Facebook : des questions se posent sur la valorisation

Les chiffres astronomiques du réseau social plaident pour une valeur hors norme. Néanmoins et malgré ces chiffres record, le CA et le taux de croissance publiés par Facebook posent un certain nombre de questions sur la valorisation.

Les chiffres astronomiques du réseau social plaident pour une valeur hors norme : 900M d’utilisateurs dans tous les pays du monde, une progression moyenne et régulière de 60M par trimestre, 526M d’utilisateurs quotidien (DAU) en mars 2012 à travers le monde, +41% de progression en un an, 500M d’utilisateurs mensuel (MAU) sur le mobile sur la même période… Rien ne semble résister au déploiement du réseau Facebook. La machine avance comme un métronome.
Néanmoins et malgré ces chiffres record, le CA et le taux de croissance publiés par Facebook posent un certain nombre de questions sur la valorisation. Les revenus sur Q1 atteignent 1Md$ en progression sur un an de 45%. Ce taux de croissance est toutefois nettement inférieur à ce que Google (+125%) ou LinkedIn (+110%) proposaient à l’époque dans leur dernier trimestre avant leur introduction.

La publicité est la principale source de revenus (80%) mais par nécessairement le moteur de cette croissance. Elle est réalisée encore principalement aux US et en Europe pour 80%. Elle progresse au même rythme que l’acquisition de nouveaux utilisateurs, seulement de 33% sur un an. La démonstration de monétisation publicitaire est encore devant nous.
Les 20% de revenus restants représentent le micro paiement via les Facebook Credits et la monétisation des applications type Zynga. Bien qu’ayant doublé depuis un an, la croissance du micro paiement a tendance à ralentir et montre sur Q1 un profil stable.
Enfin, l’ARPU trimestrielle des utilisateurs dans le monde ressort à $1,21, avec une modeste progression de 6% sur an. A une valorisation de 100$ par user, il faudrait une dizaine d’années pour réaliser en chiffre d’affaires l’équivalent de la valeur client du jour de l’introduction. On est donc loin du compte pour justifier 100Md$.
Dans ces conditions, la monétisation du trafic devient l’enjeu majeur de Facebook. Même si Mark Zuckenberg rappelle qu’à l’origine Facebook n’a pas été conçu pour être une entreprise, l’ARPU client devient central pour justifier ce chiffre.
A défaut d'avoir validé un modèle publicitaire qui lui est propre,
Facebook applique les recettes éprouvées du marché : les bannières de Yahoo, les liens de Google et depuis l’annonce de la semaine dernière, le store d’Apple. Facebook savait déjà proposer un écosystème pour monétiser les applications sur le Web. En reprenant le concept de store, l’idée est d’organiser la vente d’applications mobiles comme Apple et Android le proposent actuellement.
Le mobile est donc son prochain grand défi. L’ensemble de son trafic mobile est un terrain vierge, publicitaire et micro paiement. Facebook est de loin le premier service mobile à travers le monde.
Il y a près de 500M d’utilisateurs réguliers à monétiser et quelques dollars de plus d’ARPU à aller chercher.
Est ce que le compte sera bon ? Le mobile ne suffira pas à construire une valeur client de 100$ sur une période de temps raisonnable. La valorisation intègre donc inévitablement un pari, une exécution parfaite et réussie d’idées à venir et à découvrir pour monétiser le « social graph », et un rêve, posséder une petite part d’une « success story » bâtie en un temps record.
Si les chiffres d’usage de Facebook font tourner la tête, la route est encore longue pour justifier aujourd’hui et demain plus de 20 fois le CA. Souhaitons pour toute l’industrie que Facebook réussisse dans ce pari très ambitieux.

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