La révolution est en marche !

Le programme des nouvelles extensions génériques a démarré. De quoi profondément changer l'Internet.

Depuis le 12 janvier 2012 et jusqu’au 12 avril prochain, les postulants à une extension personnalisée peuvent soumettre leur dossier de candidature au régulateur du nommage sur Internet (l’ICANN). Quatre mois qui ont de fortes chances de changer l'Internet à tout jamais.
Obtenir une extension n'a rien à voir avec l’enregistrement d’un nom de domaine. Il s’agit là de créer son propre espace au premier niveau de l'Internet. Un espace commercial, communautaire ou d’utilité publique, que l'on pourra exploiter en fonction de ses propres ambitions en le faisant vivre aux côtés des .COM et autres extensions existantes.

De quel droit ?
Qu'est-ce que l'ICANN essaye donc d'imposer en lançant ce programme ? La réponse est simple : rien ! L'ICANN n'essaye pas de dicter, elle souhaiter donner les moyens d'innover. Ensuite, à chacun d’aller, ou non, vers ces nouvelles extensions. À ceux qui décident de sauter le pas de trouver l'utilisation la plus appropriée à leurs objectifs. Et d'innover, s'ils le souhaitent, pour lancer des nouvelles idées dont personne n'anticipe encore la portée aujourd'hui.
La même logique était à l’œuvre aux débuts de l’Internet. Qui aurait pu prévoir le développement des réseaux sociaux ? Le succès de Facebook et ses 797 millions d’utilisateurs ? Les quelque 156 millions de blogs existants au niveau mondial ? Le raz de marée du commerce en ligne et les 680 milliards de dollars de chiffre d’affaires qu'il a généré en 2011 ? Les 3,4 millions d’emails envoyés chaque seconde dans le monde par 2 milliards d’internautes ?
En validant le programme des nouvelles extensions, l’ICANN a simplement ouvert le champ des possibles. C’est de la capacité d’innovation et de l’esprit d’entreprise des futurs opérateurs d'extensions que dépendra le paysage Internet de demain.

A quoi ça sert ?
Potentiellement, les nouvelles extensions sont à l'Internet ce que le câble et le satellite ont été à la télévision. Un moyen d'offrir plus de choix, avec du contenu plus ciblé. La télé d'aujourd'hui n'est plus généraliste, elle est thématique. Pourtant, il y a encore quelques années, qui aurait pu imaginer que les mastodontes historiques qu'étaient les trois premières chaînes de télé se verraient un jour régulièrement grignoter des parts de marché par des nouvelles venues spécialisées là dans le business, ici dans le sport, ailleurs dans la musique ou les émissions pour enfants ?
L'Internet va-t-il prendre le même chemin ? Il existe actuellement 22 extensions génériques (.COM, le .NET, le .ORG, etc.) et plus de 240 extensions nationales (.DE, .ES, .UK…). Un espace de nommage limité, artificiellement, et qui ne permet plus de distinguer les types de contenus par la seule enseigne que représente l'extension. Marques, banques, entreprises diverses, associations, médias et même blogs… se côtoient tous dans un même espace générique. Tout comme la première chaîne était, il y a quelques années, synonyme de la télé française dans son ensemble, le .COM est aujourd'hui synonyme de l'Internet. Lancée en 1985, cette extension est 27 ans après le TF1 du Web. Sur les 220 millions de noms de domaine enregistrés dans le monde, 97 millions sont des .COM (chiffres au 1er octobre 2011) !

Donner plus de choix
Le programme des nouvelles extensions ambitionne de multiplier le nombre de chaînes disponibles sur le Net. Il pourrait favoriser l’éclosion de projets :
- 
commerciaux comme le .CANON ou le .UNICEF;
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géographiques comme le .BERLIN ou le .LONDON;
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linguistiques comme le .BZH (Bretagne) ou le .IRISH (Irlande);
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communautaires comme le .ECO ou le .GAY;
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thématiques comme le .SPORT ou le .MUSIC.
Ces extensions ciblées devraient permettre à leurs opérateurs de mieux mettre en avant leurs contenus et à leurs utilisateurs de mieux les trouver, y compris dans les moteurs de recherche.

Un réseau vraiment mondial
Dorénavant, l'Internet ne sera plus la chasse gardée de l'Anglais et de l'alphabet latin. Ce n'est peut-être pas très important pour nous Français (quoi que…), mais pour les millions d'Internautes qui n'ont même pas une maîtrise basique de la langue de Shakespeare, les nouvelles extensions ouvrent des possibilités excitantes. Elles peuvent être créées dans n’importe quel alphabet : chinois, arabe, indien, cyrillique, etc. De quoi apporter encore plus de spécificité à l'Internet et cibler encore mieux son public.
Si vous vous demandez pourquoi c'est important, imaginez-vous que l'Internet ait été créé non pas aux USA, mais en Chine. Et que pour naviguer sur le Web, il vous faille maîtriser les caractères chinois à partir de votre clavier azerty qui n'en comporte même pas ! Inimaginable ? C'est pourtant le quotidien de millions d'Internautes dans le monde pour qui l'anglais est un territoire étranger…

Comment faire ? Le calendrier
Gérer une extension n'est pas une mince affaire. Construire son dossier et obtenir l'aval de l'ICANN non plus. La plupart des candidats ne seront certainement pas des experts du nommage. Ainsi s'assurent-ils les services de sociétés spécialisées pour les accompagner. Des partenariats qui apparaissent comme indispensables pour réussir un projet d'extension et éviter les écueils d'une procédure ICANN dont la complexité est à la mesure des enjeux : faire marcher un bout de l'Internet placé au même niveau que le .COM.

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