A.Malvoisin et S.de Kerdrel (EEMI) "L'EEMI transmettra à ses étudiants la culture de l'innovation"

Fondée par J-A.Granjon, M.Simoncini et X.Niel, l'Ecole européenne des métiers de l'Internet ouvrira en septembre 2011. Programme, débouchés, sélection des étudiants... Explications du président et de la directrice de l'EEMI.

JDN. Quel est le programme des enseignements qui suivront les étudiants de l'EEMI ?

Stéphanie de Kerdrel. En première année, un tiers des enseignements relève de la culture environnementale : anglais, maîtrise des pratiques rédactionnelles en français, histoire du monde contemporain, géopolitique et sociologie, habitudes de consommation, etc. Les deux autres tiers portent sur les métiers du Net. D'une part, un tronc commun de formation à ces métiers - gestion de projet Web, programmation informatique, développement multimédia - permettra de déceler les qualités de chaque étudiant pour aller vers tel ou tel métier, d'autre part les étudiants suivront des modules d'enseignements en vue d'une spécialisation.  En deuxième et en troisième années, des stages en entreprise correspondant à un mi-temps s'ajouteront aux enseignements spécialisés métier.


Nous voulons que l'école soit aussi un centre d'innovation et transmette aux étudiants cette culture d'entreprise. Par des études de cas et des projets, nous allons les former à créer, à innover. Pas dans le but qu'ils créent tous leur entreprise : il y a aussi beaucoup d'innovations et de développements à mettre en place dans les entreprises existantes.

 

Selon Marc Simoncini, la pénurie de profils est bien plus prononcée dans les métiers de l'informatique que du marketing. L'EEMI formera-t-elle donc surtout aux premiers ?

Stéphanie de Kerdrel. L'EEMI ouvre à une vingtaine de métiers, en informatique bien sûr mais aussi en marketing, car cette discipline est très spécifique sur Internet. Chez Vente Privée par exemple, la production d'un catalogue commence dans un studio photo et finit à sa mise en ligne : elle fait appel à toute une chaîne de compétences. Une entreprise Web qui recrute un diplômé d'école de commerce a besoin de le former encore un an en interne. A la sortie de l'EEMI, nos étudiants seront tout de suite opérationnels.


"La spécialisation métier intervient dès la première année"

Certains travailleront dans la gestion de projet comme architectes d'information, responsables MOA, d'autres choisiront plutôt le développement multimédia et deviendront intégrateurs, webmasters, développeurs, architectes Web. Ils pourront s'orienter vers le Web design et le graphisme, d'autres se spécialiseront dans la communication et le suivi Web à des postes de community managers, d'analystes de trafic, de juristes Internet, d'experts en sécurité informatique ou de CRM. D'autres encore se tourneront vers le webmarketing en tant qu'acheteurs d'espaces Web, référenceurs, responsables des ventes, veilleurs stratégiques... Et certains créeront leur propre entreprise.

 

La pénurie de profils e-business touche tous les niveaux de qualification. Pourquoi une formation en trois ans ?

Alain Malvoisin. Nous ne voulions pas proposer un CAP. Quant au niveau Master 2, arrivé en cinquième année, l'apprentissage de première année aurait déjà été obsolète : un cursus en cinq ans aurait été trop long.


Stéphanie de Kerdrel. La spécialisation métier qui intervient dès la première année permet aussi de raccourcir le cursus. Certains étudiants ont déjà 1 ou 2 ans d'études derrière eux et veulent nous rejoindre en première année, ce qu'ils n'auraient pas envisagé avec un diplôme en cinq ans. En outre, la réforme des universités a redoré le blason des cursus en trois ans.

 

Comment recrutez-vous les étudiants ?

Alain Malvoisin. Nous demandons aux candidats de remplir une fiche de renseignements. Les profils qui nous conviennent passent une série de tests conçus pour apprécier leur capacité à suivre ce type d'études. Ce sont des tests de personnalité, de raisonnement et de culture générale Internet. Ensuite, nous les convoquons pour un rendez-vous et répondons à leurs questions. A eux ensuite de décider s'ils veulent nous rejoindre. Nous en avons déjà rencontré un certain nombre et avons pour l'instant retenu 60 à 70 inscrits possibles. Toutefois, nous venons juste de débuter le processus d'inscription : nous attendions d'être sûrs de nos locaux pour calibrer la première promotion. Or nous n'avons signé que la semaine dernière avec le gestionnaire du Palais Brongniart. Nous accueillerons au maximum 250 étudiants en première année.

 

"Un comité de veille pédagogique assurera l'adéquation entre les enseignements et les besoins de l'entreprise"

Quels sont vos critères de sélection ?

Alain Malvoisin. Essentiellement la motivation. Pour ce qui concerne le niveau, les programmes sont faits pour des élèves qui sortent de terminale.


Stéphanie de Kerdrel. Les entreprises du Web ont besoin de profils très variés : les créatifs, les matheux, ceux qui raisonnent, ceux qui savent communiquer... Nous ne cherchons donc pas de profil type.

 

Qui sont les profs de l'EEMI ?

Alain Malvoisin. Les matières de culture environnementale seront prises en charge par des enseignants traditionnels. Les enseignements plus techniques seront dispensés à la fois par des pédagogues attachés à l'école, dont nous exigeons qu'ils aient une expérience de l'entreprise, et par des professionnels en entreprise, dont nous vérifierons préalablement les talents de pédagogues.


Nous mettons également en place un comité de veille pédagogique, qui assurera l'adéquation entre les enseignements et les besoins de l'entreprise. Et bien sûr, les trois cofondateurs interviendront ponctuellement.

 

A combien s'élèveront les frais de scolarité ?

Alain Malvoisin. Ils ont été fixés à 9500 euros par an pour équilibrer les dépenses de l'école. Les autres écoles privées post-bac se situent également entre 7000 et 10 000 euros l'année. Cependant, pour marquer le coup du lancement de l'école, les fondateurs ont décidé d'abaisser les frais de scolarité à 6500 euros pour l'année 2011-2012. Ils financeront eux-mêmes la différence.

 

Jacques-Antoine Granjon, Marc Simoncini et Xavier Niel affichent déjà leur ambition d'ouvrir l'EEMI dans d'autres grandes villes d'Europe...

Alain Malvoisin. Nous avons constaté qu'aucune école de ce type n'existait en France ni en Europe, raison pour laquelle nous nous sommes baptisés Ecole européenne des métiers de l'Internet. L'objectif est bien de "ratisser" dans toute l'Europe. Nous avons d'ailleurs reçu des dossiers d'élèves étrangers.


Mais il est encore trop tôt pour se prononcer sur une implantation dans tel ou tel pays. A ceci près que nous ouvrirons plutôt à Berlin ou à Londres que sur le plateau de Millevaches, bien sûr.

 


Alain Malvoisin, fort de 40 ans d'expérience dans l'enseignement secondaire et supérieur, est PDG du groupe Fidès (enseignement privé primaire et secondaire à Paris) et DG du Codep (Centre d'orientation et de dévleoppement des potentialités).

Stéphanie de Kerdrel débute sa carrière par huit années de gestion de portefeuille sur les marchés financiers. Enseignante en mathématiques et en économie depuis dix ans, elle est depuis cinq ans directrice adjointe du groupe Fidès.

Innovation / Internet et les jeunes