Time Warner et Google à la rescousse de Yahoo

Yahoo négocierait avec Time Warner pour acquérir AOL en échange de 20 % de son capital. Le portail annonce aussi un test avec Google pour afficher ses liens sponsorisés. Assez pour que ses actionnaires se désintéressent de l'offre de Microsoft ?

Jerry Yang a peut-être trouvé son chevalier blanc en la personne de Time Warner. Fervent opposant au rachat de Yahoo par Microsoft (lire l'article : Microsoft propose 45 milliards de dollars pour s'offrir Yahoo, du 01/02/08), le président fondateur de Yahoo aurait convaincu AOL de prendre 20 % du capital de Yahoo, selon le Wall Street Journal. Le deal : AOL apporterait quelques milliards en cash et deviendrait la propriété de Yahoo. L'opération ferait grimper la valorisation de Yahoo de 10 milliards de dollars.


Le montage est habile, car Yahoo prévoit ensuite, grâce à l'argent apporté par Time Warner, de lancer un vaste programme de rachats d'actions dont pourraient profiter les actionnaires tentés par une sortie du capital du portail. Autrement dit, l'opération leur donnerait une alternative à l'offre de Microsoft annoncée à 31 dollars par action. Yahoo serait prêt à offrir jusqu'à 40 dollars par action.


Pour les actionnaires qui doutent de la capacité de Yahoo à créer de la valeur et qui hésitent à répondre favorablement à une éventuelle OPA de Microsoft, Yahoo avance par ailleurs le joker Google. Les deux groupes viennent en effet d'annoncer un test visant à proposer des liens sponsorisés Google sur les pages de résultats de recherches de Yahoo.


Durant ce test, les volumes concernés ne dépasseront pas 3 % des recherches effectuées sur Yahoo. Mais la perspective d'un partenariat à long terme pourrait être perçue comme bénéfique sur le cash flow du groupe. En abandonnant la publicité par mots clés, Yahoo mettrait ainsi fin aux investissements dans sa propre plate-forme, Panama, largement devancée par celle de Google. Yahoo ne détient en effet que 18 % de parts de marchés dans les liens sponsorisés, contre 76 % pour Google (source Efficient Frontier).

 

Cette situation serait par ailleurs une aubaine pour Google qui se débarrasserait alors de son principal concurrent dans le secteur, très loin devant MSN et ses 6 % de parts de marché. Reste à voir si l'option d'abandonner le marché des liens sponsorisés permettrait à Yahoo de rassurer ses actionnaires sur sa capacité à créer de la valeur à long terme.

Cette contre-attaque surprise porte un coup à l'offensive de Microsoft qui, sûr de lui, menaçait même de lancer une OPA en baissant son offre si le conseil d'administration de Yahoo s'entêtait à la refuser. Finalement, Microsoft pourrait bien être obligé de revoir son offre à la hausse. Selon le Wall Street Journal, il pourrait repartir à la charge aux côtés de News Corp, qui complèterait l'offre avec du liquide. News Corp s'était initialement intéressé au dossier sur la proposition de Yahoo de fusionner avec MySpace.

 

Le bras de fer n'est donc pas terminé. Aux actionnaires ensuite de trancher sur le scénario qui leur convient le mieux. Interrogé par le quotidien américain, le gestionnaire du fond Legg Mason, un important actionnaire de Google, s'est montré sceptique sur la capacité du plan de Jerry Yang à offrir une option plus intéressante que l'offre de Microsoft. Mais peut-être Jerry Yang n'a-t-il pas dit encore son dernier mot.

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