Jean-Marc Tassetto (Google France) "Google France est un avant-poste pour le groupe"

Quelle est aujourd'hui la place de la France au sein de la galaxie Google ?

C'est une place très importante en taille. La France est l'un des cinq pays les plus importants pour Google dans le monde. Nous sommes en quelque sorte le plus gros pays de la zone non anglo-saxonne. Au regard de certains sujets comme la protection des données personnelles, la protection de la création et de la propriété intellectuelle, nous sommes en Europe dans une zone très régulée, avec des états très présents. Et ce que nous vivons en France en matière de politiques publiques, de respect de la propriété intellectuelle, de relation avec les Cnil, etc. préfigure ce que Google va vivre dans d'autres pays. Le groupe attend de la France qu'elle nourrisse les réflexions qu'il a dans son développement. Nous sommes en quelque sorte l'avant-poste de Google dans le monde non anglo-saxon.

 

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Jean-Marc Tassetto © Journal du Net / Cécile Debise

Vous allez changer de locaux parisiens, pourquoi ?

Nous allons installer au cœur de Paris un grand siège social de plus de 10 000 mètres carrés pour la région Europe du Sud, contre environ 2 500 mètres carrés actuellement. Nous y ouvrirons également un institut européen de la culture ainsi qu'un centre de R&D annoncés par Eric Schmidt en fin d'année dernière. C'est unique en Europe et cela traduit la volonté qu'à Google de montrer son ancrage en France. L'inauguration finale de nos nouveaux locaux se fera probablement en novembre-décembre.

 

Quelle sera la place de Paris, par rapport à vos implantations à Londres ou à Zurich par exemple? Sur quelles thématiques sera spécialisé ce centre de R&D ?

Zurich héberge 700 ingénieurs mais n'a pas d'activité commerciale. Londres est un très gros pôle économique, mais avec peu d'ingénieurs. En associant à la fois des hommes de produits et des hommes chargés de les valoriser Paris aura une bipolarité qui ressemblera assez à celle du siège de Mountain View en Californie. Les thèmes qui seront développés dans notre centre de R&D sont en cours de finalisation, nous devrions les présenter avant l'été. J'ai bon espoir que les grands sujets du moment, comme le mobile, soient représentés à Paris. Nous allons rapidement recruter une centaine d'ingénieurs.

 

Sur quoi portera le centre culturel annoncé par Eric Schmidt ?

Notre mission, c'est la défense du patrimoine par la numérisation, par l'indexation et par la diffusion au plus grand nombre. De nombreuses thématiques pourront être définies à partir de cela, comme des projets de numérisation de type Google Art Project, ou bien d'autres choses. Pourquoi pas la défense des langues vernaculaires en Europe menacées de disparition ? D'ici l'été nous annoncerons un board de quatre à cinq membres pour cet institut, dans lequel Google sera représenté par le président de Google pour l'Europe de l'Est et du Sud, Carlo d'Assaro Biondo. Il sera entouré de personnalités européennes, dont une française, probablement de grands présidents de musées européens ou d'anciens ministres de la Culture.


Google n'a jamais racheté de société française. Cette présence renforcée pourrait-elle être l'occasion d'une acquisition en France ?

Pourquoi pas. Nous avons racheté l'an dernier 45 entreprises et de plus en plus sont européeennes. Le gros avantage de cet investissement en France est aussi de pouvoir permettre ce type d'opération. Il serait en effet formidable de voir naître en France le Google, le Twitter ou le Facebook de demain. J'ai bon espoir que notre présence crée une dynamique positive. Et je suis sûr que nous rachèterons des start-up françaises.

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