Christophe Chausson (Chausson Finance) "Les fonds d'entrepreneurs sont la 3ème vague du capital-risque"

L'auteur du baromètre semestriel de capital-risque commente la faiblesse de l'amorçage en France et revient sur l'arrivée des fonds d'entrepreneurs dont Kima, Jaïna et Isai.

Journal du Net. Votre indicateur Chausson Finance fait apparaître une nouvelle baisse des montants investis dans les phases d'amorçage au 2ème semestre 2010. Pourquoi ce peu de confiance des investisseurs français dans les toutes jeunes pousses ?

35 millions d'euros, soit 7 % des montants investis, sont allés à des sociétés en phase d'amorçage. Mais il ne s'agit pas d'un bouleversement apparu au cours du semestre ou même l'année dernière. Cela fait deux ans que ce montant ne dépasse pas 40 millions d'euros. La proportion d'amorçage est très liée à l'économie. Dans une phase morose, avec une Bourse en baisse, les investisseurs limitent les risques. Et puis d'une manière générale, leur enthousiasme limité pour l'amorçage se comprend. Ce sont des investissements beaucoup plus risqués. On oppose souvent la France et les Etats-Unis sur cette question. La situation est effectivement différente outre-Atlantique, mais il y existe une tradition d'acceptation du risque plus forte. Ceci dit, l'arrivée récente d'investisseurs privés français commence à changer la donne.

 

A quel point ces Xavier Niel, Marc Simoncini et Pierre Kosciusko-Morizet notamment modifient le paysage du capital-risque en France ?

Ils viennent combler en partie ce manque d'investissement dans les phases d'amorçage et les premiers tours. On assiste pour moi à une nouvelle vague d'investisseurs en capital-risque. La première date du début des années 90. Ce sont alors les FCPR (fonds commun de placement à risque), tels que Sofinnova et Partech, qui ont levé auprès d'institutionnels. La deuxième vague remonte à la fin des années 90, via les FCPI (fonds commun de placement dans l'innovation) puis les FIP (fonds d'investissement de proximité). Ces fonds, qui lèvent auprès des personnes physiques attirées par des avantages fiscaux, représentent désormais 60 à 70 % du marché. La troisième vague est donc celle de ces investisseurs individuels, venant en grande partie de l'Internet. Ils vont prendre toute leur place.

 

Compte tenu des changements récents et des incertitudes qui pèsent sur le cadre juridique du capital-risque, comment vont évoluer ces trois types d'investisseurs ?

On a de quoi être inquiet. Les fonds qui lèvent auprès d'institutionnels vont être touchés par une nouvelle réglementation européenne, qui vise à augmenter les fonds propres des banques. Cette mesure va réduire les sommes que les banques, les assurances et les caisses de retraites vont pouvoir allouer au capital-risque. C'est une vraie menace sur la capacité des FCPR à lever des fonds. Quant aux gestionnaires de FCPI et FIP, ils sont sur la sellette. La loi de Finance a prolongé de deux ans ces statuts, mais ensuite ? Enfin, les nouveaux entrants que sont les fonds d'entrepreneurs investisseurs sont encore émergents. Il ne faut pas tabler sur eux pour compenser un déclin éventuel des deux premières catégories d'acteurs du capital-risque.

 

Christophe Chausson a fondé en 1992 Chausson Finance, qui aide les sociétés à lever des fonds auprès des acteurs du capital-risque et du capital-développement. Le leveur de fonds revendique plus de 500 millions levés au total. Christophe Chausson était auparavant directeur associé dans le cabinet de gestion de fortune Profinance. En début de carrière, il avait travaillé dans la publicité, chez RSCG puis Publicis.

Capital risque / Isai