Le BYOD un vrai phénomène mondial ?

Les entreprises font face au phénomène émergent du « Bring Your Own Device », ou BYOD, qui consiste en l’utilisation des salariés de leurs équipements personnels (téléphone, ordinateur portable, tablette électronique) dans un contexte professionnel.

Cette tendance du BYOD résulte d’une triple évolution :

1.La recherche croissante du juste équilibre entre cadre professionnel et vie personnelle, qui s’exprime via un paradoxe, où l’employé souhaite une intégration croissante des deux sphères tout en conservant une étanchéité de ces environnements. Ainsi, 64%[1] des employés souhaitent séparer leurs vies personnelle et professionnelle avec leurs outils de communication alors que 79% d’entre eux affirment rester en contact, occasionnellement ou en permanence, avec leur travail en dehors des heures ouvrées et que 84% déclarent utiliser des éléments personnels (PC, téléphone, email,…) à des fins professionnelles.
Ceci est renforcé par un effet générationnel. La génération Y ou les « digital native » ont du mal à adhérer à des modèles de téléphone ou Smartphone inférieurs en gamme et en performance à leurs équipements personnels.

2. L’augmentation du nomadisme professionnel : la mobilité au sein de l’espace professionnel et le travail à distance ou Télétravail tout en étant constamment connecté. Ainsi, 63% de ceux interrogés sont dans des situations de mobilité au moins une fois par semaine et 37% le sont quasiment tous les jours, et cette tendance va s’accentuer.
Ils ont appris de facto à gérer leur travail différemment : ils travaillent davantage en dehors des heures de bureau depuis leurs équipements mobiles qu’ils soient personnels ou professionnels. Ces outils simplifient l’usage en mobilité : de plus en plus ergonomiques, ils permettent une gestion plus optimale des agendas, mails et autres messages.

3. La « consumérisation » des usages professionnels à l’image du marché B2C et qui exerce une réelle pression sur l’entreprise. De manière générale, l’équipement de l’individu au travail va fortement évoluer au cours des cinq prochaines années, même s’il est difficile aujourd’hui d’en prévoir la vitesse. Plusieurs mouvements vont s’entrechoquer, associant le développement des téléphones mobiles évolués (smartphones), la substitution d’équipements fixes vers des terminaux intégrés multimédias, ainsi que l’adoption des tablettes et écrans tactiles. Les terminaux mobiles simples sont progressivement remplacés par les smartphones et l’usage du fixe est délaissé pour le mobile. Dès lors, les exigences des individus en entreprise en termes d’équipements professionnels sont plus élevées. Comme dans leur vie personnelle, ils souhaitent pouvoir bénéficier d’équipements à la fois complets et simples d’utilisation, avec des interfaces intuitives et ergonomiques. La substitution des équipements fixes et accessoires vers des terminaux mobiles tout intégrés permettant des usages multimédias va s’intensifier. Ainsi, 68% des individus en entreprise du panel délaissent au moins partiellement leur ligne fixe au profit de leur mobile.
Les entreprises, plus ou moins conscientes des bénéfices et des risques du BYOD pour elles et pour leurs employés, adoptent des politiques BYOD avec un niveau de contrôle variable. BearingPoint a réalisé une matrice d’analyse des 4 principaux cas de figure de politique BYOD.
* La politique « contrôlée », est la plus répandue : l’entreprise fournit le matériel mobile et finance l’abonnement. L’employé n’engage aucun frais et doit respecter les règles d’usages et de sécurité imposées par son employeur. L’entreprise bénéficie en retour d’un contrôle total de la flotte d’équipements mobiles ce qui lui permet d’assurer une traçabilité des terminaux et de définir des chartes pour mieux contrôler les usages et éviter les dérives.
* Les politiques « ouverte » et « hybride » prévoient que les employés utilisent leurs terminaux mobiles personnels dans l’environnement professionnel (Smartphones ou tablettes, voire PC portable). Dans le 1er cas, l’employé fournit et paie son terminal et son abonnement. Sur la base du volontariat, il peut accéder à ses applications professionnelles grâce à une plateforme sécurisée fournie par l’entreprise tout en étant libre du choix de son équipement. L’entreprise n’a pas de responsabilité sur le terminal et l’abonnement. Sa responsabilité sur le support et la gestion des équipements est réduite. Il s’agit une politique de « BYOD » totale.
La politique « hybride » se situe au croisement des politiques contrôlée et ouverte. L’employé utilise un terminal, parfois personnel, associé à un contrat (donc une carte SIM) possédé par l’entreprise, qui autorise le mélange des usages pro et perso sur l’équipement. Elle finance la carte SIM et une partie de l’usage et s’implique dans la gestion.
Dans le cas où l’entreprise a mis en place un programme « BYOD », l’employé choisit l’équipement. L’entreprise conserve ici une légitimité sur les contraintes de sécurité, gestion des équipements et maîtrise des coûts. Il s’agit d’une politique de « BYOD » partielle. L’entreprise est à même de proposer une combinaison de ces trois politiques, adaptée aux différents  profils d’usage des employés.

Le BYOD est-il un phénomène mondial ? Un ensemble d’études visant à analyser la pénétration relative du BYOD par pays ou régions du monde ont été mené. La tendance qui s’en dégage est que les pays émergents sont moins réticents à autoriser leurs employés à utiliser des terminaux à des fins à la fois professionnelles et personnelles, parfois même aux dépens de la sécurité des données et du SI de l’entreprises.
En effet, une étude menée par BT  a démontré que dans 92% des entreprises en Chine et 80% en Inde, les employés utilisent des appareils personnels pour leur activité professionnel, alors que la moyenne des autres pays confondus n’était que de 60%. Mais seuls 43% déclarent avoir les outils nécessaires pour suivre régulièrement les employés qui utilisent leurs matériels sur le réseau interne. Une autre étude d’Aruba Networks dans la zone Europe Afrique Moyen-Orient  a révélé que le BYOD touchait 69% des entreprises de la zone avec, en tête, le Moyen-Orient (80%), suivi des pays scandinaves et du Benelux (74%) puis de l'Espagne (70%) et de la Grande Bretagne (69%). La France est avant-dernière devant l''Allemagne (48%).
Enfin, cet écart entre les pays émergents et les autres risque de se creuser puisque 91% des entreprises des BRIC envisagent de transformer leur environnement de travail traditionnel pour des postes de travail virtuel versus 66% pour les autres pays.

Avec cette tendance, l’utilisateur est placé au cœur des décisions télécom et IT de l’entreprise. Afin de saisir les opportunités liées à ces nouveaux usages, l’entreprise doit reprendre l’initiative et adapter sa stratégie télécoms et informatique (profils d’usage, politique d’équipements, catalogue de terminaux et applicatifs) et accompagner les usages et le changement. Enfin, cette réflexion implique toutes les fonctions de l’entreprise : Direction Générale, des Ressources Humaines, Métiers.

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Jean-Michel Huet, Directeur Associé Bearingpoint et Meriem Jlaidi, Consultante BearingPoint

[1] Ces données sont issues d’une étude réalisée par Orange Business Services, BearingPoint & TNS Sofres en  2011 et dont le détail figure dans le livre blanc : Badrinath, Vivek, Thiollet,  Anne-Marie, Eymard, Benoit, Tcheng, Henri, et alii., Dilemme pro/perso et accélération des usages de communications, vers des réponses efficaces pour l’entreprise et positive pour les collaborateurs, 32 pages, février 2012

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