Les bonnes recettes d'Aster Capital pour investir dans l'IoT

Ce fonds d'investissement français se spécialise depuis trois dans les start-up du secteur des objets connectés. Avec des règles bien précises.

L'IoT est LE nouveau buzzword de la Silicon Valley. "De nombreux investisseurs perçoivent les jeunes pousses qui gravitent sur ce terrain comme un marché en soi. C'est une erreur. L'IoT en tant que tel n'existe pas. C'est un ensemble de technologies qui permet de résoudre des problématiques précises dans des secteurs ciblés de l'économie, comme le retail, la logistique, la restauration…", affirme Kevin Deneen, associé principal du fonds d'investissement parisien Aster Capital.

"Nous ne intéressons qu'à des entreprises qui promettent à leur clientèle un retour sur investissement en moins de deux ans"

Fondé en 2000, Aster Capital est au départ spécialisé dans les cleantechs, la mobilité et la smart industrie et investit dans des start-up en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. Le fonds s'intéresse aux pépites de l'univers des objets connectés depuis trois ans . "Nous ne sommes pas encore très exposés dans le secteur. Nos prises de participation dans l'IoT se comptent encore sur les doigts d'une main. Mais une grande partie des dossiers que nous étudions aujourd'hui sont liés à l'Internet des objets", indique l'associé.

En février 2016, Aster Capital a investi un peu moins de deux millions de dollars dans l'entreprise texane EnTouch Controls, sur un tour de table total de 8 millions. La start-up a développé un système de gestion de l'énergie basé sur l'Internet des objets, destiné au marché BtoB. Depuis sa création en 2008, elle a collecté près de 25 millions de dollars auprès de sept investisseurs. Contrôle du chauffage, de la climatisation, de la lumière… Elle promet à ses clients de réaliser en moyenne 50% d'économies par an sur leur facture énergétique. Mais son système permet également à sa clientèle de gagner en efficacité opérationnelle. Pizza Hut a équipé les 500 restaurants qui lui appartiennent aux Etats-Unis du système EnTouch Controls. "Six personnes en moyenne travaillent dans chacun de ces établissements. Elles ne peuvent avoir un œil sur tout. Grâce à l'application développée par EnTouch Controls, les salariés sont alertés immédiatement si un réfrigérateur tombe en panne. Un service essentiel dans la restauration", illustre Kevin Deneen.

Aster Capital est séduit par les offres 100% BtoB : vu leurs problématiques business fortes, les entreprises investiront plus vite que le grand public

"Installer la solution est très rapidement rentable pour les clients. Nous ne nous intéressons qu'à des entreprises qui promettent à leur clientèle un retour sur investissement en moins de deux ans. C'est une condition sine qua non", insiste le cadre dirigeant. En octobre 2014, Aster Capital a investi 3 millions d'euros dans la société Digital Lumens en se basant sur ce même critère. Les LEDs développées par la start-up intègrent des capteurs de présence. Elles ne s'allument que lorsqu'une personne circule à proximité. EBay a par exemple installé ces ampoules intelligentes dans tous ses entrepôts. "C'est un investissement très rentable pour eBay car ses espaces de stockage étaient jusque-là allumés quasiment 24 heures sur 24, contrairement à des immeubles de bureaux qui ne sont éclairés que la journée", précise Kevin Deneen.

Pour séduire Aster Capital, ces deux jeunes pousses n'ont pas utilisé le sigle IoT comme un sésame. Bien au contraire. "Même si c'est moins sexy, elles se sont très clairement positionnées comme des spécialistes de la gestion énergétique ciblant le marché de l'immobilier d'entreprise, des usines, magasins, bureaux…", pointe l'associé du fonds de capital-risque. Aster Capital a également été séduit par leur offre 100% BtoB, car les problématiques business que les sociétés privées ont à résoudre sont importantes. Elles investiront plus rapidement dans le secteur que le grand public.

Le fonds investit en moyenne 1 à 5 millions d'euros dans les entreprises qu'il soutient. "Nous ne nous retirons en général qu'entre 5 et 10 ans après la mise de départ. Les start-up que nous portons travaillent dans le hardware et ont besoin de capital sur le long terme", détaille l'associé. Le groupe ne place jamais moins de 500 000 euros dans une pépite et ses tickets n'excèdent pas les 10 millions.

Le fonds vise les pépites chinoises de l'Internet des objets, car le secteur est en plein décollage dans ce pays roi du hardware

Aster Capital a été créé en 2000 par le spécialiste tricolore de la distribution d'électricité, de la gestion de l'énergie et des automatismes Schneider Electric. Doté de 50 millions d'euros, le véhicule d'investissement était alors baptisé Schneider Electric Ventures. Mais la structure a depuis évolué : elle change de nom en 2010 pour devenir Aster Capital et lève alors des fonds pour la deuxième fois. 150 millions d'euros en tout. Schneider Electrcic investit 40 millions d'euros, mais le fonds d'investissement ouvre cette fois-ci son capital à d'autres industriels, comme Alstom (30 millions d'euros) ou encore Rhodia-Solvay (15 millions d'euros).

Autant de partenaires potentiels pour les start-up dans lesquelles Aster Capital investit. Si les actionnaires du fonds ne sont en aucun cas obligés d'acheter les solutions de ces jeunes pousses, les entrepreneurs ont un accès facilité aux décideurs de ces groupes pour leur présenter leurs projets. Le géant de l'énergie Schneider Electric est par exemple devenu un client de Digital Lumens. Il a installé des LEDs connectées dans ses sept usines américaines. Chaque déploiement permet à la start-up de générer 700 000 dollars de chiffre d'affaires la première année.

Aster Capital devrait boucler un troisième tour de table de 150 millions d'euros en 2017. Et le fonds compte investir une grande partie de ce capital dans des pépites chinoises de l'Internet des objets, car le secteur est en plein décollage en Chine, pays roi de la fabrication de hardware.

 

 

Retour sur investissement / Fonds d'investissement