La cyberadministration, ou comment réinventer la coordination entre les administrations

L'un des enjeux clés du e-gouvernement est de favoriser et encourager les administrations. Pour les pays émergents notamment cette question est clé.

La cyberadministration concerne tous les ministères : elle est par définition transverse, et suppose la fin du fonctionnement en silos des administrations. Quatre éléments primordiaux témoignent de ce caractère transverse. Tout d’abord, la cyberadministration s’appuie physiquement sur un réseau, elle met en relation les administrations et elle est fondée sur le développement du partage des données. Par ailleurs, la finalité de la cyberadministration, c’est de faire advenir une administration « sans couture », c’est-à-dire une administration où la complexité des relations entre administrations est transparente pour l’usager; celui-ci fournit une seule fois ses données et effectue à distance de bout en bout ses démarches administratives. En outre, la cyberadministration est dépositaire du patrimoine virtuel de chaque pays. L’obtention de la gestion du nom de domaine national fait figure d’attribut de souveraineté et constitue un facteur de sécurisation du stockage des données publiques, ce dont témoignent les expériences congolaises et gabonaises.
Enfin, la cyberadministration nécessite des investissements massifs dans la durée. À titre d’illustration, la composante congolaise du projet Central African Backbone représente un investissement de 22 millions d’euros ; ce projet a pour objectif de raccorder le Congo en fibre optique aux autres pays d’Afrique centrale à partir du câble sous-marin déployé le long de la côte africaine. 
Ces éléments de transversalité sous-tendent en filigrane un des défis majeurs de la mise en place d’une cyberadministration, soit la mise en place d’une gouvernance. Pour relever ce défi, de nombreux pays africains ont fait le choix de la création d’une agence nationale des TIC. Le Gabon, le Sénégal, le Cameroun, le Burkina Faso, le Mali, le Ghana, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Ouganda et les Comores disposent déjà d’une telle agence ; des réflexions sont en cours au Congo pour créer une telle agence.
 
En règle générale, les agences constituées remplissent quatre fonctions : l’orientation stratégique, l’investigation de nouveaux champs, la rationalisation des moyens, l’assistance et la gestion opérationnelle pour accompagner les ministères. Elles se différencient essentiellement par leurs tutelles de rattachement et leurs modèles économiques respectifs, ces différences traduisant les équilibres politiques et traditions constitutionnelles des pays concernés.
De fait, l’analyse des agences TIC en Afrique permet d’identifier différentes approches pour asseoir l’autorité de cet organe de gouvernance, selon l’autorité de rattachement choisie. L’Agence peut être rattachée à une autorité interministérielle, dans le but d’avoir une emprise interministérielle. Elle peut ainsi être placée soit sous la responsabilité de la Présidence de la République, comme c’est le cas pour l’ANINF au Gabon et pour la l’ADIE au Sénégal, soit sous la responsabilité de la Primature, comme au Burkina Faso. L’Agence peut également être placée sous la responsabilité d’un ministère sectoriel, eu égard au levier financier dont il dispose –le Ministère des finances, le Ministère de la fonction publique au Maroc-, ou eu égard à son expertise en matière de TIC comme par exemple, le Ministère des TIC au Ghana.
La question du modèle économique de l’Agence des TIC est également d’importance, compte tenu des montants en jeu pour conduire un projet de cyberadministration. D’une part, se coordonner sur le choix des projets à conduire est impératif afin d’éviter la duplication des dépenses que génèrerait une duplication de projets parallèles de cyberadministration. D’autre part, se coordonner sur les solutions technologiques choisies permet de mutualiser les achats, mais aussi d’éviter des dépenses supplémentaires que la mise en conformité de systèmes non interopérables entraîne.
L’exercice de mise en commun des moyens est loin d’être aisé, en particulier dans des pays dans lesquels l’inter-ministérialité est peu ancrée, et où les ministères restent jaloux des budgets qui leur sont alloués. Pour autant, des dispositifs de financement innovants, fondés sur de nouvelles ressources budgétaires ont été inaugurés dans certains pays africains. A titre d’illustration, la Côte d’Ivoire a mis en place un fonds universel pour améliorer l’accès aux nouvelles technologies pour les populations les moins connectées, ce fonds est abondé via une taxe sur les opérateurs télécoms ; une telle réflexion est en cours en République du Congo.
 

Chronique de Jean-Michel Huet, Partner BearingPoint, Diane de Pompignan, Manager BearingPoint, et Grégoire Cottet, consultant BearingPoint

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