Les jours de Marissa Mayer à la tête de Yahoo sont-ils comptés ?

La patronne de Yahoo est de plus en plus critiquée en interne et n'arrive pas à retenir les talents, qui quittent le groupe les uns après les autres.

La patronne de Yahoo est dans la tourmente. Marissa Mayer doit faire face à de plus en plus de critiques en interne quant à sa stratégie et à une fuite des cerveaux sans précédents. De nombreux cadres très haut placés ont récemment quitté Yahoo –un phénomène même baptisé "d'exode" par le site américain Re/code…

Le moral et la confiance des salariés en berne

Forbes relate une réunion ayant rassemblé, fin octobre, plus de 120 cadres dirigeants de Yahoo à San Francisco et lors de laquelle le responsable des relations humaines a dévoilé une enquête menée auprès des salariés en interne. Verdict : le moral et la confiance dans la stratégie des dirigeants a chuté drastiquement. Plusieurs vice-présidents auraient par la suite pris la parole pour s'élever contre leurs supérieurs, qui ne "les écoutent pas", ne "les comprennent pas" et "ne sont pas prêts pour le changement". Une réunion extrêmement tendue qui révèle le climat délétère au sein de Yahoo, trois ans après l'arrivée à sa tête de Marissa Mayer.

Mayer n'a pas réussi à sortir du modèle obsolète du portail Web

Selon les cadres interviewés par Forbes, les salariés de Yahoo ont le sentiment que Marissa Mayer a failli a sa mission –celle de sortir du modèle désuet d'un portail Web obsolète- et qu'elle n'est plus à la hauteur de la tâche. Nombreux sont les griefs listés : des mauvaises décisions concernant les formats publicitaires, prises de manière unilatérale, une propension à "micromanager", c'est-à-dire contrôler étroitement les employés et à vouloir vérifier à tout prix des détails minimes, le recrutement à prix d'or de proches qui se sont révélés incompétents –comme Henrique De Castro, COO licencié après 15 mois et ayant bénéficié de 109 millions de dollars en compensation…

Réorganisation ratée des équipes

Selon Forbes, c'est surtout la réorganisation des équipes lancée en 2014 et qui a traîné pendant des mois qui a poussé les salariés à bout. Marissa Mayer aurait testé une vingtaine de combinaisons différentes après des entretiens en one-to-one avec des dirigeants, sans mettre au point une vision globale de la nouvelle organisation. Enfin, son apparition au gala de charité du Metropolitan Museum, payée à hauteur de 3 millions de dollars par Yahoo en sponsoring mais qui n'a fait bénéficier à la marque que de très peu de visibilité, a soulevé bien des critiques en interne.

L'action Yahoo avait triplé après l'arrivée de Marissa Mayer

La patronne avait pourtant réussi à convaincre. A son arrivée en juillet 2012, l'action Yahoo affichait 15,74 dollars. En novembre 2014, elle atteignait un pic de 51,74 dollars, plus de trois fois plus élevé. Marissa Mayer a notamment mené une stratégie agressive d'acquisitions, bien souvent plus pour recruter des talents que pour les produits eux-mêmes, et a reconcentré les efforts de Yahoo sur le mobile, segment sur lequel la société était très en retard. Le rachat de Tumblr pour 1,1 milliard de dollars est aussi apparu comme une victoire et Marissa Mayer a énormément investi dans les médias en recrutant des journalistes stars ou signant des partenariats avec des chaînes de télévision.

Le groupe a perdu un tiers de sa valorisation en un an

Mais Yahoo ne parvient toujours pas à lutter contre Google, et pire, se fait distancer par les plus récemment arrivés Facebook, Snapchat et même Twitter. La société semble avoir abandonné sa stratégie de rachats et l'action est aujourd'hui retombée à 33 dollars. Le groupe a perdu un tiers de sa valorisation boursière en un an –elle atteint aujourd'hui 31 milliards de dollars.

Evolution du cours de l'action Yahoo depuis l'arrivée de Marissa Mayer au poste de CEO. © Boursorama

Résultats décevants au troisième trimestre

Le géant a annoncé des résultats décevants au troisième trimestre. Si son chiffre d'affaires a progressé de 7% pour s'établir à 1,2 milliard de dollars, le montant reste inférieur aux attentes des analystes. Par ailleurs, le revenu excluant les sommes reversées à des partenaires (ex-TAC) a baissé de 8%. Le bénéfice net s'est établi à 96 millions de dollars, avec un bénéfice net par action de 13 centimes, quand les analystes en attendaient 15. Seule l'annonce d'un partenariat avec Google pour les liens sponsorisés a permis à Yahoo de sauver sa présentation, alors même que le géant a baissé ses prévisions pour le quatrième trimestre avec des revenus ex-TAC de 920 à 960 millions de dollars, contre 1,3 milliard attendus par les analystes.

La vente de la participation dans Alibaba pose problème

Autre épine dans le pied de Yahoo et autre sujet à gérer pour Marissa Mayer : la vente de sa participation restante de 15% dans Alibaba s'avère plus compliquée que prévue. Le fisc américain a critiqué le montage permettant à Yahoo de payer peu d'impôts sur la cession. Le géant va donc devoir céder ses parts en s'acquittant d'impôts, à hauteur de 40% (12 milliards de dollars sur un total de 30 milliards, Yahoo étant lui-même valorisé 31 milliards de dollars…) ou bien abandonner la vente.

Les actionnaires expriment leur mécontentement

Son actionnaire Starboard Value s'est d'ailleurs exprimé sur le sujet cette semaine, réclamant que la vente ne se fasse pas avec ce taux d'imposition. Dans une lettre ouverte, le fonds activiste accuse Yahoo d'avoir "une attitude dédaigneuse" envers les inquiétudes des actionnaires. Starboard Value voudrait que le géant cède ses sites Internet et ses activités principales dans le search et la publicité pour rémunérer ses actionnaires. Preuve que, comme certains cadres dirigeants et de plus en plus d'actionnaires, Starboard ne croît absolument plus au modèle de Yahoo tel qu'il est défendu par Marissa Mayer…

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