 
Ce modèle les frustre. Il y a quelques années, les Nations Unies ont initié un processus appelé Sommet Mondial sur la Société de l'Information (SMSI). Sont but inavoué : voir si la fonction de gouvernance de l'Internet ne pouvait pas être rapatriée vers Genève (siège de l'ONU) plutôt que d'être laissée en Californie (siège de l'ICANN).
 
Pour l'instant, la réponse est négative. Tant mieux. Car les incidents en Egypte le montrent, tous les gouvernements ne sont pas égaux. Certains n'hésiteront pas, au pire à viser la censure, au mieux à tenter de freiner l'innovation.
 
Préserver le modèle de gouvernance ouverte 
Mais Internet ne veut pas, ne doit pas être freiné. Régulé, bien sûr. Surveillé, peut-être. Mais emprisonné, certainement pas. Quelques jours après avoir été muselé par le gouvernement égyptien, le Web a retrouvé le moyen de rentrer en Egypte. Un service permettant de twitter par téléphone, sans avoir besoin d'un accès Internet, a permis de redonner une voix au peuple égyptien.
 
De la même façon, des pays comme la Chine ou la Corée du Nord ne doivent jamais pouvoir contrôler l'Internet mondial. Déjà, la censure qu'ils opèrent à domicile est insupportable. Pour les chinois, il y a des moyens de contourner, d'une certaine mesure. Pour la Corée du Nord, c'est beaucoup plus difficile.

Alors pour éviter de connaître des situations analogues demain, il faut défendre le modèle de gouvernance actuel de l'Internet. Un modèle qui permet à un petit entrepreneur comme moi de parler d'égal à égal avec les représentants gouvernementaux qui participent aux travaux de l'ICANN. Une implication ouverte à tous aux plus hauts niveaux de la gouvernance d'un secteur, qu'il est difficile d'imaginer ailleurs, et qu'il faut donc absolument préserver.

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