Et si la France avait candidaté au .WINE ?

L’actualité du moment en matière de noms de domaine est: “les nouvelles extensions de noms de domaine”, et en particulier, la problématique autour de la protection des indications géographiques (françaises) dans les extensions Internet .WINE et .VIN... à être lancées.

Un porte drapeau français

Notre chère porte-drapeau Français, Axelle Lemaire, “lutte ardemment contre les méchants entrepreneurs Américains qui veulent nous voler les noms de domaine des indications géographiques pour les revendre à de vils spéculateurs qui les exploiteront au nom du patrimoine National”.
C’est, à peu de choses près ce que traduit la presse Française et Internationale de la situation. Mais qu’en est-il vraiment ?

Dans les coulisses de l’ICANN...et du .WINE

L’ICANN est l’organisme de gouvernance des noms de domaine. Pas de chance pour notre cher Gouvernement car c’est une organisation Américaine et nous le savons...les Français ne s’entendent pas très bien avec nos chers amis Américains dés qu’il s’agit de vin. Alors, lorsque cet organisme autorise un programme pour créer des extensions...ça fait râler.Et râler, ça, nous savons faire. Depuis quelques mois (années?), le sujet de la protection des extensions géographiques dans ces nouveaux Registres du vin est “le sujet” que notre gouvernement a su tirer à lui pour tenter d’être plus présent sur un autre sujet: celui de la gouvernance Internet.
Depuis longtemps, avoir plus de poids dans les décisions Internet est un autre objectif de notre Gouvernement, de la Commission Européenne et d’un ensemble d’autres pays qui sont arrivés après la bataille et qui aimeraient aussi poser sur la photo de classe. C’est louable, après tout, “Internet appartient à tous”.Le programme des nouvelles extension n’est pourtant pas nouveau, il existe depuis 2008 et la première version de la méthodologie pour candidater à une nouvelle extension Internet a été rendue publique dès le mois d’octobre de cette même année: mais notre Gouvernement n'était pas là pour se faire entendre et construire ce programme. Pour rappel, une dizaine de révisions de ce manuel du candidat a été produite, cela a pris des années.Les dossiers .WINE et .VIN ne sont pas nouveaux ni non plus d’ailleurs, le projet dotVinum est public depuis 2011 et a été présenté à certaines institutions françaises du vin... les mauvaises il semblerait. Faute d’écoute, ce sont trois dossiers étrangers qui ont été déposés pour l’extension .WINE et un dossier Américain pour le .VIN

Un cumul de bourdes

La France, par ses interventions diverses et ses erreurs de communication a du mal à se faire entendre et ce cumul de bourdes ne porte pas son image au-devant de la scène Internet Internationale...mais plutôt au rang des mauvais élèves turbulents qui n’ont pas compris l’énoncé de l’exercice.
En effet, on a pu lire que le .VIN allait “être mis aux enchères” au plus offrant or il n’y a qu’une seule candidature.
On a aussi pu lire un appel au boycott de ces noms de domaine: imaginons-nous un instant nos viticulteurs tourner le dos à ces noms de domaine au profit d’autres acheteurs potentiels ?
Nous avons aussi lu que “l’ICANN légalisait la contrefaçon” mais...les conseillers au .VIN de Axelle Lemaire savent-ils qu’une Indication Géographique peut être enregistrée dans la Trademark Clearinghouse ...mécanisme de protection prévu dans le programme des nouvelles extensions Internet ? Certes, il s’agit d’un piètre mécanisme mais qui permet néanmoins un recours en cas d’abus.
Bien entendu, devant le discours repris par tous, il est facile de taper sur les candidatures étrangères .WINE et .VIN. Il est aussi facile de taper sur “le méchant ICANN” à présent qu’il vient d’autoriser le suivi de la procédure. Mais qu’en est-il lorsqu’il s’agit de trouver des solutions ? S’adresser au “GAC” ?

Le GAC

Le GAC est un groupe de représentants des gouvernements à l’ICANN. C’est ce brillant GAC Français qui avait recommandé un “drapeau rouge” sur le .VIN (en termes Icanniens on appelle cela une “GAC Early Warning”) en pointant du doigt le manque de protection des IGs. A cette époque, nos chers représentants ne devaient pas beaucoup parler Anglais car ils n’avaient probablement pas imaginé que le même problème puisse se poser avec une extension .WINE (“wine” veut dire “vin” en français). Depuis 2012, ils tentent de trouver des compromis avec les candidats sans grand succès.
Nous les avons encore observés lors de la dernière réunion ICANN qui s’est tenue à Londres et comprenons sans peine pourquoi. Que cela soit dit: les candidats suivent une procédure rédigée dans “le manuel du candidat”, lui-même produit par l’ICANN et auquel ont participé ceux qui souhaitaient participer à son développement (encore fallait-il le savoir). L’introduction du GAC dans la procédure de dépôt d’une candidature à l’ICANN, c’est un peu comme si vous achetiez une voiture verte et qu’un représentant de pare-chocs venait vous dire qu’il n’est pas d’accord avec le choix de votre couleur et qu’il vous indiquait que ça l’arrangerait que vous changiez de couleur… Que vous lui répondriez vous ?

A qui sert cette action ?

On est à présent en mesure de se le demander car l’ICANN vient d’autoriser sans vraiment l'autoriser...le suivi de la procédure faute de solution trouvée par les représentants du GAC, mais il n'a malheureusement pas fait de communication véritable à ce sujet. S’il l’a indiqué par retour à certains courriers, le dernier communiqué du GAC, du 25 juin indique simplement “qu’aucun compromis n’a été trouvé à cause de la nature sensible du sujet : une autre façon de dire “nous avons fait notre travail (et merci d’avoir payé pour nos dépenses lors de ce séjour)”. A ce jour, nous ne savons pas avec précision où nous en sommes et une communication de l’ICANN “ferme” serait la bienvenue.
Si cette action très négative ne permet pas de trouver de solution, qu’elle ne sert pas non plus à faire briller nos institutions gouvernementales, ni nos institutions du vin et qu’elle ne protège pas mieux nos Indications Géographiques dans ces nouvelles extensions du vin, n’est-il pas temps de tenter une autre approche ?

Quelle solution donc ?

Rappelons que la France dans toute sa grandeur n’a pas participé au processus de conception du manuel du candidat pour autoriser les nouvelles extensions Internet (sauf peut-être quelques-uns), et n’a pas non plus candidaté. Vu sous cet angle, cela représente une sacrée économie car la conception des dossiers de candidatures a commencé aux alentours de 2011.Au moment où nous parlons, l’ICANN vient d’autoriser le suivi de la procédure et les .VIN et .WINE verront le jour chez des bureaux d’enregistrement accrédités tels que GoDaddy : le .VIN en premier. Les candidats devront se départager le .WINE aux enchères (dixit le manuel ICANN du candidat final). Plutôt que de se plaindre par voie de presse, n’est-il pas plus malin de s’associer financièrement avec un candidat pour remporter le .WINE avec des conditions d’éligibilité négociées ? Parlons-en au besoin.

Une opportunité pour le second cycle d’appel à candidatures ?

Rêvons un peu. Si l’idée est de contrer ces candidatures au premier cycle d’appel pour asseoir un candidat Européen lors du cycle suivant, il me semble essentiel pour nos futurs candidats de bien prendre en compte certains éléments. Par exemple: étudier le manuel du candidat, bien comprendre les mécanismes de l’ICANN et bien connaître ses arcanes, cesser de penser que cela se passe tel que c’est écrit sur le papier, ne surtout pas imaginer que le GAC peut servir un candidat, il est important “d’être bien” avec des insiders ICANNIENS choisis et...se poser la question suivante: pensez-vous que si vous soumettez une candidature, même communautaire, celle-ci passera comme une lettre à la poste ? Attention, c’est un pont très long que vous vous apprêtez à traverser...
A ce sujet, saviez-vous qu’un représentant du candidat Américain au .VIN...est français ?

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