De quelles compétences s'entourer pour mener un projet IoT ?

De quelles compétences s'entourer pour mener un projet IoT ? Pour concevoir un objet connecté, les entreprises doivent faire collaborer de nombreux salariés aux profils variés. Voici les qualifications à ne surtout pas oublier.

Créer un objet IoT nécessite pour les entreprises de mêler de nombreuses compétences. Car de par leur nature à la fois physique et numérique, les appareils intelligents font appel à un large panel de savoir-faire pour être conçus dans les règles de l'art. D'où le faible nombre de projets qui dépassent le stade du proof of concept et sont déployés à grande échelle. En 2016 dans le monde, plus de 50% des sociétés ayant mené à bien un programme IoT ont installé moins de 1 000 objets connectés, selon une étude de l'IoT M2M Council.

Avant de parler des différentes briques de compétences nécessaires à la création d'une équipe efficace, il faut évoquer la nature même de cette équipe : "ce ne doit pas être une division dédiée à l'IoT qui fonctionnerait en vase clos mais un collectif temporaire irrigué par toutes les branches métiers du groupe", affirme Laurent Felix, senior manager du cabinet de conseil spécialisé dans les nouvelles technologies Wavestone.

"Les équipes IT connaissent parfaitement l'architecture des systèmes informatiques historiques de l'entreprise. Ils veillent à ce que les solutions IoT soient compatibles avec ce legacy"

En amont du projet, tous les collaborateurs de l'entreprise peuvent être sollicités. Legrand a par exemple lancé un vaste brainstorming avant de lancer son programme maison connecté baptisé Eliot. "Les salariés du groupe nous ont donné leurs meilleures idées d'usages IoT. Ils ont par exemple proposé que la sonnette intelligente placée devant leur porte prenne une photo et l'envoie sur leur smartphone à chaque fois que quelqu'un presse le bouton. Cette ébauche de concept est devenu en 2016 un produit, le Carillon connecté", illustre Jérôme Boissou, responsable marketing d'Eliot.

Au sein de l'équipe à proprement parler, les commerciaux et le marketing doivent être impliqués dès le démarrage, pour éviter de perdre la valeur business du projet et de tomber dans un produit gadget. "Ce sont eux qui déterminent quelles sont les vraies opportunités de valeur. De nombreuses entreprises se concentrent sur les compétences techniques télécoms, numériques et mécaniques nécessaires à la conception d'un objet connecté et oublient cet aspect opérationnel essentiel", observe Luiz Bautzer, conseiller IoT du groupe de services informatiques Econocom.

La deuxième pièce maîtresse du groupe est la DSI, qui détient les compétences liées au stockage et au traitement de la donnée, essentielles pour mettre en valeur les informations récoltées par les objets connectés. "Les équipes IT connaissent parfaitement l'architecture des systèmes informatiques historiques de l'entreprise. Ils veillent à ce que les solutions IoT soient compatibles avec ce legacy, pour que les data collectées puissent être facilement croisées avec les bases de données plus anciennes. Cela permet souvent de générer de la valeur additionnelle", fait valoir Laurent Felix. Ikea a par exemple choisi de se baser sur les compétences de son DSI et de ses équipes pour concevoir sa ligne d'ampoules intelligentes et éviter d'empiler les solutions informatiques sans cohérence. "Les mêmes personnes de l'équipe DSI doivent être impliquées dans tous les projets IoT d'une société pour que les différents systèmes déployés soient interopérables", complète-il.

Télécommunication, électronique, mécanique… Une série de compétences techniques doivent également être mobilisées par les entreprises qui veulent concevoir leur objet connecté en interne. Les groupes qui disposent d'une culture industrielle liée à leur métier de base partent avec un avantage. "Ce n'est probablement pas un hasard s'il y a toujours un ingénieur dans les membres fondateurs des entreprises spécialistes de l'IoT qui ont percé en France, comme Withings ou Netatmo", suppose Camille Vaziaga, ancienne déléguée générale du think tank Renaissance Numérique, qui a co-signé le livre blanc "Les Nouveaux eldorados de l'économie connectée".

"Un contrôleur de gestion doit être intégré à l'équipe pour estimer combien le projet rapportera un ou deux ans après son industrialisation"

La question du financement est également centrale. "Un contrôleur de gestion doit être intégré à l'équipe pour estimer combien le projet rapportera un ou deux ans après son industrialisation, afin de calculer de façon juste le montant que l'entreprise peut y investir. Cela demande souvent de créer des modèles financiers complexes", indique Luiz Bautzer. Un acheteur capable de choisir les différentes briques technologiques de la solution IoT et d'en estimer le prix peut également être utile.

Qui dit IoT dit services. Dans les groupes qui développent des objets connectés en direction de clients finaux (BtoC ou BtoB), le service après-vente doit également être intégré à la démarche. C'est en effet cette équipe qui risque de voir ses coûts de fonctionnement exploser si un appareil a été mal développé et est difficile à réparer à distance. Leroy Merlin a par exemple consulté et formé ses équipes de service après-vente avant de lancer sa solution pour la maison connectée Enki en mars 2017.

"Pour démarrer le projet, il faut simplement mettre toutes ces personnes dans une salle et les laisser échanger", note Luiz Bautzer. "Et placer le groupe entre les mains d'un chef d'équipe qui évitera que les différentes branches métiers ne travaillent chacune de leur côté sans réellement communiquer", complète Laurent Felix.

Le candidat idéal pour ce poste ? "Le chief digital officer ou équivalent", répond l'analyste de chez Econocom. "Au vu du niveau de maturité encore faible de la plupart des entreprises tricolores dans l'Internet des objets, pas besoin d'un chief IoT officer. Il faut simplement trouver une personne qui ait des liens étroits avec la direction générale du groupe pour qu'elle ait une autorité suffisante", poursuit-il. Chez Legrand par exemple, le directeur du programme Eliot effectue un reporting mensuel au directeur général et rencontre le PDG tous les trimestres.

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