Comment le Bluetooth 5 va faire décoller les beacons et la domotique

Deux fois plus de portée et quatre fois plus de débit : la nouvelle version de ce protocole de communication facilitera les échanges entre les objets connectés et le grand public.

Avec le nouveau Bluetooth 5, qui sera disponible fin 2016 ou début 2017, les propriétaires d'une serrure intelligente n'auront même plus besoin de décoller de leur canapé pour aller ouvrir leur entrée. La portée de la nouvelle version de cette technologie de communication double, passant de 100 à 200 mètres (à condition que l'espace couvert ne soit pas traversé par des murs de 70 centimètres d'épaisseur en béton armé...).

"Les habitants d'un appartement équipé d'objets connectés pourront les commander via leur smartphone sans avoir à se déplacer à proximité de l'appareil", souligne Mark Powell, directeur exécutif du Bluetooth Special Interest Group (SIG), l'organisation qui élabore les normes Bluetooth et accorde les licences aux fabricants. "Nous équiperons de cette technologie nos tags anti-perte, de petits porte-clefs permettant à leurs utilisateurs de retrouver leurs affaires égarées que nous commercialiserons en 2017. Le fait que la portée soit multipliée par deux est essentiel pour un appareil de ce type", pointe Luc Pierart, PDG et fondateur de PK Paris, jeune pousse IoT tricolore créée en 2013.

Plus besoin d'application, les beacons pourront faire transiter directement de petits textes sur les smartphones des clients

Grâce à la nouvelle fonction mesh dont seront dotés les objets communiquant avec le Bluetooth 5, la portée sera même plus que doublée. "Supposons que le propriétaire d'une grande maison, équipée de plusieurs appareils domotiques, soit situé à 400 mètres de sa machine à laver intelligente. Cette dernière pourra faire transiter un message via une ampoule connectée située à 200 mètres, qui transférera elle-même le message au smartphone de l'utilisateur", détaille Richard Phan, PDG de la société de conseil spécialisée dans l'IoT Inventhys. 

Le Bluetooth 5, dont les caractéristiques techniques ont été dévoilées en juin 2016, permet de de plus de faire transiter 4 mégabits de données par seconde. C'est quatre fois plus que son grand frère, le Bluetooth 4.2. "Ce n'est pas un changement fondamental dans le secteur des wearables, qui ne collectent et ne transmettent que de très petites quantités d'informations", tempère Richard Phan.

Grâce à cette fonction, les fabricants d'objets connectés pourront tout de même effectuer des mises à jour logicielles plus rapidement que par le passé. Elle permettra également à une quantité de données X d'être transférée deux fois plus rapidement qu'avec le Bluetooth 4.2 et donc in fine d'économiser de la batterie, un point crucial pour le secteur de l'IoT dans son ensemble. Elle autorisera donc également certains objets à se passer de  base de connexion (souvent équipées de l'énergivore wifi, ces "gateways" sont branchées au secteur).

Le thermomètre connecté de Sen.se fonctionne avec un simple smartphone. © Sen.se

Pour Rafi Haladjian, PDG et fondateur du spécialiste tricolore de la domotique Sen.se, ce dernier point est loin d'être accessoire : "ces 'gateways' freinent aujourd'hui l'adoption de l'IoT par le grand public parce qu'elles sont chères", souligne-t-il. "Les fabricants pourront produire des objets connectés nettement moins coûteux sans ces têtes de pont et transformer enfin le quidam en client. C'est ce qu'essaye de faire Sen.se avec ses nouveaux thermomètres connectés ThermoPeanut, qui ne coûtent que 29 euros et sont reliés directement au smartphone de leur utilisateur", explique le serial-entrepreneur.

Mais l'augmentation du débit présente surtout un intérêt pour les sociétés qui utilisent des beacons. Ces petites balises sans fil, souvent installées dans les magasins, communiquent grâce au Bluetooth avec le smartphone des clients qui passent à proximité. S'ils traversent le rayon petit-déjeuner de leur supermarché, ils recevront une promotion sur un produit précis, par exemple.

Aujourd'hui, pour qu'un magasin puisse envoyer ces offres contextuelles à ses clients, ils doivent avoir non seulement activé le Bluetooth mais en plus téléchargé l'application mobile de l'enseigne. Le beacon envoie alors au smartphone un code d'identification, qui met en route l'appli. C'est elle qui interagit ensuite avec le portable du consommateur. Autant dire que le nombre de mobinautes que touchent les marques à travers ce canal est faible.

Sen.se ne compte pas intégrer le Bluetooth 5 à ses produits avant fin 2017

La nouvelle version du Bluetooth changera la donne : les balises équipées pourront faire transiter plus qu'un simple code d'identification grâce à l'augmentation du débit. Les beacons du rayon fruits et légumes pourront envoyer directement au chaland un petit texte lui annonçant une promotion sur les fraises gariguettes sans avoir recours à une appli. "Cette expérience plus immédiate permettra aux marques de communiquer avec un plus grand nombre de clients", se félicite le directeur exécutif de Bluetooth SIG Mark Powell. Les balises pourront également envoyer au consommateur un lien vers un site web où ils pourront interagir avec l'enseigne.

"Attention, les applications activées aujourd'hui par les beacons ancienne génération permettent aux magasins de faire énormément de choses (afficher des vidéos promotionnelles, être relié au parcours client en boutique et sur le net…). Il va falloir du temps pour atteindre sans appli ce niveau de raffinement, d'interactivité", tempère Patrick Chatanay, président d'Ezeeworld, une société qui travaille depuis cinq ans dans le secteur du beacon.

Début du déploiement effectif du Bluetooth 5 ? "Pas avant fin 2017", répond Rafi Haladjian. Il faut  que les fabricants de puces conçoivent les nouveaux composants, ce qui prend en général un à deux mois. L'entrepreneur préfère même n'intégrer à ses produits que la deuxième version de ces puces, plus fiable que la première qui comporte souvent des bugs.

 

 

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