Pandora rachète Rdio et fait évoluer son modèle

La radio en ligne américaine prévoit de lancer l'an prochain un service sur abonnement de musique à la demande qui rapprochera son modèle économique de celui d'Apple Music.

La radio en ligne Pandora, plus de 15 ans au compteur, est l'ancêtre du streaming musical. Sa base d'auditeurs - 79 millions d'utilisateurs, en large majorité américains, qui en moyenne utilisent le service plus de 20h par mois - n'est surpassée que par Youtube. Avec une particularité : la musique qu'ils écoutent est gratuite, mais ils ne la choisissent pas. Il est possible de requérir un artiste mais Pandora choisira la chanson, n'en passera que quelques unes de cet artiste et ne permettra pas de sauter toutes les autres. Cotée en bourse, la société a du mal à générer des bénéfices et la croissance de sa base d'auditeurs a beaucoup ralenti. Il était donc temps d'y remédier.

Hier, Pandora a annoncé racheter plusieurs actifs de la plateforme de musique à la demande Rdio, qui vient de se déclarer en faillite. Pour 75 millions de dollars, elle met en particulier la main sur la technologie de son rival et sur ses droits de propriété intellectuelle. Mais surtout, elle va pouvoir faire évoluer son business model en s'inspirant de celui de Rdio.

Un statut très particulier aujourd'hui

Actuellement, son statut de service non-interactif protège Pandora des desiderata des maisons de disques en matière de royalties, car les taux qu'elle pratique sont fixés par le gouvernement américain. Inconvénient : ses relations avec les labels sont franchement mauvaises, puisqu'ils estiment ne pas être rémunérés suffisamment. Cela a pour l'instant empêché la société de s'étendre à l'international (elle n'est présente qu'aux Etats-Unis, en Australie et en Nouvelle Zélande) comme de lancer des fonctionnalités à la demande.

D'où l'idée de Pandora : se rapprocher du business model de Rdio, qui manque certes d'abonnés payants en grand nombre mais dont le service à la demande, très apprécié, est présent dans 100 pays. Pandora entend donc lancer son propre service à la demande, probablement à 10 dollars par mois comme Rdio, Spotify et les autres. Autrement dit, un service ressemblant à Apple Music, qui permet d'écouter Beats Music ou d'autres radios en ligne gratuitement, mais facture la musique à la demande.

Spotify et Youtube, "ni rentables ni bons pour l'industrie"

Il y a quelques semaines, le patron de Pandora, Brian McAndrews, prenait position en faveur des maisons de disque et expliquait que les modèles de type Spotify et Youtube, qui offrent des services de juke-box à volonté entièrement gratuits, ne pourraient pas être rentables sur le long terme et n'étaient pas bon pour l'industie musicale. En tous cas, même s'il ne le disait pas, ceux-ci sont certainement très mauvais pour Pandora. Qui, en annonçant hier le lancement de son nouveau service sur abonnement pour le début 2016, s'est réjoui d'établir des partenariats plus productifs que jamais avec les labels.

Côté Rdio, la fin de l'histoire est amère. La plateforme avait levé un total de 125 millions dollars, atteignant jusqu'à 500 millions de dollars de valorisation. Le lancement récent de services concurrents par Apple et Youtube l'aura achevée, le marché pénalisant lourdement les acteurs indépendants qui peinent à atteindre une très grande échelle. Sa techno, une partie de ses équipes et donc son modèle vont donc maintenant être mis à contribution pour aider Pandora à atteindre son nouvel objectif, permettre aux consommateurs d'écouter de la musique de toutes les manières possibles : radio, streaming à la demande et même concerts, grâce à son acquisition le mosi dernier de la billetterie en ligne TicketFly.

Propriété intellectuelle / Pandora