Jean-Marc Tassetto (Google France) Taxe Google : "On a voulu se payer Google comme un symbole"

Pourtant vous ne payez pas d'impôts en France mais en Irlande...

Il y a cinq ans, tout le monde se félicitait du miracle irlandais. La crise a depuis changé la donne. Le sujet de fonds est celui de l'harmonisation fiscale en Europe, sur lequel nous avons déjà échangé avec l'ensemble des pouvoirs publics et des parlementaires. Mais ce sujet nous dépasse largement. Notre message est que la fiscalité, c'est la compétitivité d'un pays. Il faut aujourd'hui faire attention à ne pas défavoriser la France. Google France pourrait tout aussi bien être géré depuis Londres ou Bucarest, sans que cela change grand-chose à notre performance commerciale. Au final, créer une "taxe Google" sur la publicité en ligne ne règlera en rien ce sujet-là. Par ailleurs, cette taxe doit permettre au niveau global de collecter 20 à 30 millions d'euros, c'est-à-dire qu'elle aura un rendement négatif...

Si Google, comme un certain nombre de grands acteurs s'est installé en Irlande, c'est certes pour une raison fiscale, mais aussi pour une raison industrielle. Nous disposons de 1 800 employés en Irlande qui couvrent non seulement l'Europe, mais aussi le monde entier.

 

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Jean-Marc Tassetto © Journal du Net / Cécile Debise

Ce projet de taxe n'a été que repousser et devrait revenir prochainement...

On veut se "payer Google" comme un symbole, mais ce n'est pas nous qu'elle pénalisera. Cette taxe est en fait une taxe sur la croissance des PME qui achètent des mots-clés pour se développer en France et à l'international. Que faisaient-elles avant d'acheter des mots-clés ? Rien, car elles n'avaient pas les moyens d'acheter des espaces publicitaires. Or ce sont les PME qui créent la croissance, pas les grands groupes. Préserver les PME, c'est préserver le secteur de l'Internet et l'emploi. Selon McKinsey, 450 000 emplois nets seront créés par Internet en France d'ici 2015. Et Ce sont les PME qui créeront ces emplois, pas les grands groupes.

 

Google serait donc un défenseur des PME ?

L'une de mes surprises en arrivant a été de découvrir que le fonds de commerce de Google en France, ce sont les PME. La très grosse majorité de notre chiffre d'affaires vient des PME. Et il y a encore beaucoup à faire. La France est 21ème sur les 27 pays européens en matière d'équipement des PME en sites Web. C'est pourquoi nous allons d'ailleurs annoncer à la fin du mois d'avril une grande tournée française pour inciter les PME à s'équiper en site Web. Les PME qui utilisent le Web de manière intensive croissent deux fois plus vite que les autres. Et il est de notre intérêt de faire en sorte que les PME aillent bien. Si elles sont équipées en site Web, notre business sera florissant.

 

Quel est aujourd'hui votre taux de couverture des PME françaises ?

Il n'est pas suffisant. Il existe près de 2,7 millions de PME sur les 3 millions d'entreprises que compte la France. Et quelques dizaines de milliers de ces PME seulement sont nos clientes. La France a un fort potentiel.

 

Eric Besson s'est prononcé en faveur d'une participation des éditeurs pour le financement des réseaux. Quelle est la position de Google sur la Neutralité du Net ?

Nous sommes dans l'aberration la plus totale qui consiste à demander à un acteur d'une chaîne de valeur de financer les investissements d'un autre acteur de cette même chaîne de valeur. On ne demande pas à un constructeur automobile de financer les autoroutes en France ! Je suis d'ailleurs un peu inquiet sur ce point par le rachat de Dailymotion par Orange. En tant que champion français, Dailymotion portait le discours en faveur de la Net neutralité. Il faut faire attention à d'éventuelles discriminations de jeunes start-up. Dailymotion aurait-elle existé sans neutralité du Net ?

 

Vous n'êtes donc pas prêt à payer ?

Si mais à une condition : que nous partagions les revenus des opérateurs. Il est important de signaler que nous investissons aussi des milliards de dollars pour maintenir nos services. Au troisième trimestre 2010, nous avons investi 560 millions de dollars en Capex dans les fermes de serveurs. Au-delà des investissements Capex, il y a aussi tout l'argent qu'on reverse aux opérateurs pour le trafic data. Nous sommes prêts à co-investir avec des serveurs cache au plus près des réseaux pour optimiser le trafic. Il y a tout un tas de sujets de co-opération avec les opérateurs pour gérer le trafic.

Mais demander aux opérateurs de service de financer les réseaux est aussi logique que de demander aux opérateurs télécoms de financer France Télévisions. Les pouvoirs publics cherchent peut-être d'ailleurs à faire jouer ainsi une certaine compensation face à des opérateurs télécom écrasés par les taxes. 0,9% du chiffre d'affaires pour financer la télévision publique, c'est 10% des investissements des opérateurs. Ajoutez-y une hausse de la TVA, une baisse des terminaisons d'appels et ainsi de suite et vous obtenez des opérateurs qui démarrent l'année à -500 millions d'euros de chiffre d'affaires.

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