Jean-Marie Hullot (Fotopedia) "Nous comptons plus d'un million de photos de qualité dans notre base de données"

Jean-Marie Hullot est le CEO de Fotopedia, société américaine qu'il a co-fondé avec d'anciens collègues rencontrés chez Apple. Il raconte l'évolution de cette encyclopédie de la photo du web vers le mobile.

JDN. Pouvez-vous nous présenter Fotopedia et son concept ?

Jean-Marie Hullot. Fotopedia est né de la volonté de développer un Wikipedia pour la photo, à savoir la création d'une base de photos de qualité avec un système de partage et de filtrage basé sur un mode collaboratif. La société est américaine et nous avons réalisé notre premier tour de financement en 2008. Nous comptons cependant la majorité de notre équipe en France avec 15 employés à Paris et un à San-Francisco.


Comment a évolué le projet depuis 2008 ?

Nous nous étions d'abord lancé sur un modèle type Wikipedia, en comptant ainsi sur un bon référencement sur Google pour créer du trafic sur notre plateforme web. Le site nous a ainsi permis de nous construire une base de donnée d'image dont la qualité dépasse de loin des sites comme Flickr ou Picasa. Cette base, qui s'élève à plus d'un million de photos aujourd'hui, est ainsi triée et filtrée par notre communauté de passionnés qui s'assurent également que les métadonnées correspondent bien au sujet de la photo. D'ailleurs une grande partie des photos qui sont publiées le sont en partie par des photographes professionnels. A ce moment là, nous cherchions alors un moyen de mieux diffuser notre contenu auprès du grand public tout en offrant une véritable expérience utilisateur. La sortie de l'iPad a été un véritable déclencheur et c'est à ce moment là que nous avons choisi de décliner Fotopedia et son contenu sous forme d'applications mobiles.


Pourquoi cette nouvelle stratégie ?

Nous pensons que la tablette est l'outil idéal pour naviguer et découvrir des photos. J'observe d'ailleurs que le monde de l'Internet est en train de basculer vers le mobile. Nous avons, pour ces raisons, choisi de développer des applications sur des sujets ou des lieux bien spécifiques comme par exemple Paris ou encore le Japon. De ce point de vue, nous sommes devenus presque complémentaire avec des guides touristiques comme Lonely Planet en mettant l'accent sur cette thématique du voyage. Un utilisateur va ainsi pouvoir visiter une ville ou un pays et naviguer au sein de l'application en fonction de ce qu'il souhaite y voir. Nous sommes d'ailleurs en train de mettre en place différents partenariats avec des sociétés liées au monde du voyage.


Qui sont vos utilisateurs ?

Il s'agit pour la plupart de passionnés de photos mais surtout de personnes aimant les voyages. Sur la partie web, la majorité de nos connexions proviennent de l'Europe, des US et du Japon. En ce qui concerne les applications mobiles, la Chine arrive en tête avec 18% du trafic mensuel, le Japon en second avec 15% puis les US avec 12%. Nous comptons aujourd'hui près de 10 millions de téléchargements pour nos applications.


Sur quoi repose le business model ?

Notre rémunération repose sur deux principaux leviers. Le premier est celui du sponsorship. Par exemple notre application "Japon" est sponsorisée par l'aéroport de Narita dont le logo apparait à plusieurs reprises au sein des pages. Le second levier repose sur la publicité, qui apparait sur les pages de nos "Stories". Il s'agit en fait de petites histoires, présentées sous forme de photos accompagnées de textes, qui sont envoyées de façon régulière à nos utilisateurs mobiles. Ce système connait un vrai succès puisqu'il nous a permis de multiplier notre trafic par 10 depuis le mois de septembre.


Que vous rapporte le partenariat réalisé avec FlipBoard ?

Il n'y a en fait pas de monétisation en jeu dans ce partenariat. Il s'agit surtout ici d'augmenter notre visibilité en diffusant notre contenu. En effet, nous avons du contenu photo intéressant et FlipBoard, des lecteurs. Nous distribuons ainsi gratuitement nos "stories" sur FlipBoard en y ajoutant à la fin de chacune d'elles une publicité pour nos applications. En retour, nous faisons également de la publicité pour leur service au sein de nos propres applications.


Que pensez-vous de la polémique concernant la violation de droits d'auteurs par Pinterest ? Quelle est votre politique en la matière ?

Il est évident que Pinterest n'a pas le droit de procéder comme ils le font actuellement. Il est, à mes yeux, primordial de toujours mentionner l'auteur d'une œuvre qu'on utilise et d'ajouter un lien renvoyant vers la source. Sur Fotopedia, ce sont les auteurs qui décident pleinement de la licence qu'ils attribuent à leurs contenus. De notre coté, nous ne prenons aucun droit sur ce contenu et, bien sur, nous ne le revendons en aucun cas. Les contenus postés sur Fotopedia ne seront distribués que sur des produits Fotopedia.

 

Que pensez-vous de la valorisation d'Instagram suite à son acquisition ? Le milliard de dollars pour les 40 millions d'utilisateurs d'Instagram constitue-il une référence pour la valorisation de Fotopedia ?

Je pense qu'il s'agit là d'un cas vraiment particulier puisqu'Instagram s'est fait racheté alors même que la société n'avait pas de business model et ne réalisait pas de chiffre d'affaires. La valorisation est ici simplement liée au fait que Facebook ne pouvait pas se permettre de laisser un autre réseau social se développer pour lui faire concurrence.


Vous avez longtemps travaillé pour Apple, la légende dit que vous auriez d'ailleurs donné l'idée de l'iPhone à Steve Jobs ?

J'ai toujours été très proche de Steve. En 2001, pendant que Steve était à Paris et que nous discutions du futur de la firme, je lui ai dit qu'il n'aurait pas d'autres choix que de faire un téléphone  Alors que je participais au démarrage d'un certain nombre de startups à l'époque,  il m'a ainsi proposé de revenir au sein d'Apple pour travailler sur le sujet. J'ai notamment travaillé sur ce qui est devenu plus tard iCloud, à savoir les bases de la synchronisation entre un ordinateur et un mobile.

 

 

Diplomé de l'Ecole Normale Supérieure et d'un Doctorat en sciences-informatiques de l'Université de Paris-Orsay, Jean-Marie Hullot a passé une grande partie de sa carrière au sein d'Apple où il occupa un poste de CTO. Ancien chercheur à l'INRIA, il travailla également au sein de NeXT. Proche de Steve Jobs, il aurait été l'inspirateur de l'iPhone, avant de démissionner d'Apple en 2005 ne souhaitant pas quitter la France pour les Etats-Unis. En 2007, il lance Fotopedia, une encyclopédie en ligne de photos inspiré du modèle Wikipedia.